Opération militaire contre des combattants étrangers pour l’armée américaine, carnage après une cérémonie de mariage, selon des témoins : les circonstances dans lesquelles 41 Irakiens ont été tués mercredi à Qaëm restaient confuses hier, plus de 24 heures après le drame. Seules certitudes : le raid américain, qui s’avère être le plus meurtrier depuis la chute du régime de Saddam Hussein, s’est déroulé mercredi à 03h00 dans un hameau de la région d’al-Qaëm, à 25 km de la frontière irako-syrienne, et a fait plus de quarante tués.
Un responsable de la coalition a déclaré hier que les forces de la coalition avaient « mené une opération militaire contre une maison suspectée de servir d’abri aux combattants étrangers ». « Il y a eu des tirs sur cette force, qui a demandé un appui aérien. Un hélicoptère a tiré sur cette maison causant la mort de 41 personnes », a-t-il dit, ajoutant que les soldats avaient découvert notamment « des passeports étrangers, un matériel de communication et beaucoup d’armes ».
« Combien de gens vont au milieu du désert à 16 km de la frontière syrienne et à 130 km de la ville la plus proche pour fêter un mariage ? Il y avait plus d’une vingtaine d’hommes en âge de porter les armes. Ne soyons pas naïfs », a déclaré pour sa part le général de Marines James Mattis. Il a déclaré ne pas avoir vu les images de la chaîne al-Arabiya, mais a ajouté : « Il y a de mauvaises choses qui arrivent durant les guerres. Je n’ai pas à m’excuser pour le comportement de mes hommes. »
Plusieurs témoins rencontrés jeudi à Ramadi, ville à l’ouest de Bagdad dont étaient originaires la plupart des victimes, ont toutefois une version différente.
La famille de Rikad Naief Hassan al-Haroun, dont la maison à Qaëm a été la cible des tirs américains, a perdu 26 personnes dans le raid. Selon les témoins, cette riche famille d’éleveurs célébrait un mariage à Makredib, hameau de Qaëm, et une centaine de personnes étaient réunies pour festoyer.
« Le mariage avait commencé vers midi. À 22h00, je suis rentré chez moi, à environ 1 km de là. Vers 03h00, j’ai entendu d’intenses bombardements », raconte Taleb al-Haroun, dont la femme, la sœur et un neveu ont été tués. « J’étais fou d’angoisse. Lorsque cela s’est arrêté, je me suis rendu sur les lieux. Et là, j’ai vu tous les gens, morts. Ils gisaient dans la rue, je pense qu’ils avaient tenté de fuir la maison et qu’ils ont été tués dehors », dit-il.
Tous les témoins, réunis hier pour une cérémonie de deuil à Ramadi, insistent sur la longueur de l’opération – plus de deux heures – et le fait qu’elle s’est concentrée sur la maison de Rikad Naief. « Après le bombardement, des hélicoptères ont atterri et des soldats américains sont entrés dans la maison, continuant à tirer », affirme Mounif Ghazai, dont le fils Hamid a été tué.
Personne ne s’explique le raid. « Il n’y a pas eu d’événements anormaux dans l’après-midi. Personne n’a tiré en l’air », comme le veut la coutume lors des mariages, « car nous avons déjà été bombardés en juin 2003, et nous ne souhaitions pas attirer l’attention », dit Khaled Madi.
Parmi les victimes, figurent un chanteur, Hussein Ali, et trois membres de son orchestre, précise le directeur de la morgue de l’hôpital de Ramadi, Hamdi Ahmed Jassim.
« Nous défions le général Kimmitt de nous donner les noms des combattants étrangers recherchés », s’exclame, à Ramadi, cheikh Khader Ali al-Fahdaoui. Son voisin, Abou Ayman al-Fahdaoui, hoche la tête. « Les Américains sont soit des barbares, soit des idiots. S’ils cherchaient des étrangers, pourquoi n’ont-ils pas cerné le village plutôt que de le bombarder à l’aveuglette ? »
Pour Mahmoud Othman, membre du Conseil de gouvernement irakien, l’aviation américaine a bombardé par erreur les participants à ce mariage.
Le général américain Mark Kimmitt a annoncé hier qu’une enquête avait été ouverte.
Le CICR a, pour sa part, exprimé son inquiétude face à « l’usage excessif de la force » par l’armée américaine. « Même s’il y a eu des tirs, il existe la règle de la proportionnalité dans la riposte et la nécessité absolue de préserver la vie des civils », a-t-il souligné.
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Un responsable de la coalition a déclaré hier que les forces de la coalition avaient « mené une opération militaire contre une maison suspectée de servir d’abri aux combattants étrangers ». « Il y a eu des tirs sur cette force, qui a demandé un appui aérien. Un...