Washington a été contraint de hausser le ton contre son allié israélien, par crainte de voir les opérations dans la bande de Gaza affaiblir encore davantage le crédit des États-Unis au Proche-Orient, et en Irak en particulier.
La décision américaine de laisser passer au Conseil de sécurité de l’Onu une résolution déplorant les actions israéliennes, critiquées par la Maison-Blanche et le secrétaire d’État Colin Powell, tranchent avec l’attitude jusqu’à présent très compréhensive de Washington. La ligne américaine se rapproche ainsi de celle du reste de la communauté internationale, émue et indignée par les démolitions d’habitations palestiniennes et les nombreuses victimes parmi la population civile. Washington a estimé que ces opérations « aggravaient la situation » et mettaient en péril les espoirs de reprise d’un processus de paix israélo-palestinien. Washington s’est également abstenu au sein du Conseil de sécurité, alors que les États-Unis ont ces dernières années à plusieurs reprises opposé leur veto pour empêcher des textes condamnant Israël d’être adoptés.
Mais ce changement de ton est davantage motivé par le désir de préserver l’image des États-Unis, très contestée dans le monde arabe, que d’exercer de réelles pressions sur le Premier ministre israélien Ariel Sharon, estiment certain commentateurs. Alors que ces opérations meurtrières soulèvent une émotion considérable, « il était devenu impossible pour les États-Unis de ne pas faire preuve, au minimum, d’un certain mécontentement », estime Judith Kipper, du Council on Foreign Relations (CFR), un centre d’études internationales indépendant. L’effet concret de cette « réaction rhétorique » est des plus incertains, estime-t-elle. « Ce qui marche, c’est quand le président américain prend son téléphone et appelle le Premier ministre israélien pour lui dire “c’est inacceptable, vous allez trop loin”. Le reste, c’est de la gesticulation diplomatique », affirme Mme Kipper.
Ce regain de tensions survient également alors que Washington souhaite faire avancer le mois prochain son projet controversé de soutien aux réformes et à la démocratie au Moyen-Orient, que de nombreux pays jugent irréaliste si dans le même temps rien n’est fait pour calmer le jeu entre Israéliens et Palestiniens. Les raids compliquent également la laborieuse campagne engagée par Washington pour soutenir les projets du Premier ministre israélien Ariel Sharon de retrait des colonies juives de Gaza, tout en assurant que cela ne préjugeait pas d’un règlement négocié de l’ensemble du conflit. Washington, assure également Mme Kipper, doit aussi prendre en compte la fâcheuse conjonction médiatique des « images fortes » des manifestants palestiniens tués à Rafah et celles des 41 Irakiens tués dans un raid américain sur un village.
Le secrétaire d’État adjoint Richard Armitage a lui aussi reconnu que les États-Unis ne pouvaient ignorer l’impact conjugué des deux conflits sur l’image des États-Unis dans cette région et leur capacité à agir en Irak. Le conflit israélo-palestinien « n’est pas le facteur principal des problèmes que nous rencontrons en Irak, mais il a un effet, cela ne fait aucun doute », a-t-il déclaré dans un entretien avec la chaîne arabe al-Jazira.
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La décision américaine de laisser passer au Conseil de sécurité de l’Onu une résolution déplorant les actions israéliennes, critiquées par la Maison-Blanche et le secrétaire d’État Colin Powell, tranchent avec l’attitude jusqu’à présent très compréhensive de Washington. La ligne américaine se rapproche ainsi de celle du reste de la communauté internationale, émue et indignée par les démolitions d’habitations palestiniennes et les nombreuses victimes parmi la population civile. Washington a estimé que ces opérations « aggravaient la situation » et mettaient en péril les...