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Un autre Liban est désormais possible

En réponse à la manifestation à laquelle l’opposition a invité le peuple libanais pour exprimer son refus de l’occupation syrienne, le Hezbollah et les partis prosyriens ont organisé une manifestation d’appui à la Syrie. Les manifestants, estimés à plusieurs centaines de milliers, ont afflué vers la capitale pour mettre en œuvre une imposante démonstration de force et donner ainsi la mesure de la puissance et du poids du Hezbollah sur la scène politique libanaise... À première vue, on pourrait s’y tromper. Des centaines de milliers de nos compatriotes se seraient jetés sur les routes à l’aube, auraient affronté les tribulations d’un voyage lent et pénible pour exprimer leur appui à la présence syrienne au Liban. Toutefois un examen attentif des faits appelle quelques réserves. Les manifestants, majoritairement chiites, viennent en grande partie du Sud et de la Békaa, là où la vacance de l’État a contraint les institutions étatiques et leurs représentants à une collaboration inégale avec le Hezbollah. La déshérence dans laquelle vivent nos compatriotes a également un autre visage: l’accès difficile, voire impossible, pour la majorité d’entre eux aux services médico-sociaux de l’État, remplacés par les réseaux du Hezbollah. En outre, ce dernier est un important pourvoyeur d’emplois et de revenus pour une population appauvrie, durement frappée par le chômage. Une population abandonnée à la précarité économique et à l’anomie, dont la survie quotidienne dépend étroitement du Hezbollah (revenus, écoles, dispensaires, œuvres sociales, police, recours à l’administration...). Même ceux – une poignée – qui échappent à cette condition, doivent compter avec le seul pouvoir armé et effectif sur le terrain. Il est donc compréhensible que lorsque le Hezbollah a appelé à manifester, ses obligés aient afflué à la place Riad el-Solh. Quant aux leaders prosyriens, ils doivent à la Syrie prestige, carrière, fortune et pouvoir. Autour d’eux gravite une caste de clients, parents, amis, hommes d’affaires, qui a ainsi accès aux charges et aux crédits de l’État. Ceux-ci, à leur tour, avec leurs clans, ont répondu présent à l’appel à manifester. Dans l’opposition, par contre, des dizaines de milliers de personnes, toutes confessions confondues, ont bravé l’État et manifesté, non par crainte ou intérêt personnel mais pour promouvoir la souveraineté nationale, débarrassée de la tutelle syrienne, et construire ainsi un avenir meilleur pour tout le peuple libanais. Un autre Liban est désormais possible. La lutte politique ne se fera plus selon un clivage confessionnel mais entre les tenants d’un pouvoir refusé et les forces vives de la nation enfin unies. Pour paraphraser Mazzini, le Liban indépendant est né en 1943 mais les Libanais naissent aujourd’hui. Mounir BEJJANI Général BEM à la retraite
En réponse à la manifestation à laquelle l’opposition a invité le peuple libanais pour exprimer son refus de l’occupation syrienne, le Hezbollah et les partis prosyriens ont organisé une manifestation d’appui à la Syrie.
Les manifestants, estimés à plusieurs centaines de milliers, ont afflué vers la capitale pour mettre en œuvre une imposante démonstration de force et donner ainsi la mesure de la puissance et du poids du Hezbollah sur la scène politique libanaise...
À première vue, on pourrait s’y tromper. Des centaines de milliers de nos compatriotes se seraient jetés sur les routes à l’aube, auraient affronté les tribulations d’un voyage lent et pénible pour exprimer leur appui à la présence syrienne au Liban.
Toutefois un examen attentif des faits appelle quelques réserves. Les manifestants,...