Mahmoud Abbas, Ariel Sharon : à chacun son combat. Passe encore que l’on retrouve le président de l’Autorité palestinienne et les irréductibles du Hamas et du Jihad islamique engagés dans une confrontation qui s’annonce déjà implacable. Mais voir le chef du gouvernement israélien – qui passait hier encore, image passablement écornée aujourd’hui, pour le père putatif des points de peuplement – aux prises, dans une guerre ouverte, avec les colons eux-mêmes, une frange minoritaire de son opinion publique et jusqu’aux ultras de son propre cabinet, voilà qui aurait, il y a peu, dépassé l’entendement. Tout cela au nom, pour le premier, d’un État à venir si toutefois le quartette tient ses promesses, pour le second, de la survie de son cabinet, sinon de son pays.
Plus qu’un baroud d’honneur, plus qu’un combat de chefs, il convient de voir dans le vote de jeudi soir par quelque 700 délégués, sur les 3 000 que compte le comité central du Likoud, d’une motion exigeant un référendum sur le démantèlement des colonies de Gaza la fin d’une époque, quand à Tel-Aviv, certains demeurent convaincus que la voie de la sécurité passe par Ganei Tal et Goush Katif. Vingt-trois ans après la destruction de Yamit, des lecteurs continuent d’inonder les rédactions des journaux de leurs lamentations sur la perte du Sinaï. Mais le siège du gouvernement est fait. « Je ne permettrai pas à des franges extrémistes de me dicter leur politique » : fort des résultats des derniers sondages d’opinion qui le donnent largement favori, le Premier ministre peut se permettre d’être intraitable, malgré la menace de démission de quatre ministres, dont deux ténors de son équipe, Benjamin Netanyahu et Sylvan Shalom. Auparavant, il avait été lâché par Effi Eitan et par Yitzhak Levy et perdu du coup le précieux appui du Parti national religieux, avant de limoger, sans états d’âme, Uzi Landau et Michael Ratzon. Alors, colombe, Ariel Sharon ? Plutôt pragmatique et sentant que le maintien de l’appui américain est à ce prix. Dès lors, comme pour mieux faire passer la reculade à venir, il pouvait se permettre de s’engager à poursuivre la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem, une promesse qu’il lui sera facile de tenir.
C’est sur un autre terrain que l’attendent les rebelles de sa formation, sur celui du plan d’austérité prévu par la nouvelle loi de finances appelée à être votée avant la fin du mois en cours, faute de quoi le cabinet devra présenter sa démission. La date du débat pour une seconde et une troisième lecture a été fixée au 17 mars afin d’éviter, en cas de crise ministérielle, des élections anticipées dans les 90 jours, soit dix-sept mois avant la date prévue. Une éventualité que le principal intéressé, le chef du gouvernement, vient d’écarter, déclarant : « Chacun peut essayer de convaincre l’autre. Mais œuvrer à provoquer notre chute, voilà qui est interdit. » De fait, depuis qu’ils ont commencé à s’agiter, les frondeurs n’ont réussi à faire passer à la Knesset aucun de leurs projets. À l’opposé, le cabinet va mettre à profit les jours à venir pour entamer l’opération de distribution de ces allocations dont les petits partis, encore hésitants sur l’attitude à adopter, sont friands et qui ne manqueront pas de leur inspirer les sentiments les meilleurs vis-à-vis de l’équipe en place.
Netanyahu et Shalom ont beau prétendre qu’un référendum représenterait le meilleur moyen d’éviter une fracture dont le pays se passerait volontiers, ils ne sont que 28 pour cent de la population à les suivre dans cette logique. Des calculs ont déjà été établis, prévoyant le coût de la réinsertion des quelque 8 500 colons qui s’apprêtent à quitter Gaza. Les experts sont allés jusqu’à conseiller de laisser en l’état les habitations plutôt que de les démolir, car il faudrait dix millions de dollars pour déblayer un million de mètres cubes de décombres.
Pour la direction palestinienne, les soucis se situent à un niveau différent. Comment en effet veiller à l’installation de près de 400 000 citoyens, sur un total de 3,5 millions, quand les caisses sont vides et que les rouages de l’économie demeurent grippés ? Cette question, Abou Mazen l’a soulevée à l’occasion de la conférence tenue en début de semaine à Londres. Les réponses obtenues, dit-on, auraient été éminemment satisfaisantes. Les grands donateurs se seraient engagés à reprendre leur aide, en la majorant substantiellement.
Déjà à Khan Younès, les équipes de l’Unrwa procèdent au ramassage des seules ordures ménagères des réfugiés mais l’eau ne coule plus dans les robinets des maisons et les serres chaudes n’abritent plus les cultures de primeurs. Pour tout le monde, les lendemains menacent d’être difficiles.
Christian MERVILLE
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Mahmoud Abbas, Ariel Sharon : à chacun son combat. Passe encore que l’on retrouve le président de l’Autorité palestinienne et les irréductibles du Hamas et du Jihad islamique engagés dans une confrontation qui s’annonce déjà implacable. Mais voir le chef du gouvernement israélien – qui passait hier encore, image passablement écornée aujourd’hui, pour le père putatif des points de peuplement – aux prises, dans une guerre ouverte, avec les colons eux-mêmes, une frange minoritaire de son opinion publique et jusqu’aux ultras de son propre cabinet, voilà qui aurait, il y a peu, dépassé l’entendement. Tout cela au nom, pour le premier, d’un État à venir si toutefois le quartette tient ses promesses, pour le second, de la survie de son cabinet, sinon de son pays.
Plus qu’un baroud d’honneur, plus qu’un...