Tout à gagner
Nous voilà partis pour un énième rendez-vous avec l’histoire ! Nous voilà encore une fois pleins d’espoir, incorrigiblement optimistes. Enfin, il paraît que l’espoir fait vivre…
Les optimistes diront: «Cette fois-ci, c’est la bonne.»
Les pessimistes diront : «Ça va encore se retourner contre nous.»
Qui croire ? En quoi croire? Que faire?
Oser y croire au risque d’être encore et encore déçu?
Ne rien faire au risque de regretter de ne pas y avoir participé ?
Nous voilà encore une fois à la croisée des chemins: le Libanais serait-il enfin maître de son destin? La conjoncture internationale, régionale et locale serait-elle enfin favorable? Les grandes puissances seraient-elles enfin décidées à nous soutenir jusqu’au bout et à ne pas nous sacrifier encore une fois au nom de la sacro-sainte raison d’État?
Passés les premiers instants de révolte, de rage et de frustration, le doute s’installe insidieusement, mais la raison, le courage et la détermination reprennent le dessus.
Qu’avons-nous à perdre? Rien ! Mais nous avons tout à gagner.
Docteur Chadi
Jacobins et Martiens
Le 10 octobre 1800, pour se débarrasser de Bonaparte, les Jacobins inventèrent une « machine infernale » (l’ancêtre de la trop sinistre voiture piégée) dont l’auteur était un artificier connu pour ses sympathies jacobines. Mais le complot échoua. Il sera guillotiné avec d’autres complices.
Aujourd’hui, trois siècles plus tard, Rafic Hariri est assassiné. Nos responsables ne peuvent affirmer si l’arme du crime est une voiture bourrée d’explosifs, s’il s’agit d’un attentat-suicide ou d’un tunnel piégé. S’agirait-il donc de Martiens venus de l’espace ? Messieurs les ministres, pour l’honneur rendez votre tablier.
Antoine SABBAGHA
Fiers de vous, pour toujours
Oui, le peuple aura le dernier mot. Il ne saurait en être autrement, avec ou sans les urnes, avec ou sans le gouvernement. Un peuple qui manifeste pour sa liberté ne regarde pas sa montre et ne se soucie pas des orages à venir. Nous ne saurions en douter, nous qui ne pouvons que vous regarder. Alors, jusqu’à ce que cela arrive, nous écrirons ici de petits mots d’amitié, notre façon à nous de marcher près de vous. C’est bien votre détermination et votre ténacité qui balaieront en douceur ce que l’on vous impose par la force ; si nous doutons, redressez-vous, et lorsque nous tremblons pour vous, jeunesse, criez en souriant la force de votre liberté et sachez que, pour toujours, nous sommes très fiers de vous.
Jacqueline PETMEZAKIS
Toutes des pleureuses
C’est si incroyable que je ne sais si j’ai vraiment bien compris les propos d’un des ministres de ce gouvernement qui a eu l’audace de faire savoir que des pleureuses étaient engagées et payées pour venir pleurer sur la tombe du martyr Rafic Hariri.
Eh bien, M. le ministre, sachez-le : Nous sommes toutes aujourd’hui des pleureuses au Liban. Et c’est bien vrai que Rafic Hariri nous a payées, et chèrement. Il a payé chaque Libanaise avec une goutte de son sang et cela est un crédit qui ne se tarira jamais. Soyez donc prévenu, nous pleurerons encore longtemps et longtemps la perte de ce grand homme.
Thérèse Irani HAGE
Pour un Liban libre et uni
Un grand homme nous a quittés. Le seul politicien qui ne pensait qu’au bien de son pays et non pas à ses propres intérêts, à la différence de tant d’autres…
Ce qui me désole par-dessus tout c’est qu’il a fallu qu’un homme exceptionnel tel Rafic Hariri soit assassiné pour que les Libanais se réveillent et réalisent enfin que les clivages religieux, cause numéro un de toutes nos guerres, n’ont servi qu’à nous enfoncer dans un gouffre sans issue, faisant effet boule de neige d’année en année.
Chrétiens et musulmans ensemble, main dans la main, pour un Liban libre et surtout uni. Rafic Hariri, pardonnez-nous nos erreurs passées. Je suis persuadée que vous nous regardez et nous entendez là-haut. Sachez que vos sourires, vos rêves, vos idéaux et vos espoirs seront gravés à jamais dans nos cœurs, car, depuis le 14 février 2005, ils sont devenus les nôtres aussi.
Rachel WAZEN
Paris
Juste là
à Mlle Rana Ghalayini
Seule
Dans un décor de décombres
Parmi les corps, parmi les ombres
Et la poussière
Elle va
Envers et contre tout, les sorts
Et la rencontre avec la mort,
Son père
Était là
Juste là
Il était
Juste là
Rien
N’a plus de place dans ses yeux
Noyés de larmes et qui anxieux
Se veulent partout
Loin
Sur le trottoir, sur la jetée,
Dans les voitures calcinées,
Dans tous les trous
Il était
Juste là
Il marchait
Juste là
Elle a fait les hôpitaux de tous les quartiers
Espérant le retrouver ou l’identifier
Et dans la peur, dans la douleur, dans la dignité
Je l’ai vue sécher ses pleurs et j’ai pleuré,
Et j’ai pleuré,
Et j’ai pleuré
Charly C.
Le début du réveil
La petite communauté libanaise à Londres et moi-même en particulier avons été outrés suite à la tragédie qui a coûté la vie à Rafic Hariri et à 14 autres citoyens innocents. Est-ce le début du « réveil » tant attendu du peuple libanais dans sa grande majorité, pour clamer haut et fort son ras-le-bol de l’État policier qui le dirige en toute illégalité et dont il doit s’affranchir une fois pour toutes ? Si les exemples de la Géorgie et de l’Ukraine ont constitué des signes encourageants et pleins d’espérance, c’est le moment ou jamais pour les Libanais de se rassembler et d’exiger que toute la lumière soit faite sur les circonstances de cet odieux attentat. « La cruauté est la force des lâches », dit un proverbe arabe.
L’essentiel à mon avis c’est de tout faire pour que notre chère patrie ne sombre pas dans l’anarchie, mais au contraire que cette tragédie, qu’avaient précédé tant d’autres depuis le début de la guerre civile en 1975, soit bel et bien l’élément catalyseur et rassembleur qui permettra à tous les hommes et femmes de bonne volonté, assoiffés de démocratie et de justice pour tous, de se débarrasser une fois pour toutes d’un régime qui se discrédite de jour en jour, n’ayant jamais bénéficié de légitimité constitutionnelle ou légale et ne se maintenant au pouvoir que par la force des armes et l’appui hégémonique d’un régime dictatorial voisin, qui est de plus en plus critiqué et isolé par la communauté internationale.
Les Libanais vivant en Europe occidentale, en particulier en Grande-Bretagne et en France, suivent de près la situation dans la mère patrie, d’autant plus que la plupart d’entre nous avons nos parents ou autres membres de nos familles qui résident au Liban. « La voix du peuple est la voix de Dieu », selon un dicton latin.
Antoine Gabriel BASSILA
Londres
Qu’attendent-ils ?
Beyrouth, Paris, Toulouse, Bruxelles, Genève, Londres, Stockholm, Koweït, Abou Dhabi, Qatar, Sydney, New York, Montréal et Ottawa. Les communautés libanaises se sont enfin unies et réunies pour crier fort leur colère mais surtout pour partager cette haine que les derniers événements ont amplifiée.
Il est maintenant temps de laisser parler les communautés et le peuple syriens. Si nous, Libanais, sommes capables de nous rassembler et de crier fort, il est de leur intérêt de sortir et faire changer les choses. Si le régime syrien ne permet pas de telles actions, alors c’est aux communautés syriennes à travers le monde de s’organiser pour manifester leur désaccord avec leur gouvernement. Lorsque Bush a été en guerre contre l’Irak, des centaines d’Américains sont descendus pour crier leur désaccord…
Stéphanie DADOUR
Montréal
Manifestations à New York
Je suis un Franco-libanais qui poursuit actuellement des études à New York. Je voulais juste porter à votre attention que la communauté libanaise de New York a elle aussi organisé des manifestations de soutien, le week-end passé, de manière totalement spontanée (par e-mails et portables, étant donné que nous n’avons pas de représentants politiques de partis de l’opposition).
Ainsi, nous avons commencé par nous rassembler samedi soir devant la représentation diplomatique syrienne, distribuant des flyers aux passants et allumant des bougies à la mémoire de Rafic Hariri et de toutes les victimes de l’attentat (nous n’étions que 15). Le lendemain après-midi, nous étions quelque 200 devant le siège des Nations unies, et, lundi soir, nous étions une trentaine devant le consulat libanais de la 76e rue, à 19h, répondant à l’appel de l’opposition. En outre, un grand sit-in est prévu pour dimanche prochain à 15h devant l’Onu.
Stéphane ZEBOUNI
New York
Fier d’être libanais
14 février : vous êtes partis en ce jour où les amoureux expriment leur amour. Votre amour à vous, c’est sans aucun doute, le Liban.
Monsieur le Premier ministre Rafic Hariri, de là où vous êtes, observez-nous avec fierté. Vous avez réussi à nous faire aimer notre terre, notre indépendance et notre souveraineté.
Vous m’avez rendu fier d’être libanais.
Vive le Liban libre !
