«Déterminé et tenace » : ces deux traits de caractère de Jean-Paul II, hospitalisé d’urgence à Rome pour des problèmes respiratoires, ont guidé son long pontificat étroitement lié à la marche du monde. Le vieux pape polonais dirige l’Église catholique depuis plus d’un quart de siècle, et les jeunes générations n’ont connu que lui.
Aujourd’hui diminué par la maladie contre laquelle il lutte avec courage depuis des années, Jean-Paul II a été un homme vigoureux, un sportif aimant le contact.
Il a imprimé sa marque dès le début de son pontificat. Lorsqu’il est élu le 16 octobre 1978, Karol Wojtyla est âgé de 58 ans.
Très vite, il affronte la curie romaine, renvoyant au musée la chaise à porteur utilisée par ses prédécesseurs pour se montrer, et descend au milieu de la foule, souriant, se laissant toucher, prenant les enfants dans ses bras.
La place Saint-Pierre et l’État du Vatican deviennent trop petits pour lui. Il va aller au-devant des fidèles, multipliant les voyages et les médiatisant à l’extrême.
Son charisme est évident. Jeune homme, il était passionné de théâtre. De cette période, il a conservé le sens de l’auditoire, et lorsqu’il s’adresse aux foules, chacun a le sentiment que le pape s’adresse à lui.
Le succès a été immédiat, notamment en Amérique latine où les médias, particulièrement inventifs, l’ont surnommé « l’athlète de Dieu », « le globe-trotteur de l’Évangile ».
Jean-Paul II n’est pourtant pas très grand : 1,76 mètre. Mais les photographes l’ont transformé en géant pendant les premières années de son règne, et l’image a tenu jusqu’à l’attentat du 13 mai 1981.
Le début de sa déchéance physique a commencé le jour où il s’est fracturé le fémur le 29 avril 1994. Puis la maladie de Parkinson est apparue. Le monde entier a suivi la lente dégradation de sa santé, scrutée par les caméras de télévision. Car Jean-Paul II s’est toujours refusé à céder à la maladie et à la cacher.
Il s’est d’abord amusé de ses tracas de santé. « Le pape mal en point mais pas encore mort vous salue », avait-il ainsi lancé le 21 novembre 1993 en bénissant la foule de la main gauche car il venait de se luxer l’épaule droite. « On gouverne l’Église avec la tête et non avec les jambes », répondait-il ensuite à ses visiteurs inquiets.
Sa vie et son pontificat ont épousé les grands soubresauts de l’histoire. Jean-Paul II a vécu la Seconde Guerre mondiale, résisté à deux totalitarismes – le nazisme et le stalinisme – et contribué à la chute du mur de Berlin, marquant l’écroulement du communisme sur le Vieux continent et sa réunification.
Homme de Dieu et de paix, ses engagements n’ont pas tous été couronnés de succès. Il a ainsi vu le Proche-Orient s’embraser, rêver de paix puis sombrer dans les guerres. Il a dû combattre l’islam extrémiste, les sectes évangéliques et le terrorisme religieux. Il n’a pu empêcher l’Afrique de se perdre dans les conflits et n’a pas su l’aider à combattre le fléau du sida.
Pape politique, Jean-Paul II a également été un chef spirituel, ni de droite ni de gauche : inclassable.
En plus de 10 000 discours et 14 encycliques, il a amené l’Église à traiter de presque tous les sujets : idéologies, modèles économiques, questions de société, racisme, environnement, révoltes de masses et guérillas, sous-développement, dette du tiers-monde, sécurité et désarmement.
Il est inclassable, car s’il est toujours apparu ouvert aux problèmes du monde et au dialogue interreligieux avec l’islam et avec les autres religions non chrétiennes, il a en revanche conservé une ligne très conservatrice sur les questions de la famille et de la morale.
Et pour mettre au pas les théologiens contestataires, il s’est appuyé sur les mouvements les plus zélés ou mystiques, constituant pour certains de véritables lobbies de la foi, comme les charismatiques ou l’Opus Dei, qui donnent à l’Église une image réactionnaire.
Christian SPILLMANN (AFP)
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Aujourd’hui diminué par la maladie contre laquelle il lutte avec courage depuis des années, Jean-Paul II a été un homme vigoureux, un sportif aimant le contact.
Il a imprimé sa marque dès le début de son pontificat. Lorsqu’il est élu le 16 octobre 1978, Karol Wojtyla est âgé de 58 ans.
Très vite, il affronte la curie romaine, renvoyant au musée la chaise à porteur utilisée par ses prédécesseurs pour se montrer, et descend au milieu de la foule, souriant, se...