Notre phénix libanais
Hier j’avais 23 ans. Diplômée et traumatisée, dans un pays en chaos, un Liban rouge et noir de désespoir.
Et puis le miracle !
Hariri Foundation. Suite 201, Park Avenue, NY, NY.
Aujourd’hui, j’ai 44 ans. Hautement dipômée et heureuse, dans un Liban reconstruit, un Beyrouth aussi fier qu’un phoenix renaissant de ses cendres, grâce aux doigts magiques d’un homme qui y croyait et qui m’a appris à y croire.
Pour certains, les miracles sont divins. Pour moi, le miracle libanais vient d’une source bien plus humble, appelée Rafic Bahaeddine Hariri.
Notre phoenix assassiné, tu vas renaître de tes cendres, en nous tous. Tu nous as appris comment.
Ghada Noueiri KHAYAT
L’horreur totale
Français vivant en Afrique et marié à une Libanaise, je pleure aujourd’hui un homme de bien et exprime mon horreur totale.
Que Dieu donne la force à tous les Libanais de continuer son œuvre pour que le Liban sorte unifié de ce drame.
Michael FLETCHER
Consul honoraire de France
Freetown
Sierra Leone
Tenez bon !
J’ai travaillé au Liban de 1995 à l’an 2000 (éclairage du souk des bijoutiers à Tripoli et caravansérail des Francais à Saïda) dans le cadre de la coopération Liban-Midi-Pyrénées.
J’ai beaucoup d’amis au Liban et je voudrais vous dire que je pense à vous Libanais et à la famille Hariri dont j’ai rencontré plusieurs membres lors de mes séjours.
Tenez bon, je vous aime.
Alain AZAIS
France
Dans l’histoire, par la grande porte
C’est au nom des Amis de Raymond Eddé et en mon nom personnel que je rends aujourd’hui un vibrant hommage au président Rafic Hariri, à qui le Liban doit – après une guerre fratricide de plusieurs années – la reconstruction de sa capitale et la réconciliation de son peuple.
Aucun mot ne pourrait traduire l’horreur de la tragédie que nous venons de vivre. Paix à son âme.
Pour nous, Rafic Hariri est entré, par la grande porte, dans l’histoire du Liban.
Antoine TUFENKJI
Paris
Tous unis
Je veux exprimer la douleur et la consternation de chaque Libanais partout dans le monde devant un acte aussi monstrueux.
Si les ennemis du Liban pensaient pouvoir endommager la stabilité de ce pays, ils ont fait le contraire.
On est tous unis par le renouvellement de notre amour pour le Liban.
Arpie DADOYAN
Fort Lee, New Jersey (USA)
Au patrimoine de l’humanité
Alors que l’assassinat de Maarouf Saad en 1975 avait approfondi la fissure libanaise, menant à la guerre civile, l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri a achevé de réunifier les Libanais, toutes confessions confondues, autour des valeurs d’indépendance, de liberté et de démocratie.
M. Walid Joumblatt a suggéré des troupes étrangères pour protéger le Liban, tout comme Raymond Eddé avait proposé dans les années soixante des Casques bleus à la frontière pour immuniser le Liban face aux conflits régionaux.
L’Unesco a souvent classé des sites comme appartenant au patrimoine de l’humanité. Peut-être est-il temps de classer le Liban, une premié s’agissant d’un pays, comme appartenant au patrimoine de l’humanité, ce qui non seulement garantirait sa protection universelle, mais mettrait carrément la responsabilité de cette protection sous l’égide de l’Onu.
Walid Joumblatt et Raymond Eddé n’ont pas tort après tout !
J. MOURACADEH
Plus unis que jamais
C’est vraiment dommage qu’un pays comme le Liban, un pays riche culturellement, confessionnellement, soit gouverné par des hommes qui ne connaissent pas le vrai sens de la démocratie, qui ne savent pas faire la différence entre un État souverain et un État satellite. Combien de personnalités doivent mourir pour que le peuple et les dirigeants libanais soient matures ? Ceux qui disent qu’un retrait syrien brutal serait source d’insécurité et de conflit entre Libanais sont-ils conscients du fait que la situation ne pourrait être pire ? Ne voient-ils pas que les Libanais sont plus unis que jamais ?
