Tête haute
Le 26 janvier de l’année dernière, dans un plaidoyer émouvant paru dans vos colonnes, Mme Nada Nassar-Chaoul avait adressé une lettre à tous les jeunes Joseph du Liban, lettre bouleversante et qui a eu un gros impact parmi vos lecteurs. Personnellement, elle m’avait émue jusqu’aux larmes.
Joseph, comme tant d’autres jeunes du Liban, désirait partir sous d’autres cieux ; et sa maman, une maman parmi tant d’autres, essayait de le retenir en lui faisant entendre la voix du cœur.
Joseph est peut-être parti depuis, comme beaucoup de jeunes désespérés.
Personnellement, je ne le connais pas, mais moi aussi, j’ai mon Joseph à moi (qui ne s’appelle pas Joseph, mais c’est vraiment sans importance) que j’essaie de faire revenir au pays par tous les moyens. J’ai usé de toutes les raisons sentimentales, en vain.
Mais aujourd’hui, je peux enfin utiliser un langage plus cartésien, et je sais que ce n’est pas pour lui déplaire.
Maintenant, j’ai des raisons solides pour lui dire : restes, ou reviens, un rayon de lumière nous apparaît au loin. Quelque chose d’immense est en train de changer dans le pays. Et c’est tellement immense que, comme beaucoup d’autres, j’arrive difficilement à y croire, et surtout à définir ce qui se passe.
Les Libanais, qu’on disait de l’autre bord, nous montrent chaque jour qu’ils ne sont pas différents de nous, mais qu’ils étaient seulement plus patients avec des voisins qu’ils considéraient amicaux, sans malices.
Leur patience avait quand même des bornes, et un jour, ils ont vu que trop c’est trop. C’était la dernière pièce du puzzle libanais qui se mettait en place pour offrir au monde le vrai tableau du Liban, la vraie nature du Libanais fier et responsable.
En disant que c’est la dernière pièce du puzzle, je sais que j’exagère, poussée par mes « Wishfull Thinking », comme me dirait mon Joseph de fils (qui ne s’appelle pas Joseph, mais c’est tout comme), parce qu’il en reste quand même une, très importante, qui doit absolument nous rejoindre, qui doit sacrifier un peu, même beaucoup, de ses intérêts particuliers, pour le bien de tous.
Joseph, si tu décides quand même de ne pas revenir, saches que notre dignité récupérée pèsera beaucoup dans ton avenir, où que tu sois, ne serait-ce que dans ta façon de relever la tête, en quelque milieu que tu te trouves.
Zéna FARAH
Le rêve d’un retour prochain
Mes condoléances à vous tous, où que vous soyez, mais surtout à la famille de Rafic Hariri et aux familles des autres victimes de cette tragédie. Cela fait quinze ans que je vis au Canada mais je n’ai jamais oublié mon pays. Rafic Hariri a essayé de redonner au Liban l’image qu’il avait autrefois. Le Liban a perdu une personnalité qui voulait le meilleur pour son peuple.
Il faut continuer à manifester et à dire ce que nous pensons. Le Liban est perçu dans le monde occidental comme un exemple de démocratie dans le monde arabe. L’accord de Taëf parlait d’un retrait des troupes syriennes du territoire libanais ; l’Onu demande le retrait de ces troupes, mais aucun membre du gouvernement libanais n’essaie d’appliquer ces résolutions. La Syrie demeure implantée sur le sol libanais et dans les affaires libanaises.
Je suis étudiante en sciences politiques et j’aurais aimé revenir dans mon pays et y travailler.
Je souhaite qu’un environnement de paix, de véritable démocratie et de souveraineté règne au Liban. Je garde l’espoir et je rêve d’un retour prochain dans mon pays bien aimé.
N. C.
Canada
Le rôle de l’Église
Je pense que le patrirche Sfeir el l’Église maronite ont un rôle à jouer encore plus important que par le passé au vu des derniers changements sur la scène et qu’ils doivent avoir des positions plus claires face à la situation actuelle. Ils doivent publiquement demander la démission du président de la République et montrer clairement leur désaccord avec certaines factions maronites prosyriennes.
L’Église a un rôle historique à assumer. Déjà omniprésente dans la vie politique, ses positions ne vont nullement dans le sens d’une implication excessive.
