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Actualités - Opinion

La grande colère de nos lecteurs

Le troisième jour « Dans deux jours ils verront... » L’écho de cette récente déclaration du Premier ministre Omar Karamé retentit tragiquement aujourd’hui. Nous avons vu les flammes et les corps calcinés, les pleurs et la détresse inscrits sur les visages, les débris dans les rues et les façades déchiquetées des hôtels. Nous avons entendu la déflagration et les sirènes, les hurlements et les sanglots. Prophétie de votre part, Monsieur le Premier ministre, ou délit d’initié ? Nous avons vu aussi la cohésion d’un peuple, le déploiement des banderoles, la foule émue transportant le cercueil. Nous avons entendu les hommages au martyr, la rumeur de la solidarité, le chant conjugué du muezzin et des cloches. Mettez votre montre à l’heure, M. Karamé. Le deuxième jour est passé ; le troisième jour se lève, jour de l’indépendance et de la réconciliation, de la justice et de la liberté, de l’espoir et de la résurrection. M. N. Belgique Merci Monsieur Hariri Nous vous disons encore une fois merci. Disparu dans des circonstances innommables, vous ferez partie de la mémoire collective de notre pays. Peut-être êtes-vous même heureux en regardant la cohésion de votre peuple, toutes religions et classes confondues. Mon Dieu, ou bien notre Dieu à nous tous, puisse-t-elle perdurer et que vive le Liban, dans ce même esprit. Carmen Khoury JACQUEMOND Bipartisme N’ayons pas la prétention d’être démocrates, à l’instar de l’Occident, dans l’exercice de notre jeu politique. En ce moment émerge dans le pays une forme de bipartisme. Il y a d’un côté le parti de tous les Libanais aspirant à la souveraineté de la Cité, à l’intégrité et la dignité du citoyen. Il y a d’un autre côté le parti adverse, soutenant des thèses assassines. « Pas de liberté aux ennemis de la liberté. » Joëlle HAMADÉ Malgré tout, confiant en l’avenir Je vous écris d’un petit département français d’Outre-Mer, de la Caraïbe, la Guadeloupe, pour témoigner, partager, cette émotion immense engendrée par cet attentat barbare contre Rafic Hariri. Ayant eu la chance de bien connaître le peuple du pays du Cèdre, de l’Afrique, en passant par le Brésil ou Antigua, je suis révolté, profondément triste et dans le même temps confiant en l’avenir du Liban. Je sais que votre peuple saura retrouver son indépendance, sa dignité et sa vraie place dans ce Proche-Orient morcelé. La population libanaise de Guadeloupe a été meurtrie dans sa chair. Beaucoup de Français aussi. Jean-Marie BOURNAZAUD Guadeloupe De la prudence avant toute chose Les choses, vues d’ici, vont si vite et nous sommes si loin de la réalité qu’il nous est difficile de faire une analyse claire de la situation. Mais un appel à l’insurrection, même pour l’indépendance, n’est-ce pas une provocation dangereuse, j’entends pour le peuple ? Après tout, vous n’êtes pas loin de la solution démocratique puisque les urnes vous attendent et il semble très risqué de vous engager à chaud dans cette voie où la répression vous attend. Ne pas donner à l’adversaire les motifs qu’il attend ! Jacqueline PETMEZAKIS France Entre la mer et le ciel C’est un endroit entre la mer et le ciel. On y est perché en hauteur, on flotte entre deux grandes étendues bleues, apaisantes, rafraîchissantes. Au-dessus, le ciel immaculé, et à vos pieds, plusieurs étages plus bas, la Méditerranée. L’éclairage y est faible, à peine perceptible, se confondant avec la pénombre du coucher du soleil. Au bleu qui enveloppe l’endroit s’ajoutent les couleurs fruitées des boissons qu’on y sert. Des cocktails aux couleurs chatoyantes, à la pastèque, au litchi. On parle, on chuchote, on somnole presque. Les doux rythmes de la musique qu’on y