Tout cela est vraiment désolant.
Michel GHOSN
Paris
Coup dur pour le tourisme
Nous ne voulons pas ouvrir un débat sur les mérites politiques de la question libanaise. Mais je puis vous dire qu’en Italie et en Europe, bien des personnes ont pratiquement renoncé à visiter ce merveilleux pays qu’est le Liban à cause de cet attentat. Personne ne souhaite des vacances à haut risque...
Moins de tourisme, cela veut dire une économie moins prospère, moins de rentrées fiscales pour un pays qui a justement besoin d’une sérieuse reprise du trafic touristique d’antan.
C’est bien dommage ! Espérons que les choses rentreront bien vite dans l’ordre et qu’on pourra à nouveau faire des projets pour passer des vacances agréables et inoubliables dans ce beau et merveilleux pays !
Roberto AUGURI DI PACE
Rome
Le souvenir de Nizar Kabbani
En vous écrivant, je regarde la petite statuette en bois en forme du Cedrus Libani, que j’ai ramenée avec moi des montagnes libanaises pendant les inoubliables étés que j’ai passés dans la perle de l’Orient. Juste derrière, une photo en noir et blanc de Beyrouth me souhaite une bonne journée à mon réveil, et une bonne nuit le soir.
En cette Saint-Valentin 2005, Colonia Julia Augusta Felix Berytus, je t’avoue mon amour. Pardonne-leur, Berytus, « ils ne savent pas ce qu’ils font ». Nizar Kabbani, poète syrien, écrit dans Ya Beyrouth : « On avoue, on avoue devant Dieu seul, qu’on était jaloux de toi, et ta splendeur nous blessait. Maintenant, on remarque que tes racines nous ont touchés, et on remarque la saleté de nos mains. Réveille-toi, réveille-toi pour l’homme... » Tu nous as envoyés dans le monde, Berytus, et on l’a conquis. Nous avons acquis l’éducation, connu les arts, la mode, la beauté, les amitiés, la joie de vivre, et surtout le respect.
Beyrouth, je ne rêve pas, tu es vivante, et pour toi je vivrai.
Jean ABOU-EID
Los Angeles-USA
Un État, un peuple
Le Liban est le seul, je dis bien le seul qui a tiré la majorité des conséquences des conflits dans la région. Le Liban a servi de base militaire et de pays refuge à plus de 500 000 Palestiniens. Depuis les années 80, la Syrie contrôle le Liban aussi bien politiquement que financièrement et militairement. Il est venu le temps de la libération. Le Liban est un État, un peuple, et non pas un simple objet de marchandage. Tous les Libanais veulent vivre en démocratie, libérés de la corruption et de la violence.
Que Dieu bénisse l’ex-Premier ministre Rafic Hariri pour l’œuvre qu’il laisse derrière lui et pour son acharnement à stabiliser le pays. Respectons son souvenir et pour cela, demeurons fidèles à ses idées politiques.
Marwan MROUEH
Que Dieu protège la paix au Liban !
La triste nouvelle de l’assassinat de Rafic Hariri, ancien Premier ministre du Liban, nous a profondément touchés.
Je tiens à présenter à la famille du président martyr et au peuple du Liban mes sincères condoléances, ainsi que celles du Congrès libano-canadien.
Nous prions avec vous pour que le Seigneur lui accorde le repos éternel à ses côtés, et qu’Il protège la paix au Liban, l’unité de son peuple et l’intégrité de son territoire.
Alexandre SALAMEH
Secrétaire général
du Congrès libano-canadien
Montréal, Québec, Canada
Guérir de la folie
Je suis atterrée par le lamentable spectacle qu’ont donné du Liban les assassins de Rafic Hariri. Aucun homme ne mérite un sort si tragique, pas davantage M. Hariri que les malheureux dont le seul tort a été de se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment. Lors de mes séjours à Beyrouth, j’avais la délicieuse gourmandise de déjeuner au bord de la piscine du Saint-Georges, ç’aurait pu être moi, vous...
Ce pays merveilleux et attachant qu’est le Liban souffre d’une pernicieuse maladie qui a pour nom tour à tour corruption, lâcheté, guerre d’importation, comme ont souffert après la guerre les cèdres, sans aucun doute lassés des bombes, des déchirures, des F16 (vous savez, ces engins qui vous volent quelques secondes de votre vie à chaque passage).
