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Le point Le prix de la démocratie

La bonne nouvelle c’est que les Irakiens souhaitent voir préservée l’identité musulmane du pays dans la Constitution appelée à être élaborée par le nouveau Parlement mais ne veulent pas, dans leur immense majorité, d’une application stricte de la « charia ». La mauvaise nouvelle : ils sont inquiets d’un risque de perpétuation de la présence de forces étrangères. C’est que deux ans après le renversement, par les armées de la coalition, de la dictature de Saddam Hussein, on chercherait en vain trace d’une perspective de retrait des GI et de leurs alliés. Dans le processus prévu pour la mise en place d’institutions étatiques, un nouveau pas vient d’être franchi avec la réunion hier de l’Assemblée issue du scrutin du 30 janvier. Les étapes suivantes porteront sur la préparation d’ici au 15 août d’une Loi fondamentale appelée à être ratifiée par référendum avant le 15 octobre, puis sur des élections deux mois plus tard. Tout cela, les stratèges du département d’État l’ont prévu. Mais seulement sur le papier. Car sur le terrain, la situation est loin d’être idéale. Si les Américains se retirent immédiatement, ce sera la crise, vient d’avertir Hamid el-Bayati, au nom du Conseil suprême de la révolution islamique, l’un des principaux partis chiites. Et le président (sunnite) sortant, Ghazi el-Yaouar, y a été de son grain de sel, jugeant qu’une décision dans un sens ou l’autre dépendrait des circonstances. Ajoutant : « Nous espérons voir un début de réduction des troupes multinationales dans un an. » D’ici là, force est de constater que la situation demeure quelque peu bloquée. Le Pentagone continue d’entretenir sur place un corps expéditionnaire de 130 000 militaires, une petite fantaisie qui coûte au contribuable US la bagatelle de 4,7 milliards de dollars par mois. Le bilan des pertes en vies humaines devient proprement alarmant : 1 500 tués à ce jour et plus de 3 000 blessés. À cela s’ajoute un sérieux problème sécuritaire, représenté par des attentats quotidiens dont le bilan est chaque jour plus meurtrier et qui empêche toute normalisation véritable. Le taux d’approbation des choix faits par l’Amérique de George W. Bush est passé de 70 % il y a deux ans à 45 % aujourd’hui. Ces chiffres d’un sondage effectué cette semaine devraient faire réfléchir une Administration qui, certes, n’a plus à se soucier d’assurer la réélection de son chef mais qui, tout de même, voudrait bien voir lui succéder un autre candidat du Parti républicain. La première réunion, mercredi, de l’Assemblée nouvellement élue a été qualifiée par la Maison-Blanche de « grand moment » et d’« étape dans le processus » devant permettre au pays d’aller de l’avant sur la voie de la démocratie et de constituer un exemple pour le reste du Proche-Orient. Mais entre Kurdes et chiites de l’Alliance irakienne unifiée, les tractations pour la mise sur pied d’un nouveau gouvernement avancent d’une manière chaotique. Les représentants des deux grands courants qui se partagent la majorité des 275 sièges (75 sièges pour les premiers, 140 pour les seconds) qui ont été pourvus il y a sept semaines sont tombés d’accord sur trois points : rattachement de Kirkouk à la zone contrôlée par le tandem Talabani-Barzani, refus d’une intégration des peshmergas dans l’armée nationale appelée à voir le jour dans un avenir incertain, enfin octroi de la présidence au leader de l’Union patriotique du Kurdistan. Il reste de nombreux sujets à discuter, sur lesquels de sérieuses divergences pourraient surgir à tout moment. Déjà l’opinion publique donne des signes de lassitude face aux tiraillements qui se manifestent depuis quelque temps, alors qu’on lui avait fait miroiter la perspective d’un « printemps de Bagdad » qui tarde à se manifester. Il reste surtout que l’abstention massive des sunnites lors de la consultation populaire du 30 janvier ôte au Parlement un caractère réellement national. Sur cette situation éminemment instable vient se greffer un double phénomène : d’abord celui, inquiétant, douloureux, des attentats ; celui ensuite des désengagements alliés. Cette semaine, il a fallu l’intervention expresse du président US et du Premier ministre britannique Tony Blair pour convaincre Silvio Berlusconi de renoncer à retirer ses effectifs militaires, une volte-face qui lui vaut les critiques acerbes de la presse romaine. Par contre, les pressions n’ont pu porter la Bulgarie à renoncer à son intention de rapatrier dès juin prochain le quart de son contingent au sein de la force multinationale. Plus que jamais en ces temps troubles, la démocratie a du bon. Mais ne perd-elle pas quelque peu de sa substantifique moelle quand, pour l’instaurer, il faut recourir à la baïonnette ? Christian MERVILLE
La bonne nouvelle c’est que les Irakiens souhaitent voir préservée l’identité musulmane du pays dans la Constitution appelée à être élaborée par le nouveau Parlement mais ne veulent pas, dans leur immense majorité, d’une application stricte de la « charia ». La mauvaise nouvelle : ils sont inquiets d’un risque de perpétuation de la présence de forces étrangères. C’est que deux ans après le renversement, par les armées de la coalition, de la dictature de Saddam Hussein, on chercherait en vain trace d’une perspective de retrait des GI et de leurs alliés. Dans le processus prévu pour la mise en place d’institutions étatiques, un nouveau pas vient d’être franchi avec la réunion hier de l’Assemblée issue du scrutin du 30 janvier. Les étapes suivantes porteront sur la préparation d’ici au 15 août...