Le comédien aux yeux tristes est décédé le 28 janvier dernier d’une hémorragie interne. Il aurait eu 54 ans demain, le 6 février. Ironie du sort, mercredi sort sur les écrans français Iznogoud de Patrick Braoudé où Villeret tient avec brio le rôle de Haroun el-Poussah, le gentil calife de Bagdad. Plus haut dans cette page, nous vous conseillons de revoir Le dîner de cons, mais ce serait très réducteur de limiter la carrière de Jacques Villeret à ce magnifique rôle qu’il aura tenu pendant près de 5 ans sur scène et pour lequel il a reçu le César du meilleur acteur en 1998.
Les rôles de Villeret ont été aussi éclectiques que sa personnalité. Tour à tour drôle, naïf, tragique, mauvais ou triste, Villeret a su, avec beaucoup de talent, tourner avec Godard, Becker, Mocky ou Veber. « L’idée d’être comédien m’est venue tôt, vers 6 ou 7 ans. Pourquoi? Je ne sais pas. Peut-être tout simplement du plaisir qu’on a à imiter les professeurs et à voir que les copains rient.» Le cinéma aura souvent fait de lui un acteur populaire, le théâtre l’aura consacré grand parmi les grands. Lorsqu’on jette un rapide coup d’œil sur la carrière de l’inoubliable Monsieur Pignon, force est de constater que les choix de Villeret ont été très variés. Il commence au théâtre au début des années 70, à sa sortie du conservatoire. C’est en 1974 qu’il débute sur le grand écran dans le film R.A.S. d’Yves Boisset. Il plaît au public et aux réalisateurs qui aiment chez lui ce côté Français moyen, gentil souffre-douleur. Lelouche en fait son acteur fétiche au milieu des années 70, et c’est sous sa direction qu’il tourne Robert et Robert en 1978 pour lequel il reçoit son 1er César du meilleur second rôle masculin.
Les années 80, durant lesquelles Villeret s’adonne aussi au one-man-show, le verront exploiter la comédie. Il tourne beaucoup et on se souvient surtout de sa composition mémorable d’extraterrestre rural en 1981, dans La soupe aux choux, aux côtés de Louis de Funès. La popularité du film le marquera plus fortement que Robert et Robert et le poursuivra des années durant. Récemment, il se plaignait encore dans Paris Match d’être poursuivi par des enthousiastes qui imitaient le cri de dindon du doux babil de la Denrée.
Il tourne de plus en plus, aussi bien pour Godard que pour Verneuil, et ses rôles sont tout aussi surprenants que peu valorisants : maréchal nazi de pacotille, émule de Julio (Papy fait de la résistance), inspecteur des services d’hygiène (Black Micmac), handicapé mental (L’été en pente douce), etc. Un jeu sans failles qui lui vaudra en 1998 le César du meilleur acteur masculin pour son rôle du con archétypal dans Le dîner de cons, créé au départ pour le théâtre et très difficilement égalable.
Au début des années 90, il remporte un vif succès sur scène avec La contrebasse, où il n’a pour interlocuteur que son instrument de musique. Une imagination débordante (il s’est souvent amusé à jouer La Joconde face à ses visiteurs), Villeret en avait, ainsi que des talents d’imitateur. Si on lui a souvent confié des rôles de timide, « ce n’était pas par hasard ».
Fin 2000, l’acteur apparaît amaigri, fatigué et déprimé. Il s’expliquera ensuite aux médias, évoquant des problèmes avec le fisc et une rupture amoureuse. Il continue de tourner : Effroyables jardins, Les acteurs et récemment dans Malabar Princess et Vipère au poing de Philippe de Broca. On attend ses dernières images dans Iznogoud et prochainement dans l’Antidote. Son regard naïf et triste manquera au cinéma français.
MÉDÉA AZOURI HABIB
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le comédien aux yeux tristes est décédé le 28 janvier dernier d’une hémorragie interne. Il aurait eu 54 ans demain, le 6 février. Ironie du sort, mercredi sort sur les écrans français Iznogoud de Patrick Braoudé où Villeret tient avec brio le rôle de Haroun el-Poussah, le gentil calife de Bagdad. Plus haut dans cette page, nous vous conseillons de revoir Le dîner de cons, mais ce serait très réducteur de limiter la carrière de Jacques Villeret à ce magnifique rôle qu’il aura tenu pendant près de 5 ans sur scène et pour lequel il a reçu le César du meilleur acteur en 1998.
Les rôles de Villeret ont été aussi éclectiques que sa personnalité. Tour à tour drôle, naïf, tragique, mauvais ou triste, Villeret a su, avec beaucoup de talent, tourner avec Godard, Becker, Mocky ou Veber. « L’idée d’être...