Plusieurs des membres de l’Administration Bush affichent ces dernières semaines une mine sombre, apparemment suscitée par les difficultés rencontrées en Irak et le scandale des sévices infligés aux détenus irakiens.
« Mais qu’est-il arrivé à la “Dream Team” de Bush ? » s’interroge Time dans sa plus récente livraison consacrée à l’affaire des traitements sadiques infligés par des militaires américains dans la prison d’Abou Ghraib.
Tiraillements internes, disharmonie, visages défaits, ton morne : des experts américains constatent ce changement d’attitude de plus en plus difficile à cacher à l’opinion publique. « Ils fanfaronnent un peu moins, surtout à la lumière des événements actuels », constate le sociologue John Hyman, de l’American University.
Exemple le plus frappant de cette métamorphose : généralement flamboyant, Donald Rumsfeld, 71 ans, est apparu lundi en public au côté du président George W. Bush le regard las, tourné vers le sol, et le geste contenu. Le même président – mis de mauvaise humeur par le scandale des sévices, selon la presse américaine – avait sermonné Rumsfeld peu avant pour ne pas l’avoir prévenu assez tôt des agissements de gardiens américains d’Abou Ghraib.
Celui que les Américains ont pris l’habitude de voir imperturbable, le verbe haut et l’œil pétillant sous le feu des questions des journalistes, n’a pu récemment dissimuler son malaise face aux sénateurs républicains et démocrates qui cherchent à établir les responsabilités du scandale, tandis que les appels à sa démission se multipliaient, notamment dans la presse américaine. « Il y a longtemps que j’ai cessé de lire les journaux. C’est un fait. Je suis un survivant », a confié Rumsfeld jeudi à Bagdad, devant des soldats déployés en Irak.
Mais Rumsfeld n’est pas le seul membre de l’Administration Bush à faire grise mine. John Ashcroft, l’attorney général (ministre la Justice), qui fut après les attentats du 11 septembre 2001 en première ligne de la « guerre contre le terrorisme », semble lui aussi bien tracassé depuis plusieurs semaines. M. Ashcroft, qui a subi début mars une ablation de la vésicule biliaire, est même apparu franchement fatigué devant une poignée de journalistes, lors d’une conférence de presse le 11 mai clôturant une réunion du G8 des ministres de la Justice et de l’Intérieur pourtant consacrée à son sujet de prédilection : la lutte contre le terrorisme.
Des observateurs de la société américaine attribuent ce changement d’humeur, notamment chez Ashcroft, un ultraconservateur imprégné de morale chrétienne, à la contradiction entre les dérapages en Irak et les valeurs religieuses traditionnellement vantées par les dirigeants américains. « Ils ont l’impression de réaliser la volonté de Dieu, ce qui leur donne le droit de faire ce qu’ils veulent, mais, d’un autre côté, ils savent aussi que cela va à l’encontre de tout ce qui est réellement chrétien », explique Brett Williams, une spécialiste de la « culture populaire » américaine.
Le syndrome de la « mauvaise humeur » aurait aussi atteint le secrétaire d’État Colin Powell. Selon le magazine pour hommes GQ, Powell serait ces jours-ci épuisé et désabusé, au point d’envisager de jeter l’éponge en raison des tiraillements au sein de l’Administration, en particulier sur l’Irak. « Il est fatigué. Mentalement et physiquement », a confié à la revue le chef de cabinet de M. Powell, Larry Wilkerson. D’autres proches de M. Powell le disent accablé par le fiasco de sa prestation à l’Onu l’an dernier, alors qu’il s’évertuait à convaincre l’opinion internationale de la présence en Irak d’armes de destruction massive, introuvables à ce jour.
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« Mais qu’est-il arrivé à la “Dream Team” de Bush ? » s’interroge Time dans sa plus récente livraison consacrée à l’affaire des traitements sadiques infligés par des militaires américains dans la prison d’Abou Ghraib.
Tiraillements internes, disharmonie, visages défaits, ton morne : des experts américains constatent ce changement d’attitude de plus en plus difficile à cacher à l’opinion publique. « Ils fanfaronnent un peu moins, surtout à la lumière des événements actuels », constate le sociologue John Hyman, de l’American University.
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