L’un, Yasser Arafat, avait renoncé bien avant sa disparition à tout discours guerrier. Ce qui n’a pas empêché le monde de s’obstiner à voir en lui un obstacle à la paix. L’autre, Mahmoud Abbas, après avoir abondamment puisé dans l’arsenal sémantique de son prédécesseur tout au long de sa campagne électorale, fait figure aujourd’hui de douce colombe qu’il convient de ménager pour ne pas l’effaroucher. Quelqu’un pourrait-il fournir une explication sensée à cet étrange phénomène ?
Après avoir passé avec succès le test de l’élection du 9 janvier, le président palestinien s’est attaqué dès hier à l’épineux dossier de l’équipe gouvernementale qui sera chargée de le seconder dans sa tâche. En commençant par préparer la première fournée d’une liste de partants qui s’annonce longue. Mardi déjà, Jibril Rajoub avait été poussé vers la sortie, victime d’une vieille rivalité avec Mohammed Dahlane et des « nouvelles réalités » apparues après le décès d’Abou Ammar. La voie est désormais ouverte devant une réforme des services de sécurité, depuis longtemps réclamée par la communauté internationale. La refonte à venir représentera une victoire pour les thèses d’Abou Mazen, qui a entrepris dans le même temps de mettre à l’écart les anciens compagnons du « raïs » disparu. Prochains partants : le ministre de l’Intérieur Hakam Balaawi et surtout une des principales figures du arafatisme, Oum Jihad, la veuve de l’un des chefs historiques du Fateh, Khalil el-Wazir.
Le remaniement en profondeur des services de police représente une concession faite aux Israéliens et aux Américains. Il devrait être suivi, après l’investiture demain samedi du président, d’une rencontre de celui-ci avec Ariel Sharon, puis de l’inévitable pèlerinage à Washington pour des entretiens avec George W. Bush. Un peu vite peut-être, on parle déjà dans la Mouqataa d’une relance de la « feuille de route », ce document autrefois annoncé par les États-Unis et endossé par un quartette comprenant aussi la Russie, l’Union européenne et les Nations unies. Le texte prévoyait à l’origine « l’émergence d’un État palestinien indépendant, démocratique et viable, au côté d’Israël et de ses autres voisins ». Il faisait référence en outre, pour un règlement du conflit et « la fin de l’occupation commencée en 1967 », aux règles édictées par la conférence de Madrid, au principe de la terre contre la paix, aux résolutions 242, 338 et 1397 du Conseil de sécurité, aux accords précédemment conclus entre les deux parties et enfin à l’initiative du prince Abdallah d’Arabie saoudite adoptée par le sommet de la Ligue arabe tenu à Beyrouth.
Partenaire dans le processus ainsi défini, le Premier ministre israélien se devait de commencer par consolider ses assises gouvernementales avant d’aller de l’avant dans son plan de désengagement de Gaza et d’une partie de la Cisjordanie. Depuis sa victoire, mercredi, lors du vote en première lecture du budget, c’est chose faite. La coalition Likoud-Parti travailliste-Judaïsme unifié de la Torah a tenu bon et gagné cette manche par 64 voix contre 53. L’opposition continue certes de réclamer un référendum sur le démantèlement de certaines colonies de peuplement, elle n’ignore pas que les sondages lui sont nettement défavorables. Et même que Tel-Aviv devra aller plus loin encore dans ses gestes d’apaisement. On parle ainsi d’allégement du dispositif de sécurité installé depuis l’intifada d’al-Aqsa et qui a eu pour effet d’asphyxier une économie palestinienne déjà fort mal en point.
Le parrain américain, de son côté, serait disposé à accomplir un premier geste en allouant aux Palestiniens, à travers des organismes non gouvernementaux, des crédits supplémentaires de l’ordre de 200 millions de dollars. Il restera un point litigieux sur lequel pourraient échouer toutes les bonnes volontés du monde : le droit de retour, un principe sur lequel les négociateurs désignés après 1993 n’avaient pu se mettre d’accord. En 2000, Bill Clinton avait repris l’idée en formulant une série de propositions susceptibles, selon lui, d’aider à une solution du problème. Au nombre de ces suggestions figurait le droit pour les réfugiés de rester dans les pays d’accueil, de revenir en Palestine, d’opter pour une nouvelle patrie ou bien d’être intégrés au sein de la population palestinienne. Depuis, on préfère éluder pudiquement le sujet, en attendant le jugement définitif de la Maison-Blanche.
Tout plutôt qu’une nouvelle phase de « wait and see » qui serait mortelle dans les circonstances présentes, dit-on aujourd’hui à Ramallah. Un avertissement que chacune des deux parties pourrait faire sien. Et avec elles cette Amérique qui trop longtemps aura renoncé à son rôle d’honnête courtier.
Christian MERVILLE
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Après avoir passé avec succès le test de l’élection du 9 janvier, le président palestinien s’est attaqué dès hier à l’épineux dossier de l’équipe gouvernementale qui sera chargée de le seconder dans sa tâche. En commençant par préparer la première fournée d’une liste de partants qui s’annonce longue....