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Actualités - Opinion

Le point À pas comptés

Après la conférence de mardi à Londres, il a suffi de quelques heures pour que l’État hébreu recommence à s’enferrer dans l’étrange logique qui, depuis des décennies, est la sienne. La réunion, a jugé hier « un haut responsable israélien qui a requis l’anonymat », pour reprendre la formule consacrée, a envoyé un mauvais signal aux Palestiniens. Traduit (plutôt librement) par ce savant déchiffreur, cela signifie qu’ils ne vont pas subir des pressions sur la question des attentats. Et donc, toujours selon lui, « s’il n’y a pas d’action contre le terrorisme, vous ne pourrez pas avoir un État ». L’équipe d’Ariel Sharon, reconnaissons-lui ce mérite, a de la suite dans ses fausses idées. Ces retrouvailles dans la capitale britannique – auxquelles prenaient part les représentants de 23 pays et ceux de six grandes organisations internationales – elle n’en a jamais voulu, même si, en décembre dernier, son chef l’avait qualifiée d’« initiative très, très importante », à condition toutefois qu’il n’y soit pas question d’arrangements définitifs tant sur l’État appelé à naître que sur ses rapports avec son voisin sioniste. C’est que le bouillant général se meut aujourd’hui en terrain miné : son alliance avec le Parti travailliste ne tient qu’à un mince fil, ses rapports avec les colons de Gaza sont au plus mal et les liens avec les partis ultraorthodoxes, qui jadis lui fournissaient à la Knesset un apport de voix indispensable à sa survie politique, n’ont jamais été aussi distendus. Au point qu’il a dû doubler les effectifs de sa garde rapprochée par crainte de subir le sort qui fut, le 4 novembre 1995, celui de Yitzhak Rabin. Trois jours avant la conférence, tenue sur le thème : « Supporting the Palestinian Authority », on avait frôlé la crise entre Londres et Tel-Aviv. La rencontre entre un conseiller de Tony Blair, sir Nigel Sheinwald, et le tristement célèbre Dov Weisglass avait failli déraper sur le sujet combien brûlant des arrangements de sécurité et surtout celui dit du corridor de Philadelphie. Dans un souci d’apaisement, le 10 Downing Street avait pris soin de préciser qu’il ne s’agissait pas de prendre la relève du quartette, mais d’assurer à Mahmoud Abbas les moyens de disposer d’une bonne gouvernance, d’un système de sécurité valable et d’une économie viable. Sur le premier de ces points, le successeur de Yasser Arafat semble être sur la bonne voie. Après l’élection présidentielle puis la consultation municipale, il a opéré un remaniement ministériel s’apparentant à une véritable révolution, avant de s’attaquer au triple mal de la corruption, de la gabegie et du népotisme qui paralysait, du temps du défunt raïs, toute gestion saine de l’administration et des finances. Washington lui enverra dans les prochains jours le général William Ward, avec mission officielle de veiller à la refonte de ses services de sécurité. En réalité pour contrôler les efforts tendant à lutter contre le Hamas et le Jihad islamique et autres Brigades des martyrs d’al-Aqsa. Sur le troisième point, celui de l’économie, la partie s’annonce particulièrement difficile. Rodrigo de Rato, directeur exécutif du Fonds monétaire international, a invité les principaux pays donateurs à se montrer particulièrement généreux cette année. Depuis l’intifada de septembre 2001, vient de révéler la Banque mondiale, le déficit est devenu abyssal : pour une population de 3,8 millions d’habitants établis à Gaza et en Cisjordanie, il était de 847 millions de dollars en 2001, de 693 millions l’année précédente. Pour le dernier exercice, un record négatif serait établi, alors que, par le passé, la balance était équilibrée ou même carrément excédentaire. Il n’en reste pas moins que sur l’ensemble de leur action récente, les Palestiniens ont obtenu le satisfecit dont ils avaient tant besoin. Les progrès réalisés ont été jugés « significatifs » et Javier Solana, haut représentant pour la politique étrangère de l’Union européenne, leur a assuré que les Vingt-Cinq seront avec eux « jusqu’au bout de la “ feuille de route” ». Mieux encore : Tony Blair a jugé que le contentieux entre les deux partis, vieux de près de six décennies, constitue le principal défi lancé à la communauté internationale. C’est, a-t-il martelé, un challenge qui doit être relevé si nous voulons extirper des relations internationales le poison qui les menace et qui alimente le fanatisme. Et si Abou Mazen est allé plus loin encore, c’est que le retard pris est énorme. Nous allons œuvrer, a-t-il promis, à la création, dans les meilleurs délais, de l’État palestinien prévu par le plan international. Auparavant, il serait prudent de prévoir, dès le second semestre de cette année, de nouvelles assises, cette fois avec une participation israélienne, ainsi que l’ont suggéré les Français. Sur la voie de la paix, les petits pas restent le moyen le plus sûr d’arriver à destination. Christian MERVILLE

Après la conférence de mardi à Londres, il a suffi de quelques heures pour que l’État hébreu recommence à s’enferrer dans l’étrange logique qui, depuis des décennies, est la sienne. La réunion, a jugé hier « un haut responsable israélien qui a requis l’anonymat », pour reprendre la formule consacrée, a envoyé un mauvais signal aux Palestiniens. Traduit (plutôt librement) par ce savant déchiffreur, cela signifie qu’ils ne vont pas subir des pressions sur la question des attentats. Et donc, toujours selon lui, « s’il n’y a pas d’action contre le terrorisme, vous ne pourrez pas avoir un État ». L’équipe d’Ariel Sharon, reconnaissons-lui ce mérite, a de la suite dans ses fausses idées. Ces retrouvailles dans la capitale britannique – auxquelles prenaient part les représentants de 23 pays et...