La colère, les larmes, l’incrédulité se sont mêlées hier à la prière. La prière de tous les Libanais, musulmans certes, mais aussi druzes et chrétiens. Ensemble et d’une seule voix, ils ont accompagné leur Premier ministre défunt à sa sépulture finale, ravissant même ce triste privilège à ses proches. Pour la première fois, au centre-ville de Beyrouth, les muezzins des mosquées et les cloches des églises ont pleuré en chœur. Unis dans la tristesse pour un ultime adieu à celui qui a redonné vie à ce centre ville ; celui qui a permis aux Libanais de se retrouver, toutes confessions confondues, au cœur de Beyrouth, dans la convivialité ; celui qui, malgré eux, les a contraints d’exorciser les vieux démons de la guerre, les images d’horreur, de destruction, de haine qui les hantent encore.
Unies elles aussi dans une même douleur, la famille et la rue. Cette douleur si familière aux Libanais et qui les taraude sans relâche depuis de longues années. Celle ressentie par la mort d’un fils, d’un frère, d’un père ou d’un proche et qui est d’autant plus forte que la mort est brutale et violente.
Femmes éplorées, militants en colère, étudiants hagards, politiciens consternés, religieux recueillis, ils étaient tous là pour apporter leur soutien à la famille du disparu. Ils étaient là, surtout, pour dénoncer la barbarie d’un tel crime, mais aussi leur refus de la tutelle syrienne. D’une part, la douleur poignante de la famille Hariri, les larmes de son épouse Nazek, la retenue de sa fille Hind, les prières de sa sœur Bahia, l’air désemparé de son frère, les défaillances de ses fils assaillis par la foule, et qui n’en pouvaient plus de se contenir. D’autre part, la colère de la rue, les poings levés, les banderoles noires, les drapeaux, la violence inouïe des slogans lancés à la Syrie et au pouvoir libanais. La mort de Hariri, c’est comme si l’histoire dans toute son horreur se répétait avec d’autres personnalités, à une autre époque. Frappant cette fois un homme tout puissant, que l’on croyait immortel.
La mort de Rafic Hariri, la profonde douleur, la grande tristesse sont cette fois celles de tout le peuple libanais qui a su, hier et pour la première fois, faire preuve de solidarité et de cohésion dans le malheur.
Anne-Marie EL-HAGE
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La colère, les larmes, l’incrédulité se sont mêlées hier à la prière. La prière de tous les Libanais, musulmans certes, mais aussi druzes et chrétiens. Ensemble et d’une seule voix, ils ont accompagné leur Premier ministre défunt à sa sépulture finale, ravissant même ce triste privilège à ses proches. Pour la première fois, au centre-ville de Beyrouth, les muezzins des mosquées et les cloches des églises ont pleuré en chœur. Unis dans la tristesse pour un ultime adieu à celui qui a redonné vie à ce centre ville ; celui qui a permis aux Libanais de se retrouver, toutes confessions confondues, au cœur de Beyrouth, dans la convivialité ; celui qui, malgré eux, les a contraints d’exorciser les vieux démons de la guerre, les images d’horreur, de destruction, de haine qui les hantent encore.
Unies elles...