Trains à l’arrêt, Madrilènes aux yeux rougis, le tout dans une profusion de fleurs et de bougies : pendant cinq minutes, le temps s’est figé hier midi à la gare d’Atocha pour honorer les morts anonymes du 11 mars 2004.
Une voix d’homme résonne dans les haut-parleurs : « Mesdames et messieurs, à la mémoire des victimes des attentats du 11 mars 2004, tous les trains observeront cinq minutes d’arrêt à midi pile. »
Un train de banlieue et des dizaines de personnes s’immobilisent sur le quai n° 2, où la bombe a explosé. L’air grave, silencieux, bras derrière le dos, yeux rivés au sol, les anonymes forment un cercle autour de bougies et de fleurs rouges et blanches, déposées sur le quai. Un air de piano mélancolique envahit la gare. Des larmes coulent sur les joues d’une femme.
Il y a juste un an, à 07h40, le train en provenance d’Alcala de Henares arrivait à quai, chargé de son lot matinal d’ouvriers, employés, étudiants, immigrés. La bombe explose : 29 vies fauchées, 176 blessés.
« Il était parti tôt pour le travail. Il était informaticien. Nous allions nous marier cette année. » : Ana Isabel Fernandez, 32 ans, vient de mettre une bougie à la mémoire de son fiancé, José Miguel, mort à 29 ans. « Son téléphone portable ne répondait plus. Il n’était pas au bureau ni à la maison. J’ai reçu un appel de l’hôpital... » Ana prend toujours des anxiolitiques. Le patron de la boutique où elle est vendeuse lui a donné sa journée. Elle déjeunera en famille.
L’explosion, la panique, le sang : « Je l’ai vu de près. La peur de ma vie, confie Siham Ayad, une jeune Néerlandaise de père marocain et de mère espagnole. Ça a été très difficile d’apprendre que des Marocains avaient fait ça (...) Catholiques ou musulmans, il n’y a que des personnes. Moi, je me sens européenne. »
À l’entrée de la gare, sous un soleil radieux, on se presse comme l’ont fait les Madrilènes dès le jour des attentats afin de déposer des fleurs et des bougies disposées pour former les chiffres et les lettres : « 11 mars 2004 ». Sur des feuilles de papier placées sur le sol ou collées aux vitres, des messages de deuil ou de colère : « Carlos, nous ne t’oublierons jamais ». « Que la haine empoisonne le sang de ceux qui ont arraché la vie », « La mort, plus jamais ». Une femme au visage mangé par des lunettes de soleil se glisse entre les badauds, met une chandelle sur le trottoir et repart en larmes sans un mot, évitant les caméras.
Dans le vaste hall, des dizaines de Madrilènes se relaient devant un « espace de parole ». Chacun pose sa main sur un écran tactile et tape son message sur un clavier. « Pour tous ceux amputés de leur corps et de leur âme » : le message et la main s’affichent sur un écran vidéo pendant 20 secondes.
12h05, la foule s’éparpille. Les trains repartent. Ce matin, 884 000 passagers ont transité par Atocha, carrefour ferroviaire de l’Espagne : à peine moins qu’habituellement un vendredi.
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Une voix d’homme résonne dans les haut-parleurs : « Mesdames et messieurs, à la mémoire des victimes des attentats du 11 mars 2004, tous les trains observeront cinq minutes d’arrêt à midi pile. »
Un train de banlieue et des dizaines de personnes s’immobilisent sur le quai n° 2, où la bombe a explosé. L’air grave, silencieux, bras derrière le dos, yeux rivés au sol, les anonymes forment un cercle autour de bougies et de fleurs rouges et blanches, déposées sur le quai. Un air de piano mélancolique envahit la gare. Des larmes coulent sur les joues d’une femme.
Il y a juste un an, à...