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Actualités - Opinion

Le point En attendant Bush

Dommage ! Jusqu’à cette fausse note – le comble, pour une pianiste chevronnée – hier à Bruxelles, elle était en train de réussir un presque sans-faute, Condoleezza Rice. Dans l’avion qui la transportait de Paris à Bruxelles, quelle mouche l’a donc piquée ? Tancer comme cela ces fainéants d’Européens qui rechignent à agiter sous le nez des mollahs la menace d’une comparution devant le Conseil de sécurité, c’est pire qu’une maladresse, c’est une faute de goût. Selon certains américanologues, elle aurait regretté tous les trésors de charme déployés la veille, à l’École des sciences politiques puis à l’Élysée et enfin devant les journalistes. Pour d’autres, le brutal virage d’hier lui aurait été dicté par la Maison-Blanche elle-même, sous la forme d’un rappel du genre : « Don’t overdo it. » Confortée par les succès remportés lors des élections irakiennes puis à l’occasion du sommet de Charm el-Cheikh, l’Amérique pouvait faire preuve de magnanimité avec les pays du Vieux Continent. Sur le dossier nucléaire iranien, il lui est d’autant moins loisible, estime-t-elle, de se montrer conciliante qu’aucun progrès n’a été réalisé à ce jour. Téhéran continue de défendre un programme « proprement civil », soutiennent d’une même voix les dignitaires du régime. Le ministre des Affaires étrangères Kamal Kharazi y a même été d’une tribune dans plusieurs publications internationales pour dire : « Nous n’avons rien à cacher et nous sommes prêts à accueillir les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique. » Apparemment, cela ne suffit pas aux yeux de la secrétaire d’État, pour qui « les Iraniens ont besoin d’entendre que leurs discussions avec les Européens ne sont pas une sorte de pause durant laquelle ils seront autorisés à poursuivre leurs activités ». À Berlin pourtant, au premier jour de sa tournée, elle soutenait qu’« une attaque (contre l’Iran) ne figure pas à notre agenda » et que la diplomatie pouvait s’avérer bien plus bénéfique. Une semaine auparavant, George W. Bush disait à peu près la même chose, révélant dans son message sur l’état de l’Union qu’avec ses alliés européens, il s’employait à convaincre les Iraniens de renoncer à leur programme de préparation d’un stock d’uranium enrichi et à leur soutien au terrorisme. En réalité, plus que le contenu du message proprement dit, lancé dans le cadre d’une interview accordée à la chaîne de télévision ultraconservatrice Fox, c’est le ton sur lequel il a été délivré qui a fait l’effet d’une douche froide, au dire d’un diplomate en poste dans la capitale belge. Alors que l’on croyait venu le moment d’une nouvelle lune de miel dans les rapports euro-US, Washington, par la voix de son nouveau chef de la diplomatie, ramène les choses à l’an 2003, quand l’incorrigible Donald Rumsfeld – vous savez, le chef du Pentagone qui dit tout haut ce que le président pense tout bas – s’en était pris à la « vieille Europe », l’opposant à la « nouvelle Europe », celle des dix pays venus s’ajouter aux Quinze qui formaient initialement l’Union. Du coup, l’impact du vibrant plaidoyer prononcé dans la capitale française par Rice en faveur de l’ouverture d’un nouveau chapitre dans les rapports transatlantiques, après le fossé né des divergences sur la guerre en Irak, s’en trouve sensiblement atténué. D’autant plus que le débat se poursuit au sein de la présente Administration américaine sur l’intérêt que représenterait une Europe unie, désireuse, qui plus est, de jouer le rôle de contrepoids à la toute-puissance yankee dans le monde. Un moment, on a cru entrevoir, en filigrane du brutal revirement des dernières heures, le dossier de la levée de l’embargo européen sur les armes destinées à la Chine, qui en est toujours au stade de projet, mais dont la perspective n’en inquiète pas moins les États-Unis. Mais l’équipe bushienne pourrait, semble-t-il, accepter une telle décision pour peu que l’on continue à se battre pour les droits de l’homme dans ce pays, l’équilibre militaire en Asie et les transferts de technologie. Ce qui donne plus de consistance encore à la thèse, soutenue pour l’essentiel par Paris, suivant laquelle dans la pratique, les intérêts finissent toujours par primer, bien que l’on brandisse, comme un écran de fumée, l’étendard des grands idéaux, ainsi que le prouvent le combat sur le protocole de Kyoto ou la création d’une Cour criminelle internationale. Sans doute ergotera-t-on quelque temps encore sur le succès ou l’échec de cette tournée de Mme Rice, censée préparer essentiellement, ne l’oublions pas, celle de son chef. Et qui lui a permis de constater, elle l’a dit, que « les rapports avec la France sont bien meilleurs dans la pratique que dans la théorie ». Ce n’est certes pas Jacques Chirac qui la contredira. Christian MERVILLE
Dommage ! Jusqu’à cette fausse note – le comble, pour une pianiste chevronnée – hier à Bruxelles, elle était en train de réussir un presque sans-faute, Condoleezza Rice. Dans l’avion qui la transportait de Paris à Bruxelles, quelle mouche l’a donc piquée ? Tancer comme cela ces fainéants d’Européens qui rechignent à agiter sous le nez des mollahs la menace d’une comparution devant le Conseil de sécurité, c’est pire qu’une maladresse, c’est une faute de goût. Selon certains américanologues, elle aurait regretté tous les trésors de charme déployés la veille, à l’École des sciences politiques puis à l’Élysée et enfin devant les journalistes. Pour d’autres, le brutal virage d’hier lui aurait été dicté par la Maison-Blanche elle-même, sous la forme d’un rappel du genre : « Don’t...