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Actualités - Opinion

Convois dans la brume

Cette fois est-elle la bonne ? Et le repli général des troupes syriennes sur la plaine de la Békaa annoncé hier est-il vraiment le prélude à un départ rapide, total et définitif de notre pays, à l’instauration de relations enfin saines et équilibrées avec Damas ? Ces questions, ne vous donnez pas la peine de les poser au Premier ministre Omar Karamé dont les irresponsables « au feu, au feu » montrent bien qu’il vit sur une autre planète. Ou encore au ministre de la Défense Abdel-Rahim Mrad, qui exclut du déménagement cette armée invisible et néanmoins pléthorique que sont les Moukhabarate : et qui trouve moyen de reconnaître à la télévision qu’il n’est pas au courant des effectifs syriens affectés par ce dernier redéploiement. Mais cela, on s’en doutait déjà. Si tenace en tout cas est l’impression de déjà-vu que les sceptiques restent nombreux, comme le montre la réaction immédiate de l’opposition face à une opération accusant de treize bonnes années de retard sur le calendrier de Taëf. Qu’il s’avère ou non effectif, ce repli n’est pas exactement en soi hélas, ou du moins pas encore, cette « issue honorable » que les Libanais, dans leur ensemble, souhaitent sincèrement à la Syrie. Honorable, et cela non pas tant par sympathie excessive pour un système baassiste peu compatible avec nos idéaux démocratiques et qui, au cours de la guerre du Liban, a durement frappé plus d’une fraction libanaise. S’il faut espérer vivement une telle issue, c’est parce que le simple bon sens et l’intérêt des deux pays le commandent. Car Libanais et Syriens sont voués à vivre éternellement côte à côte, quels que soient les régimes en place ; et si la volonté dominatrice de l’un a longtemps trouvé, hélas, un funeste écho dans la honteuse servilité de l’autre, les dérives des gouvernements ne doivent pas hypothéquer l’avenir de bon voisinage et de coopération dans l’indépendance, l’honneur et la dignité qui attend nécessairement, inéluctablement, les deux peuples. Outre leur caractère injuste, les actes d’agression qui, au lendemain de l’attentat du 14 février, ont visé des ouvriers syriens, et qui ont été salutairement dénoncés par l’opposition, ne peuvent que heurter les sentiments de la société civile syrienne. De tels actes sont pain bénit pour les pêcheurs en eau trouble et autres provocateurs. Pire, ils viennent alimenter le vieux chantage, assorti de menaces à peine voilées et liant indissolublement la sécurité interne du Liban au maintien des forces syriennes : sans parler de l’indignité du procédé, cela équivaut en somme à tenir pour quantité négligeable ces mêmes forces régulières libanaises de 70 000 hommes qui grèvent lourdement le budget national, et dont la réunification est la seule réalisation dont peut crédiblement se targuer le plus proche des alliés de Damas, le président Émile Lahoud ! Ce même chantage est toujours présent ; et il était bien perceptible hier sous le ton benoît, velouté dont a usé le vice-ministre syrien des AE Moallem pour faire part de la bonne nouvelle. Celle-ci, une fois de plus, attend d’en être vraiment une. Et avec elle attend, en plein brouillard, cette issue honorable que semble avoir tant de mal à emprunter le régime syrien. Le temps n’est plus pourtant où un Hafez el-Assad, à la fois redouté et courtisé par les puissances occidentales, était en mesure de ne reculer que pour mieux bondir, de doubler systématiquement la mise pour éponger les pertes occasionnelles, de rafler même de nouveaux acquis. C’est un énorme investissement en vies humaines, en matériel, en énergie – et, au bout du compte, en respectabilité internationale – que la Syrie baassiste aura englouti, tout au long de trois décennies, dans son dessein libanais : ambitieuse entreprise dont le monde s’accorde à constater aujourd’hui qu’elle n’était autre chose qu’une annexion rampante, opérée à l’aide de moyens devenus inacceptables après ce colossal séisme qui frappa l’Amérique en septembre 2001. À Assad fils échoit aujourd’hui la lourde, la hasardeuse tâche d’arrêter les frais, confronté qu’il est au plus défavorable, au plus catastrophique des contextes qu’ait eu à affronter la Syrie depuis qu’elle est militairement présente dans notre pays. Ici en effet, une opinion publique libanaise en quête d’indépendance et de souveraineté et qu’a galvanisée cet autre séisme que fut l’assassinat de Rafic Hariri. Et là, des pressions internationales d’une ampleur absolument sans précédent. Chassez la résolution 1559, comme le fait une opposition s’appliquant à ne jurer que par l’accord de Taëf ; affublez la même 1559 d’une mince abaya arabe comme s’emploient à le faire l’Égypte et l’Arabie saoudite, la voilà qui revient. Au triple galop, faut-il croire. Issa GORAIEB
Cette fois est-elle la bonne ? Et le repli général des troupes syriennes sur la plaine de la Békaa annoncé hier est-il vraiment le prélude à un départ rapide, total et définitif de notre pays, à l’instauration de relations enfin saines et équilibrées avec Damas ? Ces questions, ne vous donnez pas la peine de les poser au Premier ministre Omar Karamé dont les irresponsables « au feu, au feu » montrent bien qu’il vit sur une autre planète. Ou encore au ministre de la Défense Abdel-Rahim Mrad, qui exclut du déménagement cette armée invisible et néanmoins pléthorique que sont les Moukhabarate : et qui trouve moyen de reconnaître à la télévision qu’il n’est pas au courant des effectifs syriens affectés par ce dernier redéploiement. Mais cela, on s’en doutait déjà.
Si tenace en tout cas est...