Le moment est historique et elle doit être à la hauteur de l’événement.
Je suis normalement contre l’implication du clergé, ou plus largement de la religion, dans les affaires étatiques et politiques. Mais le Liban n’est pas un pays « normal ».
Gil DEGHAILI
Un peu d’unité
Bon, alors ça recommence ? il faut respecter la tradition pour obtenir un nouveau gouvernement? Bon sang, les Libanais ont fait capituler un gouvernement et ils ne sont pas capables de trouver une solution exceptionnelle pour un moment historique ? C’est vrai, un seul homme peut craindre un poste aussi dangereux mais un comité de sauvegarde? Un comité représentatif de toutes les communautés? Voyons, c’est si difficile que ça, la révolution constitutionnelle, plus difficile que la mort d’un peuple? Si vous ne vous battez pas sur ce terrain, on risque de se battre dans les rues; montrez-nous l’unité, messieurs les politiques !
Jacqueline PETMEZAKIS
Une journée historique
Paris brisé, Paris martyrisé, mais Paris libéré ! Cette phrase célèbre de Charles de Gaulle, le 25 août 1945, pourra-t-elle s’appliquer au Liban ?
Je remercie le peuple libanais de m’avoir donné la chance de participer à cette journée historique.
J’ai eu le bonheur de vivre mai 68 en France et de voir l’évolution de la société qui vivait sous le joug d’une oppression morale et d’un manque de liberté d’expression et j’éprouvais cette sensation dans ce pays, avec l’occupation en plus, bien sûr.
Je ne pensais pas que la population libanaise pouvait faire cette révolution culturelle ; je m’insurgeais contre ce peuple que je jugeais apathique, sans idéal, indiscipliné et profiteur. Je me suis trompé et c’est tant mieux.
Bien sûr, ce n’est qu’un début, continuons le combat ! J’ose espérer que la marche est irréversible et que plus rien ne sera comme avant.
Non seulement le pays doit retrouver son autodétermination mais il doit remettre en cause toutes ces institutions et braver les tabous qui oppressent la population. Mais si tout ce qui se passe actuellement n’était que la face visible de l’iceberg et que derrière tout ça il y a autre chose ?
Yves KERLIDOU
La voix de tous les Libanais
Libanais d’Europe, des États-Unis, d’Australie, du Canada, d’Afrique ou d’ailleurs, les kilomètres qui vous séparent de ce pays, qui est le vôtre malgré tout, ne doivent pas vous empêcher de manifester votre soutien à un Liban libre et souverain. Je vous invite donc à arborer dès aujourd’hui un petit ruban rouge et blanc aux couleurs du drapeau national afin de témoigner de votre solidarité avec vos compatriotes restés au Liban, et qui manifestent de jour comme de nuit à Beyrouth. Pour que de Paris à Washington en passant par Sydney et Dakar, la voix de tous les Libanais se fasse entendre.
Frédérique CAMILLIERI
Washington, DC
Une révolution à la mesure de la frustration
Au-delà de l’aspect émotionnel qui caractérise notre révolution blanche et rouge, au-delà des enjeux politiques qui, bien entendu, nous dépassent, il serait bon de s’attarder sur cette dynamique magnifique qui a fait descendre les Libanais dans la rue. De la grand-mère qui n’a jamais fait de politique à la dame du monde qui a délaissé pour un temps ses multiples activités sociales et esthétiques, en passant par l’étudiant qui a fait de la place de la Liberté son nouveau campus, sans oublier tous ces quadras qui ont tout à coup retrouvé des réminiscences de leur adolescence rebelle, notre révolution n’est pas banale. Quand, il y a deux mois, l’Ukraine se mobilisait pour sa liberté, nos soupirs d’envie et de regrets n’étaient que des soupirs. Il a fallu une gifle magistrale pour nous sortir d’une léthargie que d’aucuns ont prise pour une soumission. Aujourd’hui, les dés sont jetés, la machine est en marche et les voix sont hautes et accordées pour lancer des slogans aussi pertinents qu’amusants. Que personne ne se trompe, notre révolution sera à la mesure de notre frustration, tout simplement énorme.
Tania Hadjithomas Mehanna
Triste relativité
Paris : il y a quelques jours à peine, admettant « avoir commis des maladresses », Hervé Gaymard, énarque, ministre français de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, remettait logiquement sa démission au Premier ministre Jean-Pierre Raffarin. La raison ? Les révélations de l’hebdomadaire Le Canard Enchaîné, selon lesquelles M. Gaymard, bien que propriétaire d’un appartement de 200 mètres carrés, vivait dans un duplex parisien de 600 mètres carrés, loué 18 000 dollars par mois, aux frais de l’État français.
Beyrouth : depuis de trop longues semaines, niant avoir commis et continué à commettre bien plus que des maladresses, les ministres libanais au parcours rarement brillant s’obstinent dans leur mauvaise foi et leur incompétence à rester aux côtés du Premier ministre Omar Karamé. La raison ? La révélation au quotidien d’un peuple longtemps enchaîné, rassemblé par dizaines de milliers chaque jour, qui revendique le droit – ô combien légitime – de vivre librement dans son pays de 10 452 kilomètres carrés demeure sans importance aux yeux de l’État libanais... qui en payera sans doute les frais.
Ghaleb CABBABÉ
Le salut d’un pays
La mort parfois est le salut de l’âme, du pays même. Rafic Hariri s’est sacrifié, ainsi que ses compagnons, pour la liberté et l’indépendance du Liban. L’horrible attentat a bouleversé les Libanais. La jeunesse a commencé à manifester le 21 février, suivie par l’opposition politique, tous unis dans un même souci de voir l’occupation prendre fin. Dans un même désir aussi de dire merci à la France de Jacques Chirac. Depuis, la place des Martyrs est devenue pour nous tous celle de l’Indépendance. Un simple défoulement ? Non, bien plus que cela. Ce n’est pas une révolte, Sire, c’est une révolution.
Rita KASSIS
Zahlé
Pour une révolution pacifique
Parce que le soleil se lèvera chaque jour, ô Liban, garde espoir !
C’est après l’odieux assassinat d’un grand homme que le peuple libanais s’est enfin réveillé. C’est de sa vie que Rafic Hariri a payé son amour pour son pays. Offrons-lui cette paix dont nous avons tant rêvé... Quand cesserons-nous de faire la guerre des autres ? Quand oserons-nous marcher, main dans la main, chrétiens, musulmans, frères de sang, mais surtout de paix ? Combien de temps durera ce soubresaut, cette convulsion d’orphelins qui ont perdu un père ? Du Liban ou d’ailleurs, d’Europe, d’Afrique, d’Amérique, d’Australie ou d’Asie, chaque Libanaise, chaque Libanais, se doit à son niveau de montrer sa détermination à obtenir un pays libre, démocratique et indépendant.
C’est d’une révolution pacifique, d’une force tranquille, que le Liban a besoin.
En la mémoire de nos souffrances, de nos disparus. Pour nos enfants, notre futur.
Rafic Hariri, nous ne t’oublierons pas. Puisse ta mort constituer ton ultime révérence, en unissant à jamais tous les cœurs libanais.
Sami NASSAR
Hong Kong
Le prix de la pax syriana
Les menaces à peine voilées du régime syrien me font craindre le pire.
La Syrie a d’énormes intérêts économiques et politiques au Liban pour lâcher prise. Le but, évidemment, serait de susciter des tensions afin de démontrer à la communauté internationale que la présence syrienne est, jusqu’à nouvel ordre, indispensable au Liban.
La Syrie peut causer des troubles sécuritaires – comme les divers épisodes de la guerre civile l’ont amplement démontré. Il suffira donc d’appliquer de nouveau la règle du « diviser pour régner ».
Hélas, le Liban paie un lourd tribut pour la pax syriana, mais je crains que l’alternative, malgré l’espoir d’indépendance et d’autonomie, ne soit pas plus lourde encore de conséquences.
Étant donné le rapport des forces libano-syriennes sur le terrain, et les fissures libano-libanaises latentes, il n’y aurait que les pressions internationales qui pourraient faire fléchir Damas pour qu’elle accepte de donner un peu plus d’autonomie au Liban sans vouloir jouer les trouble-fêtes.