La France a apporté son concours à la guérison des cèdres. Puisse-t-elle faire de même pour vous guérir de la folie de vos meurtriers ! Mon pays et le monde vous doivent bien plus que cela, chers Libanais. Ils vous seront redevables à jamais de la tolérance, de la magie de l’Orient, de la magnifique vision de votre courage, de vos émigrés infatigables. Tenez bon une fois de plus, battez-vous (pacifiquement s’il vous plaît) pour nous offrir le spectacle de votre liberté retrouvée, de la seule démocratie que l’on ait vue de mémoire d’homme.
Nadine DEVOILLE
Paris
Les dépossédés
Nous sommes les dépossédés. Non pas les déshérités, mais les dépossédés. Nous n’aspirons pas à ce qui nous revient de droit ; nous réclamons, au contraire, ce qui a été nôtre et qui nous a été enlevé. Nous ne sommes d’aucun bord social, politique ou confessionnel ou plutôt, nous sommes de tous les bords.
Ce qui était nôtre, la guerre dite civile nous l’avait retiré ; la fin de la guerre avait été l’occasion d’une nouvelle appropriation. Non, il ne s’agit d’aucun droit, d’aucune liberté, ni d’aucune autre revendication tout aussi légitime soit-elle. Il s’agit de ce que nous avons aujourd’hui de plus précieux, et dont on veut – à nouveau – nous déposséder : il s’agit de notre humanité.
Car telle est la logique du terrorisme, de tous les terrorismes : revêtir la défroque de la lâcheté et de la couardise, par crainte d’exposer son inaptitude à mener ouvertement le combat noble « de la plume et de l’épée », combat qui fut celui de nos (jeunes) ancêtres et qu’ils ont inscrit, à notre intention, dans les lignes magnifiques de notre poème national. À méditer, de toute urgence...
Et telle est la logique du terrorisme, de tous les terrorismes : elle consiste à oblitérer sa propre humanité afin de nier celle de l’autre, puis de travestir son visage devant la honte de sa propre déchéance. De transformer, en un instant fulgurant, le lent processus de maturation d’une personne réduite à l’état informe et exsangue d’une masse de chair, exposée à l’étal des bouchers de l’humanité.
Nonobstant ceux qui dénoncent l’horreur atroce et le crime abject, nous, les dépossédés, proclamons simplement vouloir reprendre possession de notre humanité. Une fois pour toutes. Et dénoncer le terrorisme, tous les terrorismes.
Anne-Marie SAFA
Montréal
Dans ton cratère, Beyrouth
Ton large cratère m’appelle, ton appel du vide m’engloutit. J’ai peur de cet inconnu qui ne passe plus. Le goût de la terre est soufre et sang. La couleur du ciel ardoise d’enfant, l’air arrêté. Une glace qui fond sous la chaleur du souffle se mêle à la poussière, aux larmes figées sur des joues noircies par la fumée qui m’attrape et m’étrangle. Je m’amoncelle sur les rives de ce cratère de haine, je pleure le sang de mon âme fendue, je me déchire en lambeaux et m’écorche à vif. Je m’étripe, me lamente. Je m’agenouille devant la souffrance de ces longues années, devant la dévastation qui prend forme et m’interloque. La frayeur et la douleur m’attaquent, giclant de partout comme des souvenirs, et comme des limbes m’enchaînent. La genèse de notre histoire se réinvente, se réécrit dans cette terre éventrée, éreintée, exténuée, noyée par nos cris, creusée par nos mains, léchée par nos lèvres, adorée de nos yeux, happée, sapée, soufflée. Temps, arrête ta course. Bombes infimes, minuscules particules qui s’entremêlent et nous fauchent au détour des tours de nos villes, au tournant de nos vies, soldant nos âmes et bradant l’amour sur les étals des marchés d’un monde meurtrier et injuste. Je ne veux plus qu’on me tue dans les rues de Beyrouth, mon Beyrouth, qui brûle encore. Dans ses ruelles le sang se répand comme des serpentins, et la cendre me couvre, et la haine m’immerge. L’image de terreur mêlée de boue m’accroche et m’offusque. Je veux t’être étrangère, ils m’y traînent, je t’éloigne, tu reviens, cauchemar de braises, de rosiers et d’épines. Sors de ta torpeur, écrase à coups de sabre cette douleur qui te plie, vibre à tout faire trembler. Enceinte de ce monstre qui t’engouffre, enfante enfin ce mort-né, délivre ce rejeton, expie ainsi ta faute pour que Dieu ait pitié des âmes de tes morts, de nous tous, morts aujourd’hui dans ton cratère, Beyrouth.
Suzanne C. SARGON
Paris
Le choc, le drame, la catastrophe
Les informations sont passées très rapidement, à midi trente (heure de Paris), tout le monde est au courant, les cœurs battent, les cellulaires sonnent et les esprits s’inquiètent. Inquiets pour nos familles, nos amis que l’on n’arrive pas à joindre, mais inquiets surtout pour notre avenir et celui de notre pays...
Oui, notre pays. Nous sommes loin, nous sommes en sécurité. Mais croyez-moi, nous sommes tellement impliqués.
Une vague de questions nous tracasse alors : devons-nous être heureux d’être aussi loin, d’avoir choisi d’émigrer ? Avons-nous été lâches dans notre choix ? Avons-nous abandonné notre famille et notre nation ?
Que se passe-t-il ? L’histoire du Liban est-elle destinée à se réduire à un cercle vicieux, une spirale infernale de laquelle nous ne nous libérerons jamais ?
Non, non et non ! Nous sommes là pour revenir plus forts, pour reconstruire, pour construir une nation. Ce qui s’est passé le 14 février est clairement un signal d’alarme. Aussi bien pour nous que pour les résidents. Unifions-nous, oublions nos confessions, nos différences culturelles, notre identité aujourd’hui doit être une, libanaise. Concrètement, et je m’adresse aux jeunes, arrêtons de blâmer untel ou untel, de nous entre-déchirer sur des questions qui de toutes façons reposent sur le passé. L’actualité, nous la voyons, c’est chez nous qu’elle a lieu et tout le monde en parle. Ici en France, une chose est sûre, du moins dans mon entourage : les gens sont sensibles à notre pays, ce tout petit pays qui arrive encore tant bien que mal à se démarquer ; les Libanais sont unis, ils croient en leur avenir au Liban et se battent pour y retourner.
Tatiana BEKHAZI
HEC - Paris
Merci aux Libanais
J’éprouve une colère stupéfaite, incrédule devant cette injustice qui est malheureusement courante et qui l’a toujours été. Trop de carnages, trop d’abus dans ce petit pays en agonie. Trop d’élans cassés.
Après la guerre, il n’est resté de la vérité qu’un flocon perdu, vaincu, porté par le vent loin des flammes de l’enfer. Et ceux qui furent si souvent l’objet de nos critiques reviennent aujourd’hui telle une avalanche surpuissante. Ils n’avaient jamais baissé les bras. L’effet boule de neige a bel et bien eu lieu. Et ceux qui depuis vingt ans ne cessent de répéter que « c’est fini » vont frissonner de joie une fois la poussière retombée. Leurs enfants ne seront au courant de rien, mais ils vivront libres et heureux sur leur terre.
Au nom de la jeunesse libanaise, informée ou ignare, sensible ou amnésique, je dis merci à tous ceux qui mettent leurs vies et celles de leurs proches en danger pour notre avenir et celui de nos enfants. Merci aux hommes vrais, forts et humbles qui ne reculent devant rien et qui assument leur passé. Merci aux Libanais qui le sont vraiment, à ceux qui le vivent pleinement. Aux journalistes qui disent la vérité, aux personnes honnêtes et intègres. Nous les jeunes Libanais, nous avons grandi sur le fin linceul qui recouvrait la carcasse du Levant ; nos préoccupations n’ont pas toujours été les bonnes, nos initiatives non plus. Nous les jeunes émigrés, jetés dans un avion par nos parents soucieux, ne pouvons qu’observer cette renaissance sur nos écrans d’ordinateur, en pleurant tantôt de joie, tantôt de rage.
Anthony ABINADER
Nice-France
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