Les milliards de dollars promis par les grands donateurs après les tsunamis dévastateurs en Asie peuvent confondre par la générosité des offres, mais les pays récipiendaires doivent savoir qu’il leur faudra un jour en payer la facture.
S’il y a aujourd’hui surenchère de promesses, la plus grande partie de « l’aide » arrivera en fait sous forme de prêts qui devront être remboursés, de contrats exclusivement avec des entreprises des pays donateurs, ou, pire encore, n’arrivera pas du tout.
« Je ne vois aucune bonne raison à leur proposer des prêts. Ils sont pauvres, nous sommes riches. Ils ont besoin de cet argent et je ne vois pas pourquoi on leur demanderait de le rembourser pendant 10 ou 20 ans », déplore David Roodman, chercheur au Centre pour le développement global (CGD) à Washington. « Ça ne sert qu’à gonfler le montant qui est proposé », accuse-t-il.
En termes de promesse, c’est l’Australie qui a cassé sa tirelire avec un milliard de dollars australiens (762 millions USD) (un record historique !), mais si l’on regarde de plus près, Canberra retombe au deuxième ou troisième rang puisque la moitié de son aide est constituée de prêts sans intérêts à l’Indonésie. L’Australie est d’ailleurs le seul grand pays à s’opposer à un moratoire sur la dette des pays sinistrés. « L’Indonésie doit déjà un milliard de dollars (australiens) à l’Australie. Est-ce que multiplier cette somme par deux va vraiment aider le peuple indonésien ? » s’interroge Tim O’Connor, de l’observatoire australien Aid Watch.
En outre, l’aide australienne sera entièrement bilatérale, ce qui ne manque pas d’intérêt quand on connaît les relations difficiles entre Canberra et Djakarta et les enjeux économiques et énergétiques qui les sous-tendent. « L’intérêt (de l’enveloppe) est bien plutôt de notre côté que du côté des habitants d’Aceh. L’intérêt, c’est de consolider nos relations avec l’Indonésie et de rapprocher nos gouvernements respectifs », observe M. Connor.
L’Allemagne, elle, a promis 500 millions d’euros (668 millions de dollars) mais a donné fort peu de détails quant à la nature de l’aide annoncée par le chancelier Gerhard Schröder.
Idem pour les États-Unis (350 M USD) qui sont restés vagues sur la forme de leur assistance financière. Lundi, seuls 88 millions de dollars avaient effectivement été attribués. Cela dit, les dépenses de l’armée américaine, engagée dans de coûteuses opérations de secours, ne sont pas incluses et Washington pourrait les utiliser pour « gonfler » sa contribution. En outre, l’aide américaine est soumise à des règles politiques strictes stipulant que les bénéficiaires n’achètent que des produits américains.
Le Centre pour le développement global (CDG) de Washington a calculé que les quatre pays les plus touchés par les tsunamis – l’Indonésie, l’Inde, le Sri Lanka et la Thaïlande – payaient ensemble chaque année 1,8 milliard de dollars de droits de douane aux États-Unis, soit cinq fois le montant de l’aide américaine promise.
En fait, la vraie surprise est venue du Japon, qui s’est engagé à hauteur d’au moins 500 millions de dollars en dons directs, alors qu’il avait plutôt l’habitude ces dernières années de prêter de l’argent en profitant de ses taux d’intérêt hyperbas. Mais les Japonais sont soucieux de montrer qu’ils ont à cœur le destin de l’Asie et qu’ils souhaitent y jouer un rôle majeur... surtout face à la montée en puissance de la Chine. Le Japon a promis de verser aux Nations unies 250 millions de dollars « dans les prochains jours », un engagement qui représente plus du tiers de la somme collectée mardi à Genève auprès des pays donateurs pour aider les victimes des tsunamis en Asie. « Le plus gros contributeur est de loin le Japon, qui va verser cash 250 millions de dollars dans les prochains jours », a déclaré à la presse le coordinateur des opérations d’urgence des Nations unies, Jan Egeland.
Shaun TANDON (AFP)
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