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Actualités - Opinion

Le point Impair et impasse

L’Israélien moyen a dû en perdre son yiddish. Il n’y a pas eu de riposte massive à l’opération de jeudi dernier, même pas une réaction graduée, encore moins des « liquidations ciblées » contre des responsables du Hamas, l’organisation qui avait revendiqué la responsabilité de l’attentat au point de passage de Karni, entre la bande de Gaza et Israël. Pas encore, en tout cas... Sans doute parce qu’il fallait donner à son opinion publique l’impression de faire quelque chose, Ariel Sharon a décrété un gel des contacts, initialement appelés à démarrer dans les jours à venir, avec les nouveaux dirigeants palestiniens, suscitant les premiers grincements dans sa nouvelle machine gouvernementale mise en place il y a peu avec l’aide du Parti travailliste et des ultraorthodoxes du Judaïsme unifié de la Torah. Ainsi, pour le ministre de l’Environnement Shalom Simhom, « il n’y a aucune raison de ne pas donner à Mahmoud Abbas un répit d’un mois ». Un geste que le Premier ministre refuse d’accomplir, choisissant plutôt l’escalade, purement verbale il est vrai. Abou Mazen se voit donc sommé d’agir contre le « terrorisme » et d’ordonner à ses services de sécurité de tout mettre en œuvre pour stopper les tirs de fusées Qassam. Il n’y aura pas, lui a-t-on fait savoir, de période de grâce. Message reçu : dès hier matin, l’intéressé a demandé le déploiement massif des forces de sécurité aux points « chauds » et ordonné au Premier ministre Ahmed Qoreï et au ministre de l’Intérieur Hakam Balaawi d’empêcher les attaques contre l’État hébreu. Des instructions qui risquent fort de demeurer sans effet. Ce qui signifie que l’on s’achemine vers une situation s’apparentant fort à une impasse. En effet, la nouvelle direction palestinienne, désormais prise entre deux feux, est dans l’incapacité de mettre au pas le Mouvement de la résistance, les Brigades des martyrs d’al-Aqsa (qui viennent d’être intégrées, sur le papier, dans la police) et la nouvelle organisation qui vient de se manifester dans l’enclave, ces Comités de la résistance populaire dont, pour l’heure, on ignore tout. Dans le courant de cette semaine, le nouveau « raïs » quittera Ramallah pour Gaza afin d’y rencontrer les responsables des factions présentes sur le terrain, mais il est hautement improbable que celles-ci cèdent à ses adjurations. Leur position, elles n’ont cessé de la rappeler depuis la campagne précédant l’élection présidentielle et hier encore. « Les appels à un arrêt des attaques sont contraires aux intérêts de notre peuple et ne font que fournir des excuses à l’ennemi pour poursuivre l’occupation et pour justifier ses agressions », a déclaré un porte-parole du Hamas. On ne saurait être plus clair et c’est tout juste si le nouveau chef de l’Autorité n’a pas été accusé de collusion tacite avec les Israéliens. De son côté, Tel-Aviv ne saurait s’aventurer à lancer une nouvelle opération dans les territoires occupés sans risquer de déclencher un conflit interpalestinien majeur, aux conséquences incalculables et de perdre du même coup un interlocuteur présenté jusqu’alors comme autrement plus valable que Yasser Arafat. Le Premier ministre, dit-on, a trouvé exagéré l’optimisme de l’opinion internationale après l’élection de Mahmoud Abbas. Aujourd’hui, il craint de céder sur la question de l’État palestinien avant d’avoir obtenu un engagement ferme concernant la neutralisation des activistes. Nous n’allons pas commettre, aurait-il confié à ses proches, la même erreur qui avait marqué les années 90 et abouti à l’échec du processus d’Oslo. Le risque est grand, par ailleurs, de voir le plan de démantèlement des points de peuplement à Gaza et dans une partie de la Cisjordanie subir un revers majeur alors que Sharon avait indiqué à plus d’une reprise que le rapatriement des 8 000 colons ne devait être perturbé par aucun incident entre juillet, date à laquelle il doit commencer, et la fin de l’année, quand il est supposé prendre fin. Or juillet, c’est aussi le mois prévu pour les élections législatives palestiniennes, auxquelles participeront, cette fois, des candidats du Hamas. D’ici là, une épreuve de force constituerait la dernière éventualité envisagée par Abbas. Quitte à le voir poursuivre une périlleuse navigation à vue, dans une mer où les écueils sont nombreux. La journée de jeudi dernier, estiment certains, aura été un test majeur. On ne peut dire que le nouveau président l’a passé avec succès. Tout comme il avait échoué en 2003, au bout de quatre mois de pouvoir, et cédé face à Arafat. Il y a comme cela des précédents qui donnent à réfléchir... Christian MERVILLE
L’Israélien moyen a dû en perdre son yiddish. Il n’y a pas eu de riposte massive à l’opération de jeudi dernier, même pas une réaction graduée, encore moins des « liquidations ciblées » contre des responsables du Hamas, l’organisation qui avait revendiqué la responsabilité de l’attentat au point de passage de Karni, entre la bande de Gaza et Israël. Pas encore, en tout cas... Sans doute parce qu’il fallait donner à son opinion publique l’impression de faire quelque chose, Ariel Sharon a décrété un gel des contacts, initialement appelés à démarrer dans les jours à venir, avec les nouveaux dirigeants palestiniens, suscitant les premiers grincements dans sa nouvelle machine gouvernementale mise en place il y a peu avec l’aide du Parti travailliste et des ultraorthodoxes du Judaïsme unifié de la Torah....