Taniel DONIGUIAN
Paris
Jusqu’au bout de nos forces
Il est temps que le Liban puisse enfin s’exprimer. Malheureusement, ce n’est qu’après cet horrible attentat que les Libanais ont pu manifester leur soif de liberté face à un monde qui commence à réagir.
Je tiens à souligner que ma famille et moi sommes expatriés depuis deux ans seulement, ce qui veut dire que nous sommes restés jusqu’au bout de nos forces dans ce merveilleux pays qui est le mien, le vôtre, celui de tous les Libanais.
Denise LABAKY
France
Ne jamais oublier
En tant que Libanaise, j’éprouve aujourd’hui, comme tous mes compatriotes partout dans le monde, un sentiment de dégoût, de tristesse et de chagrin. L’attentat qui a coûté la vie à Rafic Hariri m’a profondément blessée.
Brandissant les drapeaux libanais, lisant la fatiha ou faisant le signe de Croix, les Libanais étaient, le 16 février, côte à côte. Ils étaient dans le centre-ville de Beyrouth pour rendre hommage à cet homme qui a payé sa vie pour le Liban.
L’assassinat de Rafic Hariri, que je considère comme un martyre, me bouleverse et me peine. Je n’arrive plus à contenir ma tristesse et mes larmes ! j’ai envie de crier haut et fort : au nom de l’humanité, au nom de la liberté, au nom de la démocratie, laissez-nous respirer ! On en a assez, mon pays aussi d’être le théâtre de toute cette violence. Des attentats encore et encore, du sang encore, et mon pays qui fait la une des journaux.
La question que je me pose est celle-ci : pourquoi à chaque fois qu’une personne œuvre pour le bien de notre Liban est-elle lâchement assassinée ? Pourquoi ne veut-on pas laisser ce pays renaître de ses cendres ?
Libanais, soyez vigilants !
Maya IBRAHIM
Poitiers - France
À Rafic Hariri
Je me permets de vous adresser cette lettre pour vous faire part de l’évolution de la situation depuis votre soudaine disparition qui nous a tous choqués et horrifiés…
À vrai dire, dix jours après l’attentat, nous, Libanais, ne savons toujours pas quelle a été la nature de l’explosion ! Certaines informations parlaient d’une attaque-suicide, d’autres de l’implication de 6 Australiens d’origine libanaise de passage à Beyrouth ; enfin, certaines sources évoquent la possibilité que la charge explosive ait été enfouie sous la chaussée.
Aujourd’hui, vous devez sans doute reposer paisiblement, non seulement parce que vous avez quitté ce monde en martyr, mais aussi, parce que ce jour-là, le chant du muezzin et le son des cloches des églises ont retenti partout au Liban, mais surtout, dans le cœur des Libanais… Avez-vous remarqué que, malgré cette fin tragique, votre objectif a été atteint. Nous vous promettons que votre rêve nous le réaliserons. Pour terminer, sachez qu’hier vous étiez l’espoir, aujourd’hui vous êtes le martyr et demain vous serez la source du changement...
Houssam MROUÉ
France
Ne pas lâcher prise
Depuis plus de 25 ans, nous sommes soumis, écrasés, trompés, malmenés, exploités et dépendants. Tous ces 22 Novembre que l’État célébrait nous laissaient un goût amer, si ce n’était du dégoût.
Depuis le 14 février 2005, l’espoir renaît à la vue de la réaction du peuple libanais qui se soulève, irriguant ainsi de sa fraîcheur nos racines desséchées par des années de ténèbres. Et chaque jour qui passe nous conforte dans l’idée que ce peuple, cette fois, ne lâchera pas. Le monde a déjà eu l’occasion de constater la volonté de survie des Libanais ; il se rend compte aujourd’hui de l’incroyable foi qu’ils portent en leur terre.
Nous avons obtenu un débat parlementaire qui aura lieu le 28 février. Ce n’est pas un aboutissement, ce n’est qu’un début.
L’objectif sera atteint. Cet objectif, c’est un État de droit. Un vrai pouvoir. Lorsque nous y parviendrons, nous nous rendrons compte à quel point il nous a cruellement manqué depuis – soyons réalistes – 1943. Créons un nouveau Liban.
Nous y parviendrons, à condition de ne pas lâcher prise.
Arrêtons de demander de l’aide. Personne ne nous aidera, le Liban ne possède ni pétrole ni autre ressource naturelle qui puisse susciter la convoitise des États-Unis ou de l’Europe. Heureusement, car nous passerions d’une tutelle à une autre. Unis, Libanais, nous pouvons y arriver seuls. La volonté et les capacités intellectuelles ne manquent pas dans notre pays. Prouvons-le.
Robert MALEK
Paris
Adressez vos commentaires par fax (01/360390), par lettre (Rubrique Courrier des lecteurs, boîte postale 2488) ou par mail : redaction@lorientlejour.com
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats