Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinions

Les lecteurs ont voix au chapitre

Pour (ou contre) une nouvelle Constitution libanaise Intelligent ou dangereux ? Le projet de nouvelle Constitution de Patrice Chahine, paru dans l’édition de L’Orient-Le Jour du dimanche 6 mars, semble diviser nos lecteurs, comme en témoignent les deux correspondances, totalement contradictoires, que nous publions ci-dessous. Un projet dangereux L’ article de M. Patrice Chahine essaye de nous renvoyer vers une solution de présidence comme étant la plus légitime et loyale pour sauvegarder la paix et l’unité du pays (…). Avez-vous pensé que de telles idées sont plus dangereuses à véhiculer et peuvent se retourner contre les minorités à long terme, comme cela est arrivé dans les pays arabes depuis la dernière guerre ? L’image que vous voulez donner au Liban de l’avenir, c’est celle de l’Égypte d’aujourd’hui. Je doute qu’avec ces idées-là vous essayiez de sauvegarder les minorités au Liban et partout dans le monde, M. Chahine. C. GABRIE Un projet intelligent Je vous écris au sujet de l’article de Patrice Chahine intitulé «Vers une nouvelle Constitution libanaise », paru dans L’Orient-Le Jour du dimanche 6 mars. J’ai rarement lu quelque chose d’aussi intelligent, d’aussi adapté à la situation actuelle du Liban. En particulier, sa proposition d’élire, pour des mandats limités à six ans, un président de la République qui serait tantôt chrétien, tantôt musulman, et un président du Conseil qui serait musulman avec un président de la République chrétien, et chrétien avec un président de la République musulman. Cette proposition est tout simplement géniale. Mieux encore, dans le projet de Patrice Chahine, le président de la République (ou du Conseil) chrétien ne serait pas exclusivement de rite maronite ; il pourrait tout aussi bien être grec-catholique, orthodoxe voire protestant, tandis que le président musulman n’aurait pas à être nécessairement sunnite, mais pourrait être également chiite ou druze. Claude BRZOZOWSKI Paris Plus proches que jamais À celui qui accuse les maronites d’avoir pour leader Walid Joumblatt, je réponds que M. Joumblatt représente aujourd’hui notre opposition ; celle de tous les Libanais qui suffoquent ; celle de tous les Libanais qui s’accrochent aujourd’hui à l’espoir de voir leur pays libéré. Cette fois, nous sommes unis et plus proches que jamais. Le Liban nous appartient, nous allons le libérer. Vos propos et vos discours ne nous affectent plus, ils ne reflètent que votre échec. Amal TABET Montréal Un exemple pour tous Malgré toutes les difficultés présentes, quel plaisir pour l’émigré libanais de suivre tout ce qui se passe. Tous les niveaux de la société, les représentants de toutes les religions et sectes, de toutes les régions du pays. Fier de ses origines et de sa destinée, une fois de plus le Liban prouve la principale caractéristique de son peuple: vivre en harmonie et être un exemple pour tous ses voisins et pour le reste du monde. Une fois ces difficultés surmontées, une fois de plus nous montrerons au monde entier quels avantages il y a à vivre dans une atmosphère de paix. Nicolas HABIB Melbourne – Australie Messe à Nice Un millier de Libanais et des amis du Liban ont assisté à l’église Saint-Pierre d’Arène (Nice) à une messe à l’intention de Rafic Hariri et de tous les martyrs du Liban. La messe a été célébrée par le curé de la paroisse et par le père Ghazi Khoury. Les Libanais sont venus avec des foulards au cou, aux couleurs de la liberté et de la paix. Moi-même, tous mes compatriotes et tous ceux qui ont assisté à la messe manifestons notre soutien et notre solidarité avec les Libanais qui participent tous les jours au sit-in et qui organisent des manifestations à la place des Martyrs, à Beyrouth, afin de faire aboutir les revendications de tous : liberté, souveraineté, indépendance et unité. D. HUSSEIN Nice – France Tenez bon ! Assad a prévenu qu’un retrait militaire n’entraînerait pas la fin de l’influence syrienne sur le Liban. «Le retrait de la Syrie