Concernant la similitude, dans la forme de contestation gaie et vivante, entre ce qui se produit à la place des Martyrs et ce qui se produisait à Baabda en 1989, Samir Frangié acquiesce, en notant toutefois que durant les quinze dernières années, les Libanais ont fait entre eux et chacun sur soi, inconsciemment, un travail important. Il note que les barricades sont tombées, que les événements ne peuvent plus être interprétés ou ressentis de différentes manières, comme cela était le cas durant la guerre. « Dans la pratique, cela se traduit par cette incroyable discipline chez les jeunes, qui ont abandonné leurs slogans particuliers, qui ont unifié leur drapeau, qui ont adopté la photo de Hariri comme symbole de ralliement. Il faut dire que c’est la sépulture qui a permis aux Libanais de se retrouver. Dans sa mort, Hariri s’est transformé en une véritable machine à recréer des liens. Il a rendu au centre-ville, le seul emplacement qui n’appartienne à personne et qui soit à tout le monde en même temps, le rôle que ce lieu a toujours joué : celui d’un espace public », dit-il.
Rafic Hariri était-il un pharmakon, « celui qui doit mourir », pour reprendre le titre d’un ouvrage de Nikos Kazantzakis ?
« La peine, la douleur des gens sont énormes. Mais c’est vrai que Hariri a été une sorte de victime sacrificielle, pour utiliser un terme anthropologique. C’est sa mort qui a permis de réconcilier. C’est presque un phénomène religieux, qui dépasse même le religieux. On peut dire que Hariri, dans sa mort, a même incarné tous les morts de la guerre. Chacun s’est souvenu de sa propre tragédie. Et quand les tragédies personnelles se rencontrent avec la tragédie nationale, il s’ensuit une œuvre de fondation », répond-il.
Il évoque dans ce cadre « l’immense portée symbolique » du geste « d’un jeune homme dont le père a été tué », Nadim Béchir Gemayel, déposant une couronne sur la tombe de Hariri, avec, derrière lui, un calicot portant la mention : « Du martyr du 14 septembre au martyr du 14 février ».
« Nous ne sommes plus dans le politique. Le mouvement de contestation n’est d’ailleurs pas le fait des politiques. L’opposition n’a fait que le traduire sur le plan politique. Le phénomène en lui-même est beaucoup plus important. Tout le monde sait que nous ne pouvons pas aller à contre-courant de ce mouvement. Toute personne qui tenterait de le faire se verrait expulsée de la société. L’opposition est devant un défi très sérieux, le fait de ne plus rechercher sa légitimité dans le passé, dans la guerre, mais dans le futur. Joumblatt a donné une leçon admirable en ce sens, en désamorçant le passé de la guerre. Il a eu le courage de reconnaître ses erreurs, et je souhaite que le reste de l’opposition le fasse aussi. Ce qui est en train d’arriver au sein des partis politiques est important. Les partis qui n’ont pas participé à ce mouvement sont en train d’exploser, comme le Parti communiste ou les Kataëb. Et un parti comme la Jamaa islamiya a quitté immédiatement le Rassemblement de Aïn el-Tiné après l’attentat. Même certains leaders clientélistes et loyalistes sont mis en mal, Sleimane Frangié entre autres. Un fait est sûr : nul au Liban ne peut plus être neutre par rapport à la tragédie », ajoute-t-il.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Concernant la similitude, dans la forme de contestation gaie et vivante, entre ce qui se produit à la place des Martyrs et ce qui se produisait à Baabda en 1989, Samir Frangié acquiesce, en notant toutefois que durant les quinze dernières années, les Libanais ont fait entre eux et chacun sur soi, inconsciemment, un travail important. Il note que les barricades sont tombées, que les événements ne peuvent plus être interprétés ou ressentis de différentes manières, comme cela était le cas durant la guerre. « Dans la pratique, cela se traduit par cette incroyable discipline chez les jeunes, qui ont abandonné leurs slogans particuliers, qui ont unifié leur drapeau, qui ont adopté la photo de Hariri comme symbole de ralliement. Il faut dire que c’est la sépulture qui a permis aux Libanais de se retrouver. Dans sa mort,...