«Vous savez bien que je sors du cœur de l’opposition », avait rétorqué le Premier ministre Karamé aux journalistes, rejetant leurs doutes sur sa capacité à résister à toute tentative de « domestication ». C’était le 21 octobre, à la sortie de son investiture par Baabda.
Par ailleurs, après la visite que lui, Premier ministre, venait de rendre au secrétaire général du Hezbollah (en vertu de quel protocole ?), il a déclaré : « Notre rencontre était excellente, et j’ai rappelé les constantes libanaises. » (Voir an-Nahar du 29/12 – p. 1).
Que reste-t-il de ces deux importantes déclarations ?
I - Loi électorale devant servir les desseins du régime.
M. Karamé paraît constant dans la politique de tergiversation appliquée par le régime, à savoir : sortir de son chapeau, au dernier moment, un texte inacceptable, ne laissant au public qu’un délai dérisoire afin de le discuter et de proposer les amendements jugés nécessaires. Or, on estime à six mois le temps minimum habituellement donné au public pour cela : nous sommes loin du compte avec les indications fournies au compte-gouttes par la pouvoir, alors que, déjà, les élections se profilent à l’horizon. Mme Nayla Moawad, en députée avisée, a dénoncé crûment « le retard honteux dans la publication de la loi électorale, qui n’est autre qu’un début de la falsification des élections. » (Voir L’Orient-Le Jour du 30/12).
M. Karamé s’est donc trop hâté, sur le perron de Baabda, de déclarer qu’il vient « du cœur de l’opposition ». Pourrait-il réitérer cette affirmation après sa soumission aux ordres des loyalistes ?
II - Quelles constantes libanaises ?
Les constantes que nous connaissons sont énoncées dans l’article 1er de la Constitution, qui stipule, en tête, que « le Liban est une patrie souveraine, libre, indépendante et définitive pour tous ses enfants, une dans son territoire, dans son peuple et ses institutions, ainsi que dans ses frontières stipulées dans cette Constitution et reconnues internationalement .»
Le paragraphe c du même article dispose que « le Liban est une république démocratique parlementaire fondée sur le respect des libertés publiques dont, en tête, la liberté d’opinion et de croyance, ainsi que sur l’équité sociale et l’égalité des droits et des devoirs entre tous les citoyens sans distinction ».
M. Karamé est-il en train de respecter ces constantes lorsqu’il applique docilement la politique dictée par les tuteurs, ce qui est la négation de la souveraineté et de l’indépendance ? Peut-il nier les consignes reçues dans les domaines vitaux comme la loi électorale trafiquée, le rejet de tout dialogue avec les opposants, les arrestations arbitraires, la réconciliation nationale jetée aux orties et d’autres mesures antidémocratiques ?
Conclusion : le Premier ministre, par sa politique défaillante, a abdiqué ipso facto son titre de leader indépendantiste et souverainiste, pour ne plus porter que celui d’« opposant domestiqué ». Dommage pour son aura péniblement reconstituée après sa débâcle du printemps 1992 qui l’avait renvoyé du pouvoir avec une monnaie croulant à 2 500 livres pour un dollar...
Albert SARA
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Par ailleurs, après la visite que lui, Premier ministre, venait de rendre au secrétaire général du Hezbollah (en vertu de quel protocole ?), il a déclaré : « Notre rencontre était excellente, et j’ai rappelé les constantes libanaises. » (Voir an-Nahar du 29/12 – p. 1).
Que reste-t-il de ces deux importantes déclarations ?
I - Loi électorale devant servir les desseins du régime.
M. Karamé paraît constant dans la politique de tergiversation appliquée par le régime, à savoir : sortir de son chapeau, au dernier moment, un texte...