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Actualités - Opinion

Impression Tout va bien

Sans doute la rumeur de la rue. Pourtant, par la fenêtre tout paraît si calme, quelques voitures qui passent. Ce n’est pas encore l’heure de pointe. Leur bruit est étouffé par celui d’un chantier proche. Je peux imaginer la grue géante, le groupe électrogène qui tourne à plein régime. La bétonneuse télescopique, comme un moustique démesuré, injecte sa boue grisâtre aux étages supérieurs. Imaginer la scène, retracer les gestes des ouvriers, les rêves de l’architecte, l’enthousiasme du promoteur, les apprivoiser pour que ce bruit ait un sens. Que ce grondement incessant ne vienne pas couvrir le tic-tac de mon clavier, clapotis rassurant des mots qui ont enfin trouvé leur forme et qui s’ébrouent, libérés, le long des lignes. Que reste-t-il à dire. En Irak, le sang arrive aux genoux (4 litres par adulte ?). À Gaza, on rase les maisons. Milliers de photos de ces habitants accroupis sur les ruines. Une poupée émerge entre les pierres. Après une catastrophe, les photographes d’agences aiment bien repérer un jouet, une peluche dans la carlingue d’un avion brisé, la jambe en plastique d’un baigneur made in Taïwan. La métaphore est puissante. En général, ils photographient aussi les chaussures perdues, les ustensiles de cuisine. Les enfants sont privés d’avenir. Les parents sont privés de passé. Mais le présent est là, qu’en faire ? Le prix du pétrole flambe. C’est la dictature des producteurs. Fera-t-on un jour la même chose avec l’eau ? Cela va augmenter le prix de la vie qui, pourtant, ne semble plus valoir grand-chose. En France, les médias ne parlent que de ça : le mariage des homosexuels. Parce que Noël Mamère, par ailleurs maire Vert de Bègles, a consenti à marier un couple gay. Depuis, on l’appelle monsieur ma mère, mais ça ne doit pas être la première fois. Naguère les homos étaient bannis des coutumes. Hors la loi, en quelque sorte, ils s’écorchaient aux herses des gardiens de la société. Cette malédiction leur donnait du génie, libérait en eux artistes et penseurs, aiguisait leur regard sur le monde. Aujourd’hui, ils veulent être déclarés « mari et mari » ou « femme et femme » (Jimmy, 9 ans). Que la république consacre leur amour sous le drapeau tricolore. Cette institution que les hétéros eux-mêmes foulent aux pieds avec force divorces, concubinages, désertions et trahisons, les homos en rêvent. Ils veulent être bourgeois et, mieux encore, petits-bourgeois. C’est leur droit. À l’heure où le mariage ne fait plus recette, ils en sont les nouveaux riches, avec aux annulaires des alliances grosses comme le Ritz. Pour la reproduction, ils feront comme tout le monde : pipettes, éprouvettes, gamètes ou galipettes, tout est dans tout. Qui peut juger ou interdire ? Qui peut décider d’avance s’ils seront pires ou meilleurs parents que d’autres. Que les enfants aient une maison, des parents aimants, un pays à l’abri des guerres. Le reste, ils le construiront. Tout est toujours à construire. La bétonneuse tourne toujours, et le générateur aussi. J’ai des marteaux-piqueurs plein la tête. À ce rythme, l’immeuble sera dans mon paysage dès la semaine prochaine. Mais il ne m’agace plus. Il fut un temps où je m’émerveillais de voir une fleur éclore, première de la saison au beau milieu d’un champ. Voici que je rêve dans la poussière des chantiers. On a si longtemps détruit par ici. Alors, ce bâtiment qui pousse, tout de même, quelle santé ! Moteurs, béton, camions, pelleteuses, et que ça ronfle et que ça gronde et que ça scie et que ça craque. C’est la petite musique de la ville. Tout va bien. Fifi ABOUDIB
Sans doute la rumeur de la rue. Pourtant, par la fenêtre tout paraît si calme, quelques voitures qui passent. Ce n’est pas encore l’heure de pointe. Leur bruit est étouffé par celui d’un chantier proche. Je peux imaginer la grue géante, le groupe électrogène qui tourne à plein régime. La bétonneuse télescopique, comme un moustique démesuré, injecte sa boue grisâtre aux étages supérieurs. Imaginer la scène, retracer les gestes des ouvriers, les rêves de l’architecte, l’enthousiasme du promoteur, les apprivoiser pour que ce bruit ait un sens. Que ce grondement incessant ne vienne pas couvrir le tic-tac de mon clavier, clapotis rassurant des mots qui ont enfin trouvé leur forme et qui s’ébrouent, libérés, le long des lignes.
Que reste-t-il à dire. En Irak, le sang arrive aux genoux (4 litres par adulte...