Les résultats des élections générales irakiennes annoncés hier entérinent la fin de la prédominance des Arabes sunnites, qui ont dirigé le pays depuis la création de l’Irak moderne par les puissances coloniales il y a 80 ans.
Cette perte d’influence a été accentuée par le refus de la majorité d’entre eux de voter lors du scrutin du 30 janvier, comme le leur enjoignait le Comité des oulémas, la plus importante institution religieuse de cette communauté.
Cela s’est traduit par une très faible participation dans les régions à l’ouest et au nord de Bagdad, mais aussi par une sous-représentation de celle-ci dans la prochaine Assemblée nationale, issue des premières élections multipartites depuis un demi-siècle.
Les sunnites, qui représentent environ 20 % des 27 millions d’habitants, ont toujours été à la tête de l’État, et ont dominé l’armée et les forces de sécurité. Ainsi, entre le couronnement du roi Fayçal Ier, le 23 août 1921, et la chute de la monarchie, le 14 juillet 1958, sur les 58 Premiers ministres qui se sont succédé, cinq seulement étaient chiites.
Après la révolution, tous ceux qui ont dirigé le pays étaient sunnites, qu’il s’agisse d’Abdel Karim Kassem (1958-1963), Abdel Salam Aref (1963-1966), Adel Rahmane Aref (1966-68), Hassan al-Bakr (1968-1979) et Saddam Hussein (1979-2003).
Levier du pouvoir, l’armée et les forces de sécurité ont été, depuis leur création en 1922, dirigées également par des Arabes sunnites. Depuis la rébellion de Moustafa Barzani en 1945/1946, très peu de Kurdes ont été admis à l’école de guerre, et les chiites ont toujours représenté une infime minorité au sein de l’état-major.
Après la chute de Saddam Hussein en avril 2003, c’est le processus inverse qui s’est produit. Alors que de nombreux officiers de l’époque de Saddam Hussein rejoignent la guérilla, apportant leur savoir-faire, ce sont les Kurdes et les chiites qui rallient en grand nombre les nouvelles forces de l’ordre entraînées par les Américains. Ainsi, les provinces sunnites de Salahedinne, de Mossoul et de Anbar, qui étaient surnommées auparavant la « contrée des officiers », car ces régions étaient le vivier pour le recrutement des cadres de l’armée et des services de renseignements ont été remplacées par les régions chiites du Sud et du centre.
Dans la haute fonction publique, autre fief sunnite, la « débaassification », lancée en mars 2003, a éliminé beaucoup d’entre eux car, pour briguer ces postes à l’époque de Saddam Hussein, il fallait adhérer au parti au pouvoir.
Alors que le chef de l’État a été de facto pendant des années l’homme fort de la communauté, la chute de Saddam Hussein a totalement désemparé les sunnites qui sont décidés aujourd’hui à se structurer à l’instar des chiites majoritaires. Ainsi, le Comité des oulémas musulmans a annoncé la prochaine formation d’une « conférence générale » pour unifier les rangs des membres de cette communauté.
Sammy KETZ (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats