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La potion magique

Les Frankenstein de la politique doivent se délecter. Depuis le début de l’offensive américaine sur l’Irak en mars 2003, ce pays de la Mésopotamie constitue un terrain fertile à toutes les expérimentations. Sous la supervision de George W. Bush, professeur ès sciences paranormales et expert en communication avec l’au-delà, la dernière en date s’appelle « élections au pays des merveilles ». Et voilà qu’on invite les Irakiens à se « divertir » le temps d’une rose, pour casser la routine. Les règles du jeu sont simples. Tout irakien ayant accompli ses 18 printemps doit se diriger aux urnes pour déposer un papier long de 275 candidats qu’il ne connaît absolument pas. Son devoir électoral consciencieusement accompli, on le récompense, non pas avec une étoile sur le front, mais presque : il a droit à un badigeonnage gratuit d’un de ses doigts, l’index de préférence, le majeur à exclure : le brandir fièrement pour montrer qu’on a voté pourrait porter à équivoque. La mission accomplie, nos petits E.T. peuvent rentrer chez eux, contents d’avoir accomplis leur devoir national. Mais revenons-en à cette expérimentation. Elle consiste à mettre dans un même flacon le blanc et le noir, le yin et le yang, le virus et « l’alter-virus », la chose et son contraire : les sunnites et les chiites ; les musulmans et les islamistes ; les Kurdes et les Arabes ; les mahométans et les chrétiens ; les chaldéens et les assyriens ; le nord et le sud ; les ex-baassistes et les ex-opprimés ; le pétrole et la nourriture ; les pro-occidentaux et les anti-impérialistes ; les « chalabins » et les « allaouins » ; les terroristes et les rebelles ; Zarqaoui et le reste du monde ; les élections et les attentats-suicide ; les morts et les morts-vivants ; Donald Rumsfeld et Colin Powell ; les chameaux et les dromadaires... Bref, professeur Bush, en blouse blanche, dans son laboratoire ovale, converse avec Dieu, le consulte sur la meilleure démarche, bouche le flacon de manière hermétique, ferme les yeux et le secoue très fort dans tous les sens. Il rouvre les paupières, regarde « intelligemment » le liquide verdâtre, questionne le Seigneur sur la mousse à la surface et regarde, satisfait. À ses côtés, le chirurgien Rumsfeld jauge du regard la texture. Avec cette pommade, on pourra sans doute apaiser les douleurs du patient dénommé Irak. L’anesthésiste Rice est d’accord. D’ailleurs, on n’a pas vraiment le choix. Ce malade a déjà été opéré à plusieurs reprises afin de le délivrer de ses souffrances. Au tout début, on diagnostique des ADM, on pense alors le guérir à coup d’anti-inflammatoires de missiles de croisière. On lui enlève par la suite la tumeur maligne Saddam, mais il contracte le microbe d’hôpital Zarqaoui. C’est alors qu’on se rend compte que les ADM n’existent pas. Mais bon, entre-temps, le microbe Zarqaoui, une cellule mutante d’el-Qaëda, a détruit les poumons, le cœur, et risque d’atteindre le cerveau. George Bush a alors eu cette idée lumineuse, cette pommade verdâtre dont le nom générique s’appelle législatives. Appliquée convenablement, elle devrait, grâce à son principe actif, la démocratie, revigorer et guérir le malade. Mais les laboratoires « Maison-Blanche et Pentagone » sont connus pour leurs contrefaçons, et l’équipe Bush n’est pas vraiment connue pour sa dextérité. Pour les premiers résultats de l’opération, rendez-vous dans quelques jours. Bruno BARMAKI
Les Frankenstein de la politique doivent se délecter. Depuis le début de l’offensive américaine sur l’Irak en mars 2003, ce pays de la Mésopotamie constitue un terrain fertile à toutes les expérimentations. Sous la supervision de George W. Bush, professeur ès sciences paranormales et expert en communication avec l’au-delà, la dernière en date s’appelle « élections au pays des merveilles ».
Et voilà qu’on invite les Irakiens à se « divertir » le temps d’une rose, pour casser la routine. Les règles du jeu sont simples. Tout irakien ayant accompli ses 18 printemps doit se diriger aux urnes pour déposer un papier long de 275 candidats qu’il ne connaît absolument pas. Son devoir électoral consciencieusement accompli, on le récompense, non pas avec une étoile sur le front, mais presque : il a droit à un...