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Actualités - Opinion

IMPRESSION Rats et marées

En recoupant les témoignages, voilà ce qui s’est passé : le sable était blanc, le soleil radieux et l’eau toute tiède. Les fruits des cocotiers imitaient les boules dans leurs sapins des tropiques aux grands bras. Las de leurs nuits trop longues, les gens du Nord trop roses, trop blonds lézardaient dans cette chaleur douce dont ils irradieraient au retour. Et puis il y eut comme une ébullition claire dans le turquoise de l’eau. Un pétillement insolite de champagne qu’on verse. Au loin, la terre s’est brisée répandant la mer. Peu l’ont compris à temps. Il ne se passe jamais rien dans les cartes postales. Les photos ont été prises de haut. Personne n’a vu l’eau faire le mur puis s’abattre. Ou alors trop tard. Les images passent en boucle, mais c’est le même flux qui enfle et rampe, la même morsure baveuse qui ne lâche pas prise, la même faim abyssale qui lape sur la terre tout ce qui vit. La bête est rentrée dans sa tanière. C’est tout. Innocente et lasse. Il n’y en avait pas davantage. Sur les plages revenues, les vagues font sur la vieille frontière leurs mêmes vieux friselis. Combien de morts ? Pourquoi précisément là et pas ailleurs ? Pourquoi eux ? Et nous, devant nos écrans pour que nul n’en ignore ? Voilà. L’info n’est pas de première fraîcheur. Plus de dix jours avec l’horreur du tsunami. On n’aura jamais fini d’évacuer le cauchemar. Ces corps qui roulent sont les nôtres, fétus dérisoires pris dans les éléments qui s’acharnent. Ces familles décimées, ces orphelins sont les nôtres, survivants que nous sommes même si nous n’y étions pas. Parce que l’enfer est avide, nous le savons trop bien, et toujours prompt à montrer sa béance. Alors, la solidarité s’organise. Les dons affluent encore. Petites oboles ou chèques à multiples zéros, de toute façon, il n’y en aura jamais assez. Même la Roumanie pas bien riche s’est délestée de 30000 euros. Et puis donner contribue à résorber la culpabilité du monde épargné. Au Liban, nous accueillons plusieurs milliers de travailleurs sri lankais. Au début, ils se sont entraidés à coup de billets de 1000 ou de 5000 LL, rien que pour obtenir des nouvelles par téléphone. Certains ont dû partir vers des deuils annoncés. Leurs compatriotes se sont cotisés pour payer l’avion. Quand on sait la misère qui sévit dans cette communauté, on peut imaginer le sacrifice que cela représente. Bien sûr, beaucoup d’employeurs n’ont manqué ni de générosité ni de compassion. Bien sûr les ONG font le nécessaire. On murmure aussi le nom de particuliers qui ont donné en toute discrétion des sommes spectaculaires. Pour autant, voilà dix jours qu’on se demande ce qu’attend notre gouvernement pour réagir. À part cette extraordinaire largesse d’autoriser les travailleurs irréguliers à quitter le territoire sans payer d’amende, on n’a rien vu venir. Et puis tout à coup, hier, la montagne a accouché d’une souris. Nous enverrons, à titre officiel, quelques aides sanitaires et alimentaires aux pays sinistrés. Quel panache ! Fifi Abou Dib
En recoupant les témoignages, voilà ce qui s’est passé : le sable était blanc, le soleil radieux et l’eau toute tiède. Les fruits des cocotiers imitaient les boules dans leurs sapins des tropiques aux grands bras. Las de leurs nuits trop longues, les gens du Nord trop roses, trop blonds lézardaient dans cette chaleur douce dont ils irradieraient au retour. Et puis il y eut comme une ébullition claire dans le turquoise de l’eau. Un pétillement insolite de champagne qu’on verse. Au loin, la terre s’est brisée répandant la mer. Peu l’ont compris à temps. Il ne se passe jamais rien dans les cartes postales. Les photos ont été prises de haut. Personne n’a vu l’eau faire le mur puis s’abattre. Ou alors trop tard. Les images passent en boucle, mais c’est le même flux qui enfle et rampe, la même morsure baveuse...