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Le point La politique du pire

Il faut espérer que dans un ouvrage à venir sur les grandioses réalisations en matière de propagation de la démocratie et de sauvegarde de la liberté dans le monde, les hagiographes de George W. Bush nous gratifieront d’un chapitre sur cette étrange bienveillance qu’il semble éprouver pour le bien-aimé leader Kim Jong-il. C’est que dans son discours sur l’état de l’Union – pour ne citer que cet exemple –, le président US n’avait consacré au programme nucléaire de Pyongyang qu’une petite phrase : « Nous œuvrons étroitement avec des gouvernements en Asie à convaincre la Corée du Nord de renoncer à ses ambitions », avait-il dit. La réponse à ce ton conciliant est venue hier : l’un des derniers régimes communistes dans le monde a fait savoir qu’il voulait renforcer son arsenal atomique pour se protéger, à l’en croire, contre une volonté américaine de le renverser. Le communiqué du ministère des Affaires étrangères fait état de « la nécessité de se défendre » contre une « politique de moins en moins déguisée d’isolement et d’étouffement ». Une menace que Condoleezza Rice a confirmée en évoquant de nouveau, au terme de sa tournée européenne, « l’isolement accru » d’un pays qu’elle accuse d’être « un avant-poste de la tyrannie ». La nouvelle secrétaire d’État le reconnaît elle-même : « Je ne suis pas sûre que quiconque aille très loin en s’essayant à deviner leurs motivations. » Et de fait, alors que l’on mettait ce que l’on prenait jusque-là pour des rodomontades sur le compte de la propagande de la part d’un régime parvenu en fin de course, les diplomates s’avouent aujourd’hui à la fois déconcertés et inquiets. Déjà la quatrième série de pourparlers à six (les deux Corées, États-Unis, Chine, Japon et Russie) n’avait pu se tenir, comme prévu, en septembre dernier et aucun résultat concret n’avait été obtenu lors des trois précédentes sessions. Le plus déroutant, c’est que les responsables de cette crise, dont les premiers signes remontent à octobre 2002, affirment tenir à ces discussions mais se disent obligés de suspendre leur participation pour une durée indéterminée. Parier sur le facteur temps relève en théorie de l’absurde s’agissant d’un pays où sévit la famine. Par contre, rien n’interdit de penser que pour le successeur de Kim Il-sung et la poignée de responsables staliniens qui l’entourent, le « rideau de bambou » par eux érigé constitue une barrière à l’intégration de l’Asie du Sud dont il importe de négocier la levée au prix fort. Dans les chancelleries occidentales, on continue à s’interroger un peu naïvement : comment une telle « non-entité » peut-elle être cause d’empêchement ? La réponse s’impose d’elle-même pour peu que l’on en appelle à la géographie. À l’intersection de cette partie du continent, le pays s’étale le long d’une ligne séparant d’un côté la Chine (formidable réservoir de main-d’œuvre) et la Sibérie, avec ses ressources naturelles ; de l’autre ces deux géants de la haute technologie que sont le Japon et la Corée du Sud. Dès lors, tout ou presque s’explique, de l’inhabituelle patience de l’Amérique à l’insistance des quatre autres nations à vouloir obtenir par le dialogue ce qui, en d’autres temps, aurait été la cause d’une nouvelle guerre dans le sous-continent, plus destructrice que celle qui avait éclaté il y a plus de cinq décennies. Les plans existent d’un faisceau de voies ferrées et d’autoroutes entre Séoul, Pékin, Moscou, Paris, Londres et Berlin, toutes ces capitales devant à leur tour être reliées à Tokyo grâce à un pont connecté à ce formidable réseau et allant de Pusan à Shimonoseki, au-dessus du détroit du même nom. On aura noté que le président américain se refuse désormais à évoquer cet « axe du mal » dont il agitait le spectre au lendemain des attentats du 11 septembre. On comprend aussi que le chef de sa diplomatie se refuse malgré tout à évoquer l’hypothèse d’une quelconque action militaire contre le trublion, s’accroche à la perspective d’une reprise des pourparlers et, s’agissant du refus exprimé hier par les Nord-Coréens, parle – délicat euphémisme – d’un développement malheureux. Sous-secrétaire d’État chargé du contrôle des armements et de la sécurité internationale, John Bolton, lui, évoque les « progrès vers une capacité accrue » et avoue que le temps ne joue pas en faveur de Washington. Une manière bien peu diplomatique de reconnaître que l’adversaire est l’unique bénéficiaire de ce délicat bras de fer. Et que la politique du pire a finalement du bon. Il n’y a pas là, bien au contraire, de quoi décourager les Iraniens à poursuivre leurs recherches sur le traitement du plutonium. Bien entendu à des fins pacifiques. Christian MERVILLE
Il faut espérer que dans un ouvrage à venir sur les grandioses réalisations en matière de propagation de la démocratie et de sauvegarde de la liberté dans le monde, les hagiographes de George W. Bush nous gratifieront d’un chapitre sur cette étrange bienveillance qu’il semble éprouver pour le bien-aimé leader Kim Jong-il. C’est que dans son discours sur l’état de l’Union – pour ne citer que cet exemple –, le président US n’avait consacré au programme nucléaire de Pyongyang qu’une petite phrase : « Nous œuvrons étroitement avec des gouvernements en Asie à convaincre la Corée du Nord de renoncer à ses ambitions », avait-il dit. La réponse à ce ton conciliant est venue hier : l’un des derniers régimes communistes dans le monde a fait savoir qu’il voulait renforcer son arsenal atomique pour se...