joue vous effleurent le tympan. Les derniers rayons de soleil vous caressent le visage. J’y étais, un soir. Quelques dizaines de mètres plus bas, bien des mois plus tard, les larmes et le sang, la médiocrité, la lâcheté, la tristesse... Souheil TRABOULSI USA Indécent et humiliant Il est inacceptable que le gouvernement actuel reste en place dans les circonstances présentes. C’est indécent et humiliant pour les Libanais. Paul Ph. EDDÉ Hommage à Rafic Hariri Il était là, tout grand, imposant et gracieux Il était là, avec son sourire serein, le calme dans les yeux La fortune, la famille, les amis étaient des dons de Dieu Il était là, toujours remerciant les cieux… Et puis soudain, un jour ensoleillé s’est alourdi De feu et de flammes, une bombe a laissé un pays étourdi Sa femme, ses enfants, un peuple, le monde était ébahi De la violence, du carnage, du sort injuste qui s’est inscrit. Les foules se sont précipitées en deuil, toutes vêtues de noir Les jeunes, les vieux, les riches, les pauvres tous pleins de désespoir L’unité de la douleur a enveloppé le ciel du Liban en un soir Et les présidents, les grands du monde sont venus de partout pour l’hommage et le devoir. La terre a tremblé et la bombe a creusé un gouffre La terre a tremblé au son des cris et du peuple qui souffre La terre a tremblé quand les prières des mosquées et des églises s’élevaient La terre a tremblé quand pour la dernière fois il passait... Hélas, il est parti, trop tôt, mais il est là... Il nous dit d’en haut « Ne perdez pas la foi » Il n’est pas mort en vain ; ce grand et puissant qui croit Que le Liban, terre légendaire, survivra, Que la passion pour cette nation éternelle vaincra Et que les ennemis seront maudits de leur vivant et au-delà… Monsieur Hariri, Votre Excellence, on ne vous oubliera pas... Lina Ariss-Abdo, M.D. Stamford, Connecticut (USA) Un simple ruban blanc Moi, simple citoyenne libanaise, j’ai une idée toute simple. Et s’il suffisait de demander ? Demandons, comme les enfants, avec insistance, que les étrangers quittent notre pays. On sait qu’ils ne veulent pas le faire ? Alors, c’est tout simple. Demandons le secours des grands. Qui ? Les Pères Noël de la terre qui siègent à New York. Ceux qui veillent au bien-être des enfants. Comment ? Tout simplement en leur écrivant une lettre sous forme de pétition. Que dire ? En toute simplicité, de nous délivrer du mal. Pourquoi ? Mais, parce qu’il est grand temps. Quand ? Le plus tôt possible. Où ? Mais chez nous. Quelle question ! Nous, c’est-à-dire tous les citoyens simples, qui rêvons d’un pays auquel nous serons fiers d’appartenir. Une collègue américaine mariée à un Libanais m’a demandé un jour des explications sur notre indépendance. J’eus cette réponse spontanée, naïve mais simple : depuis que l’on a eu notre indépendance en 1943, on ne l’a pas eue. Elle a tout de suite compris la situation. Nous la voulons ? Alors demandons-la. Nous voulons toujours copier les Occidentaux ? Alors faisons comme eux : unissons nos voix et nos efforts en signant une pétition préparée par vous, les journaux, qui êtes l’épée de la démocratie. Pour que Rafic Hariri ne soit pas mort en vain, pour que son souvenir soit toujours vivace en nous et parce qu’une bougie allumée est à la merci de n’importe quelle brise, j’ai aussi eu cette idée tout aussi simple, qui a bien fait son effet en Ukraine. Et si l’on nouait un ruban blanc sur nous ? Le blanc après tout est bien beau. En faisant ce geste chaque matin, on est sûr que sa flamme n’est pas morte et l’on se rappelle pourquoi il est mort. Viviane BERMAR simple citoyenne libanaise Il est des hommes qui nous guident discrètement La main haineuse et criminelle a frappé encore une fois. La destruction sinistre et la mort étaient au rendez-vous, comme pour s’assurer que l’échec précédent ne se répétera pas. Cette main noire à plusieurs faces, dont tous les doigts sont coupables, l’un en planifiant et en activant le désastre, l’autre (ou les autres) en fermant les yeux sur ce qui allait se passer… Dans un pays aussi jalousement gardé, même les attentats du 11 septembre auraient été déjoués ! Pourtant, il faut savoir que parfois l’effet recherché échoue et le résultat retenu est contraire aux attentes. Il ne faut pas toujours penser ni parier que l’histoire se répétera. Et les erreurs du passé finissent par être retenues. Avec l’âge, on mûrit ; avec les événements aussi. Et les grands hommes qui laissent une empreinte dans notre vie sont ceux qui passent le flambeau aux générations futures. Muriel MATTA Limassol Vers la rédemption J’aurais aimé être au milieu de cette foule historique. J’aurais voulu joindre ma voix à ces clameurs et résonances qui pourraient rassembler les bribes disjointes de l’histoire et réveiller la révolution somnolente. J’aurais voulu fouler cette terre d’où pourrait renaître un Liban immuable, aurore boréale et prisme humanitaire. Toute seule, dans ma chambre, j’ai fermé les yeux et reconstruit dans mon imagination Beyrouth : la Corniche, le bleu percutant de la mer, les vagues coléreuses, les bâtiments reflétant les derniers rayons du soleil, et les ombres d’un lendemain incertain. J’ai entendu de loin la chanson du vent répéter les contes d’un Levant terrassé par la peur, le doute et la soumission. Beyrouth, presqu’île fantomatique, dévoré par les feux rancuniers, mémoire collective des voix ancestrales, relève-toi, ranime ton corps brûlé, libère tes membres otages de l’indifférence, enlace l’unité et marche vers la rédemption… Tamirace FAKHOURY Arnold Bergstraesser Institut Fribourg, Allemagne Dieu merci, le monde s’est réveillé La mort de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri est une grande perte pour tous les Libanais. Mais en même temps, son martyr a secoué tout le Liban, voire le monde entier. Et, d’ores et déjà, ce ne sont plus les chrétiens seuls qui réclament la souveraineté et l’indépendance du Liban, mais hier les druzes les ont rejoints, et aujourd’hui les sunnites, et nous espérons que les chiites ne tarderont pas à nous rejoindre. Dieu merci, le monde entier s’est réveillé et il a promis à notre peuple opprimé la délivrance. Que Dieu accorde à Rafic Hariri le repos éternel, ainsi qu’à tous les martyrs qui sont tombés avec lui. Qu’Il redonne aussi santé aux blessés, et le salut tant attendu à notre cher pays. Père Charles SAAD Prêtre maronite libanais Vicaire à Notre-Dame du Liban – Marseille À qui le tour maintenant ? En misant sur une guerre civile au Liban, ou dans le meilleur des cas sur une division de l’opinion publique libanaise avant les élections législatives de mai prochain, ils ont décidé, planifié et assassiné Rafic Hariri. En assassinant Hariri, le symbole national de la reconstruction et de la modernisation du Liban de l’après-guerre, ils ont voulu tuer l’espoir des Libanais en un avenir meilleur. Mais les stratèges du terrorisme avaient complètement négligé la conscience du peuple libanais. Le peuple libanais est un peuple libre qui ne supporte guère l’occupation ou la domination étrangères. Le retrait des troupes israéliennes en 2000 en est un exemple. Aujourd’hui le peuple a dit son mot, en montrant à tout le monde qu’il est uni. Il réclame son indépendance, la démission du gouvernement et de son président, et le départ immédiat des troupes syriennes du Liban. Après René Moawad, Hassan Khaled, les cinq magistrats à Saïda, Rafic Hariri et tant d’autres, à qui le tour ? Abdallah BITAR Nantes L’union fait la force Au-delà de la tragédie humaine et nationale