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Actualités - Opinion

Le point Au nom de la morale

Dans les annales des organismes internationaux, l’événement est assez rare pour mériter que l’on s’y attarde. Réunie jusqu’au 22 avril à Genève, la Commission des droits de l’homme des Nations unies a entamé dès lundi un lent travail de justification de son action tout au long des années écoulées. Officiellement, le digne organisme onusien est censé se pencher sur les abus qui se commettent partout, souvent au nom d’une justice qui, de plus en plus souvent, prend de coupables libertés avec les règles qui régissent les rapports entre l’État et le citoyen. Dans la pratique, il lui est reproché de se préoccuper davantage de mettre ses membres à l’abri des critiques. L’accusation, terriblement grave et lourde de conséquences possibles, est contenue dans un rapport sur la réforme de l’Onu remis à Kofi Annan à la fin de l’an dernier. C’est que de nombreux États membres sont pointés du doigt pour les exactions commises par leurs multiples services, armées ou milices. Tel est le cas notamment de Cuba, de la Chine ou encore du Soudan. Dans ce dernier pays, c’est bien entendu le conflit du Darfour qui est dénoncé, chiffres et faits à l’appui. Et le contenu du dernier acte d’accusation est terriblement lourd. Jan Egland, secrétaire général adjoint pour les Affaires humanitaires, cite le chiffre de 180 000 morts en l’espace d’un an et demi. Cela fait 10 000 morts par mois, en moyenne. « Il se peut même, dit-il, qu’il y en ait eu plus de 200 000 mais je pense que notre estimation est raisonnable. » Raisonnable ! Il s’agit, précise le digne fonctionnaire, de « décès évitables », comprendre qu’ils ont été causés par les privations, les maladies et non par des actes de guerre proprement dits. Pour les personnes déplacées, les projections sont plus inquiétantes encore : de 2 millions, on passerait sous peu à 3, voire 4 millions. Le régime vient de rejeter en bloc toutes les accusations portées contre lui et, du coup, les pressions dont le menace la communauté internationale. « Ce serait là des mesures disproportionnées, déséquilibrées, a tranché tout sec le ministre soudanais de la Justice, Ali Yassine. Le résultat en est déjà une situation plus volatile encore, ce qui pourrait entraver nos efforts en vue d’aboutir à un accord de paix. » Détail que Khartoum préfère oublier aujourd’hui : l’an dernier, les USA avaient qualifié de « génocide » les raids des féroces Janjawid contre la population afro-noire de l’ouest soudanais. « Intermittente, sélective » : la Canadienne Louise Arbour, haut-commissaire aux Droits de l’homme, qui a succédé à Mary Robinson, n’a pas de mots assez sévères pour flétrir ce qu’elle qualifie, dans un délicat euphémisme, d’incohérences. Ainsi, les États-Unis ont essuyé ces derniers temps des rafales de critiques pour les mauvais traitements infligés aux prisonniers en Irak, en Afghanistan et à Guantanamo, mais les seuls à les mettre en cause sont les Cubains. Autre exemple : les nations mises en cause (Israël, la Corée du Nord...) sont pratiquement isolées sur le plan diplomatique, alors que la Chine parvient, grâce à un savant échafaudage d’alliances, à échapper à l’opprobre qui normalement devrait la frapper. Les problèmes que rencontrent les journalistes dans l’exercice de leurs fonctions sont tout aussi graves. 2004 aura été l’année la plus dévastatrice de la décennie, avec 56 reporters tués, dont 23 pour le seul Irak, et 122 autres emprisonnés, dont 42 par les autorités de Pékin. Et que penser de cette condamnation à six mois de prison d’un commentateur de la chaîne WJAR de la ville de Providence (État américain de Rhode Island) pour avoir refusé de révéler, dans un cas précis, sa source d’information ? Les quelque 3 000 délégués représentant 53 États et une kyrielle d’organisations non gouvernementales présents à la 61e grand-messe de Genève ont commencé à éplucher des centaines de rapports qui leur sont soumis, dont l’un, établi par Human Rights Watch, dénonce Washington pour les tortures infligées à des détenus à Abou Ghraib. « Nous ne cherchons pas à excuser ces pratiques », a déclaré le porte-parole du département d’État. La dénonciation aurait gagné à être plus ferme. Christian MERVILLE
Dans les annales des organismes internationaux, l’événement est assez rare pour mériter que l’on s’y attarde. Réunie jusqu’au 22 avril à Genève, la Commission des droits de l’homme des Nations unies a entamé dès lundi un lent travail de justification de son action tout au long des années écoulées. Officiellement, le digne organisme onusien est censé se pencher sur les abus qui se commettent partout, souvent au nom d’une justice qui, de plus en plus souvent, prend de coupables libertés avec les règles qui régissent les rapports entre l’État et le citoyen. Dans la pratique, il lui est reproché de se préoccuper davantage de mettre ses membres à l’abri des critiques. L’accusation, terriblement grave et lourde de conséquences possibles, est contenue dans un rapport sur la réforme de l’Onu remis à Kofi...