Sur les marchés colorés de Damas, les clients libanais, habituellement attirés par les prix bas, sont devenus rares, au grand dam des commerçants qui espèrent pouvoir les retrouver quand le choc provoqué par la mort de Rafic Hariri se sera estompé, rapporte Amer Ouali de l’AFP, dans un reportage daté de Damas.
Depuis l’assassinat de l’ancien Premier ministre, le 14 février, imputé par l’opposition au pouvoir libanais et à Damas, le flux des voyageurs entre les deux pays s’est considérablement réduit, privant les commerçants syriens d’une importante source de revenus.
« On ne les voit presque plus depuis un mois », constate amèrement Naïm Bazri dans sa petite échoppe d’épices et de friandises.
« Les Libanais constituaient pour certains d’entre nous jusqu’à 80 % de la clientèle », ajoute ce commerçant du souk Bzouriyeh, pittoresque marché en plein cœur de la vieille ville où l’on trouve épices, herbes et graines de toutes sortes, aussi bien que de l’encens et de curieux produits utilisés par les guérisseurs traditionnels.
Le manque à gagner ? Il préfère ne pas en parler. Pour l’instant, il prie pour que cette crise ne soit « qu’un orage passager ». « Le choc ne s’est pas encore estompé chez nos frères du Liban, mais je pense que les choses finiront bien par revenir à la normale », espère cet homme dont de nombreux proches vivent à Saïda.
Près de son échoppe, un adolescent tient une boutique de chocolats. « Les Libanais ? On ne les voit plus », note-t-il simplement. À Hamidiyeh, célèbre souk de Damas édifié par les Ottomans à la fin du XIXe siècle, Kamel Chaal, avec son costume gris impeccable et ses lunettes aux verres teints, a l’air d’un fonctionnaire. Il tient pourtant un magasin de rideaux et de tentures hérité de son grand-père et réputé pour ses bas prix. Comme tous les autres, il a perdu sa clientèle libanaise.
« En tant que commerçant, je préfère penser à une crise passagère comme j’en ai déjà connu et comme on peut en connaître à n’importe quel moment », explique-t-il dans sa boutique où l’on remarque sur un mur le portrait du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah.
« Je pense que nos frères du Liban sont animés par une peur totalement injustifiée. Je leur dis qu’ils peuvent revenir en Syrie sans crainte et qu’ils seront accueillis mieux qu’auparavant », promet-il.
Le directeur d’une agence de tourisme libanaise pense aussi qu’il s’agit d’une « crise passagère » appelée à se résoudre « d’ici aux élections législatives au Liban », prévues en mai.
« Il y a une certaine prudence des Libanais qui craignent des représailles, mais à long terme, ce sont les intérêts qui comptent et les Libanais ont tout intérêt à venir faire leurs achats en Syrie », analyse-t-il.
« C’est une catastrophe ! » se lamente de son côté un chauffeur de taxi à la station Baramkeh d’où sont assurées les liaisons vers le Liban et la Jordanie.
« Avant, je pouvais faire jusqu’à trois navettes par jour vers Beyrouth. Maintenant, je n’en fais qu’une tous les trois jours », dit-il.
Outre les Libanais, les chauffeurs de taxi ont perdu une importante clientèle représentée par les ouvriers syriens qui ont fui le pays du Cèdre de peur de faire les frais du sentiment antisyrien qui s’est exacerbé au Liban.
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