que représente le lâche assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, c’est l’occasion ou jamais pour les Libanais, et surtout pour leurs leaders, de transcender durablement leurs luttes partisanes ainsi que leurs intérêts personnels pour le salut du Liban et l’unité de ses citoyens. Que les Libanais comprennent enfin que l’assassinat de Rafic Hariri s’inscrit dans la logique des autres assassinats politiques – et la liste est longue – qui ont été perpétrés au cours des années précédentes et qui ont pour but d’éliminer tout homme politique prônant le dialogue intercommunautaire dans le but de rapprocher les différentes communautés entre elles. Pour s’opposer à cette politique de terreur, une vieille recette qui n’a rien perdu de son efficacité : l’union fait la force ! Marc AYOUB Bruxelles Tous, enfin unis Il nous était facile de le critiquer, mais maintenant qu’il n’est plus, on ne peut que constater avec émotion l’ampleur du travail qu’il a accompli. La disparition, dans les conditions les plus tragiques, de Rafic Hariri laisse un vide énorme au sein de toute la population libanaise. Les scènes de recueillement autour de son tombeau sont des preuves de cette réalité. Il faut à présent espérer que cette union des Libanais, musulmans, chrétiens et druzes, autour de la mort, ne dure pas simplement le temps du deuil et de la tristesse. Au contraire, nous devons tous travailler pour qu’elle se renforce et fasse enfin du Liban une nation forte et solide que rien ne pourra plus ébranler. Nathalie EL-DAHER Aujourd’hui, je porte une écharpe rouge et blanche Je suis libanaise, je vis à Bruxelles depuis de nombreuses années, mais mon cœur bat dès que j’entends le nom du Liban. Grâce à votre journal, je reste en contact avec mon pays. C’est un rituel. Tous les jours, je commence ma journée en parcourant le journal sur le site Internet. Merci pour cela. Je suis fière de ce qui se passe dans mon pays, chrétiens, musulmans, druzes, tous réunis dans un même espoir. C’est la première fois qu’un tel événement se produit. Nous espérons que cette ferveur et cette volonté persisteront, qui démentiront la peur que le pouvoir veut insuffler, en prétendant que, sans la présence des Syriens, les Libanais s’entre-tueront. Aujourd’hui je porte une écharpe rouge et blanche. Vive le Liban libre ! Siham SAYEGH FRISO Bruxelles Gardez l’espoir Dans les circonstances tragiques que vit votre pays une nouvelle fois, de nombreux amis français tiennent à vous assurer de toute leur affection. Depuis quinze ans, malgré les difficultés, vous avez remis votre pays debout, par votre courage, votre détermination. Conservez cette espérance en l’avenir qui vous caractérise aux yeux du monde et sachez que nous partageons votre souffrance actuelle et votre espoir. Des amis français Adressez vos commentaires par fax (01/360390), par lettre (Rubrique Courrier des lecteurs, boîte postale 2488) ou par mail : redaction@lorientlejour.com
Le troisième jour

« Dans deux jours ils verront... » L’écho de cette récente déclaration du Premier ministre Omar Karamé retentit tragiquement aujourd’hui.
Nous avons vu les flammes et les corps calcinés, les pleurs et la détresse inscrits sur les visages, les débris dans les rues et les façades déchiquetées des hôtels. Nous avons entendu la déflagration et les sirènes, les hurlements et les sanglots.
Prophétie de votre part, Monsieur le Premier ministre, ou délit d’initié ?
Nous avons vu aussi la cohésion d’un peuple, le déploiement des banderoles, la foule émue transportant le cercueil. Nous avons entendu les hommages au martyr, la rumeur de la solidarité, le chant conjugué du muezzin et des cloches.
Mettez votre montre à l’heure, M. Karamé.
Le deuxième jour est passé ; le troisième jour...