Jacques SALEH, PhD
Professeur de philosophie politique et d’éthique
New York, NY
L comme Liban, L comme liberté
Démocratie, liberté d’expression et respect d’autrui : des notions qui n’existent malheureusement pas dans ce paradis du Proche-Orient. Un paradis qui risque de se transformer en enfer.
La première raison de mon immigration en France était la poursuite de mes études supérieures. La deuxième raison était la liberté d’expression : une idéologie taboue dans ce pays.
Alors messieurs les gouvernants, si vous ne savez pas diriger ce beau pays, laissez la place aux organisations mondiales et rendez-nous notre pays libre.
Ismaïl C. (22 ans)
La Rochelle – France
Pourquoi la Syrie ?
En tant que Belge, Européen et démocrate, je suis également préoccupé par la situation au Moyen-Orient et plus précisément au Liban. J’ai eu la chance de visiter plus d’une fois cet été votre beau et intéressant pays, ainsi que la Syrie, la Jordanie et l’Iran. Je comprends tout à fait la douleur des Libanais et j’espère de tout cœur que le Liban ainsi que les autres pays de la région pourront vivre en paix, sans être occupés par une puissance extérieure. Je me pose néanmoins la question suivante : pourquoi la Syrie aurait-elle commandité l’attentat contre M. Rafic Hariri ?
Tout les analystes de la région ne croient pas du tout à cette version. Avons-nous pensé à Israël ? Pourquoi cet acte odieux n’aurait-il pas été commis par le Mossad ?
Bruno BONTE
Belgique
Quelle belle histoire !
Le Liban est en train d’écrire l’une des plus belles pages de son histoire et de l’histoire du Moyen-Orient. C’est l’histoire héroïque d’un peuple qui a bravé les semonces du pouvoir pour manifester dans la dignité et la fierté pour retrouver son indépendance et sa liberté. C’est l’histoire merveilleuse d’une armée qui, par sa lucidité et sa cohésion, a admirablement fait taire la bouche malveillante d’un ex-chef de gouvernement. Les femmes et les hommes de pays du Cèdre, âges et religions confondus, sont en train d’offrir un magnifique exemple de démocratie à d’autres peuples opprimés de la région. Cependant, la route est encore longue et les embûches sont loin d’être négligeables. Il s’agit de ne jamais relâcher nos efforts. Il faut persévérer dans cette lutte historique. Notre cause est juste et nous parviendrons à acquérir nos droits les plus fondamentaux.
Dr Karim S. REBEIZ
La liberté en marche
Marche de la liberté, marche de la fierté, marche de la dignité. La marche vers la libération tant attendue, tant voulue, pour laquelle nous avons tant œuvré, a commencé.
Toutes et tous, ensemble dans la nuit étoilée de Beyrouth, place des Martyrs, par milliers, venus de tout le Liban, de tous les partis et factions de cette société qui ne veut que se réunir sous le seul drapeau rouge et blanc orné du cèdre vert, et vivre dans un Liban libre, souverain et indépendant.
Ces milliers d’enfants, de jeunes, de vieillards, d’hommes et de femmes bravant les barrages et les interdits, tendant les mains très haut, de l’une tenant ferme le drapeau libanais et de l’autre gravant en lettres d’honneur une nouvelle page de l’histoire du Liban, celle de la victoire finale.
Suzanne C. SARGON
Paris
Réunis partout dans le monde
Un message des Libanais de Londres. On a manifesté avec vous au Liban, lundi passé, devant l’ambassade du Liban. Il y avait des familles entières, des étudiants, des serveurs des restaurants libanais, etc. Jeudi, nous étions devant le 10 Downing Street le matin, puis nous avons marché en direction de l’ambassade de Syrie, dans la neige.
Si loin de Beyrouth, il est difficile de se rendre utile dans un pays qui est, en plus, tout entier contre l’occupation syrienne du Liban. Maintenant, on continue avec des discussions publiques et des pétitions sur le Web. Les Libanais sont finalement réunis non seulement au Liban, mais aussi partout ailleurs dans le monde.
Comme nous sommes fiers d’être Libanais, comme toujours !
Les Libanais de Londres
Adressez vos commentaires par fax (01/360390), par lettre (Rubrique Courrier des lecteurs, boîte postale 2488) ou par mail : redaction@lorientlejour.com
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats