« Mofaz menace l’Iran » ; « Opération meurtrière israélienne dans la bande de Gaza » ; « Glissement de terrain meurtrier aux Philippines ». Ces titres sont ceux d’articles publiés en décembre 2003. Ils pourraient tout aussi bien l’avoir été en décembre 2004. Symbole d’une histoire qui stagne, qui piétine, qui s’embourbe.
Une histoire qui pourrait toutefois avoir pris un tournant sur certains dossiers, tel le conflit israélo-palestinien marqué, cette année, par la mort de Yasser Arafat. Avec la disparition du raïs, véritable symbole de la cause palestinienne, c’est une nouvelle page de l’histoire de ce conflit qui commence à être écrite. Les prises de position récentes de Mahmoud Abbas, notamment son rejet de la lutte armée, et la perte d’un bouc émissaire côté israélien pour rejeter tout dialogue, pourraient bien contraindre les deux parties à rejoindre la table des négociations. Un retour qui ne pourra toutefois se faire que si la communauté internationale assume ses responsabilités. Et ce de manière juste. Le premier test de cet engagement est prévu pour le 9 janvier, avec la présidentielle palestinienne. Un scrutin essentiel dont la communauté internationale doit s’assurer de l’intégrité et du bon déroulement en surveillant les deux parties.
Autre scrutin, dont on se demande encore aujourd’hui s’il pourra effectivement avoir lieu tant la poursuite des violences confirme un peu plus chaque jour la difficulté de son organisation, les élections en Irak du 30 janvier. Un scrutin-clé dont les conséquences dépasseront largement les seuls Irakiens. De ses résultats et des conditions de son déroulement dépendront la stabilisation de l’Irak ou, au contraire, son éclatement sur des bases confessionnelles ou ethniques. Autant d’options qui ne sont pas neutres à l’échelle régionale. Autre scrutin, pour cette année électorale faste au Moyen-Orient, la présidentielle iranienne. Une compétition entre conservateurs « modérés » et conservateurs « durs », les réformateurs, le président Mohammed Khatami, ayant été écartés de la scène politique depuis ces funestes législatives de février 2003. Acteur essentiel de l’« axe du mal », l’Iran n’a cessé de manœuvrer, cette année, autour de ses capacités nucléaires. Un jeu rendu possible par sa proximité avec l’Irak, et le potentiel de nuisance de la république islamique chiite sur ce dossier.
L’Iran qui, en optant pour le bras de fer, a choisi une stratégie radicalement différente de celle adoptée par la Libye, autre ex-membre de cet axe du mal, qui a opéré un retour en grâce des plus spectaculaires sur la scène internationale. On ne compte plus aujourd’hui le nombre de diplomates, de chefs d’État, de Premiers ministres, européens ou américains, ayant rendu visite au maître de Tripoli. À l’heure où le prix du baril de pétrole atteint des sommets, l’or noir de Kadhafi a un parfum des plus séduisants.
Un nouveau terrain d’affrontement économique s’est donc ouvert en Libye, qui opposera certainement à nouveau Européens et Américains dans leur course aux contrats. Deux clans déjà opposés sur tant de dossiers. Depuis la réélection de George W. Bush pour un second mandat, réélection vécue comme un drame sur le Vieux Continent, les deux parties multiplient toutefois les appels au dialogue. Si côté américain, la ligne politique, et ce notamment en matière internationale depuis la nomination de Condoleezza Rice au département d’État, est claire, côté européen, le tableau est plus flou. Résultat d’une incapacité à définir les termes d’une Europe politique. Les conséquences de cette incapacité avaient d’ailleurs été étalés aux yeux du monde avant l’offensive américaine contre l’Irak quand huit membres de l’union avaient apporté leur soutien à Washington. Cette faiblesse a été remise à l’ordre du jour avec l’élargissement de l’Union cette année et les débats autour de l’adhésion de la Turquie au club européen. Une adhésion qui a fait et fera encore couler beaucoup d’encre tant les enjeux d’une entrée ou d’un refus d’Ankara dans l’ensemble européen sont grands dans un monde en voie de radicalisation.
2005 s’annonce donc comme une année dense sur la scène internationale. Une année durant laquelle les peuples, surtout du Moyen-Orient, pourront passer aux urnes. S’exprimer. L’enjeu est de taille. Presque une partie de quitte ou double. Un conseil, un seul, aux dirigeants de la région. Écouter et entendre les rumeurs de Kiev.
Émilie Sueur
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Une histoire qui pourrait toutefois avoir pris un tournant sur certains dossiers, tel le conflit israélo-palestinien marqué, cette année, par la mort de Yasser Arafat. Avec la disparition du raïs, véritable symbole de la cause palestinienne, c’est une nouvelle page de l’histoire de ce conflit qui commence à être écrite. Les prises de position récentes de Mahmoud Abbas, notamment son rejet de la lutte armée, et la perte d’un bouc émissaire côté israélien pour rejeter tout...