Des licences de trois mois renouvelables délivrées à une quinzaine de « bingos », peut-être même seize ou plus. Allez savoir combien ! Cette toute dernière décision de notre ministre de l’Intérieur, Sleimane Frangié, ne dérange pas seulement. Elle choque.
Certains « bingos » ont déjà ouvert leurs portes, à Beyrouth, Sin el-Fil, Jdeideh, Zouk, Mkallès ou ailleurs, dans des quartiers d’habitation, tout près des universités, des lieux de travail, des hôtels, et invitent le client à y dépenser ses sous, l’espace de quelques heures, voire d’une nuit entière, jusqu’aux premières lueurs du jour.
D’autres ouvriront bientôt leurs portes, Dieu seul sait où.
Que se cache-t-il derrière cet aberrant feu vert donné par le ministre de l’Intérieur à l’ouverture de ces salles de jeux de hasard, à l’heure où la crise économique continue de sévir, où les fins de mois deviennent de plus en plus difficiles, où les Libanais accumulent les endettements et les factures impayées ?
Quelle motivation aurait-elle poussé notre ministre à « donner aux pauvres la possibilité », selon ses propres termes, de dilapider leur maigre paie dans les bingos ? D’y amener femmes et enfants pour les initier à ce jeu hasardeux, en leur faisant miroiter des lots mirobolants, genre quelques pièces d’or, quelques millions de livres ou carrément le gros lot, une voiture flambant neuve ?
« C’est pour éviter qu’ils ne se ruinent au casino », répondait M. Frangié, jeudi, à notre confrère Marcel Ghanem, dans l’émission Kalam el-Nass. L’exclusivité dont jouissait jusque-là le Casino du Liban ne semblait visiblement pas plaire à M. Frangié. Et puis, simple omission ou oubli intentionnel ? Le ministre Frangié sait pertinemment bien que le casino a cela de bon qu’il n’est pas accessible à tous, notamment à une certaine catégorie d’employés ou aux petites gens qui ne sont pas motorisés, encore moins aux mineurs, même accompagnés de leurs parents.
Mais à ces pauvres, ces employés, ces universitaires issus généralement de la classe défavorisée, les portes des bingos sont grandes ouvertes.
Et sous prétexte de se divertir l’espace d’une ou de deux heures, moyennant une petite dizaine de milliers de livres, c’est par millions de livres qu’ils achètent les cartes à 15 numéros, dans l’espoir d’un « bingo » tonitruant qui compenserait leurs pertes de la soirée. D’un jeu à l’autre, au fil des heures, à mesure que la nuit avance, ils se retrouvent prisonniers de ces lieux racoleurs, dont les reponsables distribuent quelques cartes gratuites pour le gros lot de la nuit, dans l’espoir de faire entre-temps dépenser la clientèle un max. « Une voiture neuve vaut bien un mois de salaire », qu’ils disent.
Penauds, fauchés, mais accros, qu’ils deviennent ces chauffeurs de taxi, ces petits employés, ces étudiants encore trop naïfs, tellement obnibulés par l’appât du gain rapide, qu’ils en oublient de penser au lendemain.
« Je ne fais qu’exercer mon droit », précisait encore le ministre, ajoutant qu’il était prêt à donner encore plus de permis à ceux qui le demandent. « Mais je pourrais réviser ces permis, dans trois mois », a-t-il fini par concéder, suite à l’intervention d’un citoyen outré par la multiplication de ces bingos.
Une remarque sans grande conviction de la part d’un ministre qui ne trouve rien à redire sur l’incitation au vice au beau milieu des quartiers résidentiels.
Anne-Marie EL-HAGE
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Certains « bingos » ont déjà ouvert leurs portes, à Beyrouth, Sin el-Fil, Jdeideh, Zouk, Mkallès ou ailleurs, dans des quartiers d’habitation, tout près des universités, des lieux de travail, des hôtels, et invitent le client à y dépenser ses sous, l’espace de quelques heures, voire d’une nuit entière, jusqu’aux premières lueurs du jour.
D’autres ouvriront bientôt leurs portes, Dieu seul sait où.
Que se cache-t-il derrière cet aberrant feu vert donné par le ministre de l’Intérieur à l’ouverture de ces salles de jeux de hasard, à...