du Liban ne signifie pas l’absence d’un rôle (au Liban) pour la Syrie, a-t-il déclaré. La force de la Syrie et son rôle au Liban ne dépendent pas de la présence de ses soldats au Liban. » Je rêve ou quoi ? N’a-t-il pas compris que nous ne voulons aucune influence ni rôle syriens dans la vie politique, militaire et citoyenne du Liban et des Libanais? Bravo les jeunes, que Dieu vous bénisse ! Tenez bon. Vive le Liban libre ! Jean RUSTOM Montréal Le jour est arrivé Mon message de soutien vous arrive de France où beaucoup de gens ont un attachement sincère avec le Liban. Tous les peuples finissent un jour par se libérer et je crois que ce jour est arrivé pour le Liban. Que le Liban redevienne un exemple de paix, de tolérance et de prospérité, voilà mon souhait le plus cher. Paul DURET France Liberté d’expression Nous appuyons la politique suivie par L’Orient-Le Jour depuis le 14 fevrier 2005. Qui a tué Hariri ? Une question qui intrigue les lecteurs, auxquels votre quotidien consacre une page entière, cinq jours sur sept, pour leur permettre de se défouler et clamer leur indignation. La presse étrangère, et en particulier occidentale, a cité jusqu’à présent L’Orient-Le Jour 66 fois d’après certaines statistiques et 16 fois dans l’audiovisuel comme référence. Quant à notre cher Moyen-Orient, et nos voisins, pour la première fois un groupe d’intellectuels y critiquent le régime. Courage et acclamons la liberté d’expression. Antoine SABBAGHA Marwan Hamadé, homme de courage et de conscience Marwan Hamadé, c’est avec admiration et beaucoup d’émotion que j’ai suivi votre intervention à l’Assemblée nationale. Notre adhésion à vos principes moraux n’est plus à démontrer. Aujourd’hui, avec vous et grâce à vous, le mur du silence, le mur de la peur est tombé. Vous avez été le premier à dénoncer directement les responsables. Avant vous, les témoignages étaient frileux, timides, rarement aussi audacieux pour désigner les bourreaux responsables de cette boucherie politique. La vérité se noyait dans un silence mortel. Vous avez été le premier à évoquer « l’ukrainisation du Liban ». Le monde, à juste titre, vous a suivi. Le soutien populaire à vos appels et à ceux de l’opposition est merveilleux et authentique. La colère populaire fera bouger les montagnes. Vous avez été le premier à vous référer à la justice internationale. D’utopique, cette pratique est devenue une réalité bien ancrée dans les mœurs de l’Onu. Il est bon de rappeler que le droit et le devoir d’ingérence ne sont pas des lois utopiques. Ils font partie, depuis de nombreuses années, de notre quotidien juridique international. Malheur à ceux qui n’ont pas compris la réalité de ces faits. Ce droit est en fait un droit de porter secours à des populations ou à des individus en danger et menacés de mort, avec en prime la faculté de passer outre le principe de souveraineté des États concernés. Par ailleurs, la violence contre les individus n’est plus admise par toutes les autorités morales et religieuses, et la souveraineté des individus menacés s’affirme face à celle des États. Le problème concerne la conception que nous avons des êtres humains et la manière de les placer au centre de nos pensées et de nos actions. Aujourd’hui, avec la montée effrayante de la criminalité politique et ce carnage visant les hommes politiques, l’indifférence et la neutralité n’ont plus droit de cité. Nous sommes tous concernés. Le dogme du respect de la vie est en danger. Quinze années de guerre plus quinze autres années de dictature, ça suffit ! Merci à Marwan Hamadé : – d’être le témoin vivant qui ne se taira jamais sur ce qui se passe et ce qui s’est passé ; – de ne jamais s’arrêter avant d’avoir atteint la vérité. Joseph KREIKER L’heure de gloire Ils sont fous ces Libanais. Ils ne désespèrent pas. Il y a un siècle, ils étaient les pionniers d’une renaissance arabe malheureusement étouffée par des régimes dictatoriaux ou militaires qui réprimaient les peuples et les intellectuels. Le Liban, pays démocratique, multiculturel et multicommunautaire, se retrouvait