Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Le Point Irremplaçable Russie

La conjoncture proche-orientale ? La Russie et la Syrie doivent jouer dans la région un rôle de premier plan pour l’instauration d’une paix durable et Moscou devrait représenter aux yeux de Damas un pont permettant de rétablir le dialogue avec Tel-Aviv. L’économie ? Le Kremlin est prêt à envisager favorablement une réduction de 12 milliards de dollars qui lui sont dus. Quant au problème posé par d’éventuelles fournitures d’armes, les deux parties ont choisi de garder un silence prudent sur le sujet. Politique-anticipation, alors que Bachar el-Assad entamait hier une visite de quatre jours dans un pays qui demeure son principal allié sur l’échiquier international ? Non, il s’agit là des principaux thèmes dont il avait été question lors de la rencontre Hafez el-Assad-Boris Eltsine, en juillet 1999. Les choses ont bien peu changé depuis la chute de l’Union soviétique, il y a quatorze ans. Même si l’homme qui règne aujourd’hui au Kremlin n’a rien du fantasque tombeur de Mikhaïl Gorbatchev, même si le jeune dirigeant en place sur les rives du Barada ne ressemble que fort peu à son père. Mais les objectifs, eux, sont demeurés les mêmes : ici, une vision à peine modifiée du vieux rêve de Pierre le Grand, là le désir de garder dans sa manche l’irremplaçable carte représentée par l’ancien empire des glaces. Or impériale, la Russie le demeure, plus que jamais, soucieuse de retrouver son ancien statut de superpuissance au moment où l’Administration Bush vient d’entamer contre elle un inexorable travail de sape à la faveur de la récente présidentielle ukrainienne. Un quotidien de Moscou note à cet égard que Vladimir Poutine espère résoudre le conflit régional et se poser du coup en « ami irremplaçable » du régime syrien. Lequel, acculé dans ses derniers retranchements – qu’il s’agisse de sa présence au Liban, de ses amitiés iraniennes, de l’encouragement qu’il est soupçonné d’apporter au terrorisme international ou encore du double jeu que Washington, inlassablement, l’accuse de pratiquer à l’égard de l’Irak – est à la recherche d’« un partenaire solide, capable de lui offrir des garanties », ainsi que l’écrit un autre journal. L’aspect financier des rapports entre les deux pays est représenté pour l’essentiel par une dette estimée à 13,4 milliards de dollars (des années se sont écoulées, ne l’oublions pas, depuis la fin des années quatre-vingt dix et de nouvelles fournitures militaires ont été assurées dans l’intervalle), dont 9,78 milliards seraient effacés. Dans cette perspective, des contacts ont été entamés dès la mi-janvier entre les ministres des Finances des deux pays, Alexeï Koudrine et Mohammed el-Hussein. Par contre, un accord semble s’être fait sur la nécessité de ne pas aborder les questions ayant trait à la coopération militaire. Ces derniers jours, un énorme battage médiatique a été orchestré par les Américains et les Israéliens pour faire croire que c’est sous leur influence conjuguée que le Kremlin a fini par accepter d’ignorer une liste d’achat syrienne censée porter sur des fusées Iskander-E, plusieurs unités de systèmes de défense antiaérienne S-300PMU-2 et TOR-M1, enfin des roquettes antitank Kornet-E et Metis-M. En l’espace de deux semaines, les démentis concernant une telle transaction se sont multipliés, par la voix du chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, le 12 de ce mois, puis par celle d’Assad lui-même dans une interview accordée lundi aux « Izvestia », en passant par la promesse qu’aurait faite Poutine à Ariel Sharon, lors d’une conversation téléphonique jeudi dernier, de ne pas aborder cette question avec son visiteur syrien. Comment oublier à ce propos que le chef du gouvernement israélien, lui-même d’origine russe, s’est déjà rendu à trois reprises à Moscou depuis son entrée en fonctions, en 2001 ? Et qu’à chaque fois il a insisté pour obtenir de ses interlocuteurs qu’ils œuvrent afin d’empêcher la concrétisation militaire du programme nucléaire iranien, un point sur lequel vont se concentrer les conversations des trois jours à venir, puisque « si l’on ne trouve pas de solution à cette crise, les conséquences s’en feront ressentir jusqu’en Europe », juge Assad. L’Iran mais aussi, mais surtout le processus de paix dont le Kremlin est le coparrain tout comme il est l’un des membres du quartette chargé de superviser la mise en pratique de cette fameuse « feuille de route » que l’Administration Bush avait jugé préférable d’enterrer provisoirement. Et qu’elle s’apprête, dit-on, à exhumer sous l’égide d’un nouveau secrétaire d’État, kremlinologue avéré et faucon notoire nouvellement passé dans le camp des colombes. Les dossiers, oui, sont les mêmes, si les interlocuteurs ont changé. Et c’est énorme. Christian MERVILLE
La conjoncture proche-orientale ? La Russie et la Syrie doivent jouer dans la région un rôle de premier plan pour l’instauration d’une paix durable et Moscou devrait représenter aux yeux de Damas un pont permettant de rétablir le dialogue avec Tel-Aviv.
L’économie ? Le Kremlin est prêt à envisager favorablement une réduction de 12 milliards de dollars qui lui sont dus. Quant au problème posé par d’éventuelles fournitures d’armes, les deux parties ont choisi de garder un silence prudent sur le sujet.
Politique-anticipation, alors que Bachar el-Assad entamait hier une visite de quatre jours dans un pays qui demeure son principal allié sur l’échiquier international ? Non, il s’agit là des principaux thèmes dont il avait été question lors de la rencontre Hafez el-Assad-Boris Eltsine, en juillet 1999.
Les...