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Actualités - Opinion

Le Point Combats d’arrière-garde

Faut-il être courageux pour dire à ses jusqu’au-boutistes : « Ne donnez pas à Israël des raisons de nous attaquer » ? En d’autres temps, une telle recommandation aurait valu à son auteur l’opprobre de ses concitoyens, probablement aussi un attentat contre sa personne et certainement un échec électoral. Or non seulement Mahmoud Abbas a été chaleureusement applaudi pour cette prise de position par les réfugiés du camp de Jabaliya mais de plus il est assuré d’enlever l’élection de dimanche prochain. Il faut dire que le lendemain, il rétablissait quelque peu l’équilibre en estimant que l’escalade à laquelle procède depuis quelques jours l’armée israélienne dans la bande de Gaza « met en danger le processus démocratique ». Tout l’homme est là, dans ce sens de l’équilibre qui avait commencé par désarçonner, avant de les rassurer, des interlocuteurs habitués jusqu’alors aux foucades de Yasser Arafat. Après avoir trouvé « préoccupant » l’accueil enthousiaste réservé au chef du Fateh par les combattants des Brigades des martyrs d’el-Aqsa, le brave Colin Powell s’est ravisé, pour constater que l’on était, après tout, en pleine campagne électorale. L’opinion est celle d’un orfèvre en la matière, qui vient d’assister (en Fabrice del Dongo...) à la bataille du siècle entre George W. Bush et John F. Kerry. Autre signe des temps qui changent : des journaux viennent de publier un communiqué signé par 560 responsables palestiniens, appelant à la fin de la lutte armée contre l’État hébreu. Pour l’heure donc, ce sont les pacifistes qui ont le vent en poupe, forts du préjugé favorable dont ils jouissent aux yeux des Américains et des Israéliens. Il n’en demeure pas moins qu’Abou Mazen demeure suspect pour les siens, du fait de son appartenance à une nomenklatura encline à confondre deniers publics et portefeuille personnel. D’où sans doute le regain de confiance dont bénéficie le clan des purs et durs de la révolution. Professeur à l’université de Bir Zeit, Ali Jarbawi vient d’expliquer dans les colonnes du Times que les gens en ont assez d’une corruption devenue le « trade mark » de l’OLP, alors qu’ils voient dans les dirigeants de l’opposition, principalement ceux du Mouvement de la résistance islamique, des parangons de toutes les vertus morales. C’est bien pourquoi depuis que le Hamas a pris position contre la consultation populaire du 9 janvier, les sondages créditent Abbas de 65 % des voix et non plus de 81 % comme au lendemain de la disparition du vieux raïs. C’est bien pourquoi aussi, le même Hamas vient d’enlever dix des 36 sièges à pourvoir à l’occasion de la première phase des municipales. Dans le même temps que leurs chars et leur aviation poursuivaient leur déchaînement, cette fois contre Beit Hanoun, les dirigeants de l’État sioniste édictaient une série de mesures censées faciliter les déplacements et des électeurs des territoires occupés et des candidats dans la partie orientale de Jérusalem. Ainsi, il devrait être aisé désormais pour ces derniers de coller des posters et de distribuer des tracts dans ce secteur de la ville mais pas de tenir des rallyes publics dans certains quartiers délicats où l’occupant pourrait estimer menacée sa « souveraineté ». Ainsi donc à chaque clan ses ultra. Depuis des mois, Ariel Sharon bataille ferme pour faire passer son plan de démantèlement des 21 points de peuplement à Gaza. Étrangement, l’opinion publique lui est acquise mais ce sont certains membres de son cabinet qui lui posent des problèmes. Depuis le départ des deux représentants du Parti national religieux – Effi Eitam, ministre de l’Habitat et son principal allié au sein de la coalition au pouvoir, et Yitzhak Levy, vice-ministre de ce même département –, le chef du gouvernement a perdu sa maigre majorité (61 voix sur les 120 membres que compte la Knesset). Shimon Pérès, qui en rêvait, a essayé de marchander son appui à un nouveau cabinet de coalition en réclamant le poste de vice-Premier ministre. Mais comme il ne pouvait en aucun cas être question pour lui donner satisfaction de limoger l’actuel titulaire, le très likoudnik Ehud Olmert, il s’est résigné à accepter le titre de « secundus inter pares ». En dépit de quelques accrocs sans conséquence, on s’achemine ainsi vers un retrait de la bande de Gaza et de quatre colonies en Cisjordanie, à condition que les ultraorthodoxes renoncent à monnayer leur appui sous la forme de crédits à leurs écoles. À l’Onu et au sein de l’Union européenne, tout comme à Washington et Moscou, les diplomates sont dans l’attente des résultats du scrutin présidentiel ici, des tractations en cours là avant de décider du sort d’un processus de paix qu’hier encore, on donnait pour moribond. En cette terre proche-orientale de tous les miracles, il faut croire que les morts se portent bien. Christian MERVILLE

Faut-il être courageux pour dire à ses jusqu’au-boutistes : « Ne donnez pas à Israël des raisons de nous attaquer » ? En d’autres temps, une telle recommandation aurait valu à son auteur l’opprobre de ses concitoyens, probablement aussi un attentat contre sa personne et certainement un échec électoral. Or non seulement Mahmoud Abbas a été chaleureusement applaudi pour cette prise de position par les réfugiés du camp de Jabaliya mais de plus il est assuré d’enlever l’élection de dimanche prochain. Il faut dire que le lendemain, il rétablissait quelque peu l’équilibre en estimant que l’escalade à laquelle procède depuis quelques jours l’armée israélienne dans la bande de Gaza « met en danger le processus démocratique ». Tout l’homme est là, dans ce sens de l’équilibre qui avait commencé par...