Rechercher
Rechercher

Actualités - Analyse

Analyse Cent jours de galère pour la Commission Barroso

En guerre ouverte avec la gauche du Parlement européen, entouré d’une équipe indisciplinée et surveillé par le couple franco-allemand, José Manuel Durao Barroso peut se demander ce qu’il fait dans la galère de la Commission européenne, cent jours après son entrée en fonctions. L’ex-Premier ministre portugais savait que l’Exécutif européen avait beaucoup perdu de son lustre après le départ de Jacques Delors en 1995, sous lequel il a vécu son âge d’or. La démission collective de la Commission présidée par Jacques Santer, en 1999, en raison d’accusations de mauvaise gestion et le mandat de Romano Prodi, dont l’autorité a été bafouée avec l’explosion du pacte de stabilité de l’euro, avait démontré que l’institution était durablement affaiblie. Il pouvait à bon droit croire que le pire était derrière lui après son investiture difficile par le Parlement européen, qui l’a obligé en novembre dernier à remanier son équipe, notamment pour chasser l’ultraconservateur italien Rocco Buttiglione. Mais au lieu de s’améliorer après ce mauvais départ, les choses semblent s’être encore détériorées pour le président de la Commission, qui fêtera le 2 mars ses cent jours à ce poste. La menace la plus précise vient du Parlement européen. Si les Verts et les communistes étaient déjà franchement hostiles à Barroso, qu’ils voient comme un ultralibéral, la gauche socialiste est passée d’une paix armée en novembre 2004 à une guerre ouverte en février 2005. Un « risque » pour l’Union européenne ? « Sa méconnaissance du rôle de président de la Commission, il l’a démontrée jour après jour depuis son investiture », estime Pervenche Bérès, une socialiste française qui préside la commission économique et monétaire du Parlement européen. « Ce type a été choisi parce qu’il était libéral, atlantiste et intergouvernementaliste », a-t-elle ajouté en prenant pour exemple la proposition visant à doper la compétitivité de l’UE au détriment, selon elle, du social et de l’environnement. Même les plus modérés au sein du groupe socialiste européen, deuxième groupe en importance, se déchaînent contre lui. « C’est une déception intégrale, personnelle, politique, déclare en privé un de ses dirigeants les plus influents. C’est une catastrophe de leadership. Je crains pour la première fois que ce président soit un risque pour l’Union européenne. » Résultat : Barroso n’est pas à l’abri d’un vote de censure, une épée de Damoclès désormais suspendue au-dessus de sa tête. Au sein de la Commission, la situation n’est guère plus brillante : avec l’élargissement, l’équipe, qui compte 25 membres, est pléthorique et extrêmement difficile à gérer. Pour ne rien arranger, les 25 commissaires se montrent pour le moins indisciplinés : les portefeuilles ont été morcelés et chacun cherche à marquer son territoire pour exister face aux autres, donnant l’impression d’une épouvantable cacophonie. « Avec l’élargissement, il faut une énergie décuplée pour parvenir au même résultat », se lamente un commissaire. Ainsi, Barroso a conscience qu’un « non » français à la Constitution européenne lors du référendum réduirait à néant sa marge de manœuvre : il a donc eu l’instinct d’annoncer la remise à plat du projet de directive libéralisant les services, qui a suscité un tollé dans toute la classe politique française. Mais il n’exerce apparemment pas son autorité pour obliger ses commissaires à faire preuve de prudence : la responsable des fonds régionaux, la Polonaise Danuta Hübner, a alimenté les peurs en France en prônant des « délocalisations » vers l’Est. Capturer Oussama Ben Laden Enfin, le couple franco-allemand, dont Barroso n’était pas le premier choix, puisqu’il avait proposé le Premier ministre belge Guy Verhofstadt, le regarde d’un œil très méfiant. L’Allemagne, dont le représentant, Günter Verheugen, occupe une place prédominante dans l’institution à son poste de commissaire chargé de la compétitivité, ne veut plus que la Commission joue le rôle de gendarme qui lui est dévolu. La France a quant à elle critiqué l’accent mis sur la compétitivité dans la première grande proposition de la Commission et l’absence présumée de sensibilité sociale. « Barroso, c’est une approche de droite du social : quand on aura de l’argent, on se le paiera », explique un diplomate français, qui reconnaît que cette approche est majoritaire parmi les gouvernements de l’Union européenne. « Or, la croissance n’est pas la garantie de la cohésion sociale. » L’ex-Premier ministre portugais a pourtant ses défenseurs. Paul Hofheinz, président du Lisbon Council, un groupe de pression privé pour la libéralisation, salue sa détermination sur ce plan et espère qu’il aura l’appui franco-allemand. « Tout le monde essaye de lui accoler cette méchante étiquette “néolibérale” », a-t-il expliqué en estimant que Barroso était confronté à une « montagne de préjugés ». À la Commission, nombreux sont ceux qui louent sa capacité de travail et sa manière de diriger les débats. « Il peut renverser la vapeur. Il a des capacités que Prodi n’avait pas », fait remarquer un haut responsable. Mais les difficultés des cent premiers jours de Prodi avaient laissé des blessures qui n’ont jamais cicatrisé et, de l’avis général, le temps presse pour José Durao Manuel Barroso. « Après ses cent premiers jours, il n’y avait qu’une seule chose qui pouvait sauver Prodi, c’est qu’il capture Oussama Ben Laden lui-même », ironise le même responsable. Yves CLARISSE (Reuters)
En guerre ouverte avec la gauche du Parlement européen, entouré d’une équipe indisciplinée et surveillé par le couple franco-allemand, José Manuel Durao Barroso peut se demander ce qu’il fait dans la galère de la Commission européenne, cent jours après son entrée en fonctions.
L’ex-Premier ministre portugais savait que l’Exécutif européen avait beaucoup perdu de son lustre après le départ de Jacques Delors en 1995, sous lequel il a vécu son âge d’or. La démission collective de la Commission présidée par Jacques Santer, en 1999, en raison d’accusations de mauvaise gestion et le mandat de Romano Prodi, dont l’autorité a été bafouée avec l’explosion du pacte de stabilité de l’euro, avait démontré que l’institution était durablement affaiblie.
Il pouvait à bon droit croire que le pire était...