alors isolé dans une région en ébullition. Il s’est transformé en un terrain fertile pour l’expression de tous les antagonismes inavoués dans la région, conduisant le pays au chapitre le plus sombre de son histoire contemporaine. Il se retrouvait déchiré par toutes les guerres sur son territoire (guerre israélo-arabe, guerre libano-palestinienne, guerre syro-palestinienne, guerre libano-syrienne et, malheureusement, guerre libano-libanaise) à tel point que la communauté internationale, dans le cynisme de l’indifférence, s’est trouvée obligée de créer un nouveau terme décrivant l’état d’un pays en chaos et d’un peuple éclaté : la libanisation. La période d’hibernation qui avait suivi a failli priver le Liban de son identité et de son message. La mort de Rafic Hariri, le 14 février 2005, a secoué toutes les consciences et réveillé tout un peuple. Le voilà, ce peuple, de nouveau porteur d’un message. Sur la place des Martyrs, la libanisation est en train de changer de sens. Elle sera désormais définie comme étant la révolte pacifique pour la démocratie, la liberté, la tolérance et l’État de droit. Sur cette place de la Liberté, les intellectuels du monde arabe sont tous appelés à participer à la révolution du Cèdre car la libanisation est l’avenir du Moyen-Orient. Georges Naccache écrivait dans un éditorial en 1950, dans les suites d’un énième conflit (déjà) avec la Syrie sur la souveraineté du Liban : « Nous nous sauverons et, ce n’aura pas été la première fois, nous sauverons la Syrie avec nous. » Cette fois-ci, nous sauverons le monde arabe aussi. À ces Libanais libres, à la place des Martyrs, j’emprunte le discours de Churchill aux Anglais en 1940 pour leur dire : « L’adversaire sait très bien qu’il doit nous briser sur cette place ou il perdra le combat. » Si nous tenons bon, toute la région pourra être libre et le Moyen-Orient entrera dans une ère de lumière. Mais si nous échouons, cette partie du monde plongera dans un nouvel âge obscur. Appliquons-nous à cette tâche et mettons-nous en tête que dans cent ans, le monde dira à propos des Libanais : à Beyrouth, en 2005, ils ont eu leur heure de gloire. Dr Georges GHANEM Appel à la résistance J’avais dix ans lorsque, pour la première fois, je visitais le Liban. Ce pays m’attirais et je rêvais qu’un jour je vivrais dans ce beau pays tout pétri de culture et d’histoire. À 25 ans, je retournais m’installer à Beyrouth. J’ai travaillé et j’ai vécu depuis parmi ces Libanais hospitaliers et cultivés. Qu’ont-ils fait de ce beau pays, tant envié par l’Orient et l’Occident ? La guerre civile que nous avons subie n’était pas notre guerre. Et pourtant nous avons résisté. Dieu nous a donné en feu Rafic Hariri un Libanais qui aimait son pays et qui a voulu le reconstruire pour lui redonner son charme et son identité. Aujourd’hui, les Libanais sont unis et rien ne nous empêchera de nous retrouver tous pour un Liban fort et fier de son identité. Aucun pays n’aurait pu résister aux souffrances et aux douleurs des familles durant ces années d’épreuves. Mais nous avons résisté et nous continuerons à le faire. Que notre gouvernement soit disposé à en faire de même. Madeleine CHAOU Une Libanaise qui a vécu la guerre civile avec ses quatre enfants Austin Texas Prudence et détermination Permettez-moi de vous dire que je suis très étonné par les atermoiements qui succèdent au soulèvement populaire libanais. Décidément, nos hommes politiques ne comprennent pas bien les voix de la population, toutes classes et toutes communautés confondues. À la lumière de ce qui s’est passé, on peut dire que les Libanais, dans leur grande majorité, se sont soulevés contre un système qu’on ne peut pas qualifier de démocratique. Donc la question reste et demande une réponse claire : Est-ce que les Libanais veulent toujours de ce système ? Si la réponse est non, alors il faut prendre des dispositions pour assurer la pérennité du système que la majorité aura choisi. Donc, restons prudents et déterminés dans ce combat. Jean SALLOUM Les failles de Taëf Tout le monde a participé à la victoire finale du Liban. Les jeunes et les moins jeunes qui ont forcé les barrages de l’armée et porté les drapeaux libanais sur la place des Martyrs ou de la Liberté. Les soldats de l’armée qui se sont laissé forcer la main. Le commandement de l’armée qui leur a sûrement enjoint d’être fraternels. Ceux qui leur ont offert des fleurs. Mme Bahia Hariri, éloquente et digne dans son deuil, qui pointe comme un nouveau chef de l’opposition, et surtout Omar Karamé qu’on a tant critiqué, mais qui a eu l’intelligence et le courage de partir, arrêtant une bataille perdue d’avance. Puis enfin Walid bey qui a su engranger les gains de l’opposition et qui n’a pas voulu pousser plus loin son pari. Il a appelé les manifestants à se calmer et l’opposition à rebâtir le pays. En grand seigneur, il a tendu la main à ses ennemis d’hier pour en faire peut-être les alliés de demain. Cette journée qui avait été la journée de tous les dangers, de toutes les divisions, est devenue presque une journée où tous les espoirs sont permis. Espoirs de réconciliation, d’union et de reconstruction. Espoir d’un nouveau gouvernement neutre et technocrate dont la seule mission sera de préparer des élections transparentes à même de mener à la Chambre des députés représentatifs. Le plus grand signe d’espoir a été pour moi l’invitation du président Bush au patriarche Sfeir. C’est une visite qui rappelle le passage à Paris du patriarche Hoyek. C’est une visite qui pourrait consacrer l’émergence d’un nouveau Liban et qui souligne le rôle éminent et unificateur de notre patriarche. Seulement, il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin. Il est vrai que Taëf a permis d’arrêter les combats. Mais Taëf a montré ses limites et ses défauts. Cet accord a été la principale cause des divisions au sein de l’Exécutif et des atteintes à la démocratie... Ses défauts risquent de bloquer les institutions et d’être la cause de nouvelles brouilles et même de combats. Taëf oui, mais amendé de manière à ce que l’arbitre extérieur puisse partir tranquille, car les Libanais auront su introduire dans leur Constitution des mécanismes internes d’arbitrage entre les pouvoirs et des garanties pour les libertés et les minorités. Les Américains et leurs alliés saoudiens ont été les principaux sponsors de la constitution de Taëf qui a été écrite dans des circonstances internes (guerres), internationales (deux super-grands en luttes) et régionales différentes. Aujourd’hui tout a changé, même la politique américaine qui recherche dans les pays de la région un modèle de démocratie. Ne serait-il pas conseillé que notre patriarche leur montre du doigt les failles de Taëf pour qu’avec leurs alliés arabes, ils encouragent la tenue d’une nouvelle rencontre plus large entre les communautés libanaises et soient les sponsors d’une nouvelle Constitution plus démocratique, plus équilibrée et plus gérable ? Taëf a accompli sa mission d’arrêter les combats. Aujourd’hui, il faut une Constitution capable de promouvoir la paix, la démocratie, les libertés et l’expansion au Liban et dans sa région. Roger AKL Paris Adressez vos commentaires par fax (01/360390), par lettre (rubrique Courrier des lecteurs, boîte postale 2488) ou par mail : redaction@lorientlejour.com
Pour (ou contre) une nouvelle Constitution libanaise
Intelligent ou dangereux ? Le projet de nouvelle Constitution de Patrice Chahine, paru dans l’édition de L’Orient-Le Jour du dimanche 6 mars, semble diviser nos lecteurs, comme en témoignent les deux correspondances, totalement contradictoires, que nous publions ci-dessous.

Un projet dangereux
L’ article de M. Patrice Chahine essaye de nous renvoyer vers une solution de présidence comme étant la plus légitime et loyale pour sauvegarder la paix et l’unité du pays (…).
Avez-vous pensé que de telles idées sont plus dangereuses à véhiculer et peuvent se retourner contre les minorités à long terme, comme cela est arrivé dans les pays arabes depuis la dernière guerre ?
L’image que vous voulez donner au Liban de l’avenir, c’est celle de l’Égypte...