Ce n’est pas un métier, encore moins une vocation, mais plutôt un choix de vie et surtout le choix d’un homme, l’homme de leur vie, avec qui, pour le meilleur et parfois le moins facile, elles ont été jusqu’au bout du monde. Auprès de ces hommes, diplomates de carrière, se tiennent, discrètes mais présentes, des femmes que l’on découvre à toutes les occasions officielles et celles, un peu moins formelles, comme cette rencontre autour de quelques mots. Aujourd’hui, Yuko Murakami, épouse de l’ambassadeur du Japon.
Yuko Murakami, une femme sereine
On pensait on osait espérer, presque, la voir vêtue de son sublime costume traditionnel ; le visage pâle et le sourire dessiné, comme le veut la tradition et surtout les clichés que l’on a retenus. Mais c’est en tailleur très européen que Yuko Murakami nous reçoit, un sourire naturel au bout de ses fines lèvres, dans sa non moins sublime demeure, construite par une équipe de Japonais en 1999. Réservée, presque timide, humble surtout, comme sait l’être ce peuple lointain, elle fait avec nous un petit tour du propriétaire qui nous laisse sans voix. Est-ce le beau ciel, tellement bleu ce matin qu’il ressemble à un tableau japonais, la maison à deux étages où l’Empire du Soleil-Levant est partout mais discrètement présent ? Est-ce la piscine qui rejoint le ciel et dessine une nouvelle ligne d’horizon, symétrique comme tout l’est ici ? Le magnifique saule pleureur qui sourit aujourd’hui, pensant que c’est déjà le printemps, les arbres qui s’alignent dans le jardin, gardiens d’une certaine tradition ? Ou encore le jardin intérieur, ces bambous qui attendent de grandir pour rejoindre le ciel par cette fenêtre ouverte au plafond, et ces galets et cailloux que le jardinier vient tous les matins transformer en formes abstraites et en vagues ? « Ça permet de mieux se relaxer », nous confie notre hôte.
C’est un peu toute cette magie, additionnée au silence profond des lieux, qui nous saisit et nous pénètre. Une sérénité que rien ne semble vouloir troubler. Un peu comme celle de Yuko Murakami et son époux Tokumitsu, qui a eu la gentillesse de se joindre à nous pour cette entrevue informelle.
L’art et la manière
La gentillesse. Un mot qui semble bien décrire le couple Murakami. Et d’abord Monsieur l’Ambassadeur, qui n’a guère le profil de son parcours, car il fut, entre autres, président de l’Académie nationale de police, directeur général des affaires de la Maison Impériale et directeur des affaires criminelles internationales... Ambassadeur une première fois en Grande-Bretagne, il y a plus de vingt ans, il précise : « Le but de ces deux fonctions qui semblent différentes est le même : servir le Japon. » Pour son épouse, fille et petite-fille de médecins, elle-même diplômée en pharmacie, ce n’était pas vraiment pareil. « En tant qu’épouse d’ambassadeur, il nous est demandé de prendre part à des rencontres, réunions et manifestations culturelles et également de représenter le Japon. » « L’épouse de chef de police se fait plus discrète, précise Tokumitsu Murakami. Ainsi le veut la tradition. Dans la bureaucratie, les femmes n’accompagnent pas leur mari au cours de leurs sorties professionnelles. » Yuko Murakami a tout de même travaillé jusqu’à son mariage, et a repris ses activités lorsque ses deux enfants, aujourd’hui âgés de 23 et 20 ans, ont pu voler de leurs propres ailes. « Ces dernières années, je me suis intéressée à la médecine chinoise qui se base beaucoup sur les herbes. Au Liban, j’essaie d’en savoir plus sur la médecine arabe. » Le Liban, où elle a rejoint son mari en 2004, demeure une planète qu’elle découvre au quotidien. Outre la langue, les Libanais au volant, le très petit nombre de Japonais résidant au Liban – 80 –, et une légère nostalgie légitime, elle tient à souligner : « Nous n’avons aucun problème d’adaptation. Nous mangeons japonais, avec un chef cuisinier du pays, nous captons des chaînes de télévision japonaises, nous jouons au tennis et je m’occupe même d’arrangements floraux ! » Et d’ajouter : « J’ai une très belle impression du Liban. Ce que je vois est différent de ce que j’avais entendu avant mon arrivée. Beyrouth me rappelle d’autres villes méditerranéennes, comme Naples, Athènes ou Marbella. J’apprécie le climat de votre pays, sa cuisine, saine, son vin de qualité. Je suis surtout impressionnée par l’hospitalité, la gentillesse et l’intelligence des Libanais. »
Avant de se quitter, en douceur, comme le fut l’entrevue, nous ne pouvons échapper à la traditionnelle photo souvenir, prise par un ambassadeur… très professionnel. Échange de cartes de visite, Monsieur et Madame Murakami ont eu la délicatesse d’imprimer leur nom en arabe, au verso de la carte ; échange de sourire et de remerciements, puis dernier regard sur la résidence et l’on repart, le soleil dans les yeux éblouis. Celui d’un empire qu’il nous tarde à présent de découvrir.
Carla HENOUD
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Yuko Murakami, une femme sereine
On pensait on osait espérer, presque, la voir vêtue de son sublime costume traditionnel ; le visage pâle et le sourire dessiné, comme le veut la tradition et surtout les clichés que l’on a retenus. Mais c’est en tailleur très européen que Yuko Murakami...