La plus longue reprise économique au Japon depuis l’éclatement de la bulle spéculative au début des années 1990 a marqué une pause après un premier trimestre 2004 très solide, mais elle devrait repartir et finir par vaincre la déflation l’an prochain, selon les économistes.
La perspective d’un retour à l’inflation au cours de cette nouvelle année va poser l’intéressante et délicate question du moment à choisir, et de la façon de procéder, pour changer la politique monétaire très conciliante de la Banque du Japon sans provoquer de choc.
Elle marque aussi un changement important, car elle a déjà pour effet d’estomper les anticipations de baisse des prix qui entraînent des reports d’achats et découragent l’investissement.
Sous les chiffres d’une activité économique évaluée par le produit intérieur brut, se cachent une amélioration de la situation de l’emploi, une forte hausse des bénéfices des entreprises et un assainissement des bilans des banques.
Des évolutions qui soutiennent le moral des entrepreneurs et des consommateurs malgré une baisse des salaires moyens due à l’embauche croissante de travailleurs à temps partiel ou temporaires qui représentent à présent, selon l’OCDE, plus d’un quart des salariés de l’archipel.
Le ralentissement économique perçu depuis le deuxième trimestre, en grande partie induit par celui du grand partenaire commercial américain affecté par la flambée récente des cours du pétrole, devrait être de courte durée et l’activité devrait rebondir dans le courant 2005, prédisent les économistes.
Dans sa lancée de l’année 2003 au cours de laquelle elle a progressé de 1,3 %, l’activité économique mesurée par le PIB en volume a enregistré une très forte croissance de 1,7 % au premier trimestre 2004 par rapport aux trois mois précédents.
Mais la deuxième économie du monde a ensuite brutalement freiné, se contractant de 0,1 % en avril-juin avant de croître d’une faible 0,1 % en juillet-septembre, évitant de justesse une récession définie par les économistes comme deux trimestres consécutifs de recul de l’activité.
« Je maintiens que l’économie du Japon demeure dans une phase d’ajustement mineur », a commenté le ministre chargé de la Politique économique et budgétaire Heizo Takenaka.
« Nous estimons que l’économie japonaise devrait reprendre le chemin de la croissance au deuxième semestre 2005 après une phase de correction relativement brève et ténue », estiment les économistes de Crédit Suisse First Boston à Tokyo.
Sauf nouveau choc externe, la croissance devrait se ressaisir au deuxième trimestre ou même avant, selon Masaaki Kanno, économiste en chef de JP Morgan.
Les cycles de reprise ont généralement été par le passé de 33 mois au Japon, soit deux ans et neuf mois, note-t-il. Celui-ci, engagé au début de l’année 2002, est particulièrement long.
Lors du cycle de 1994-97, un net ralentissement a été ressenti au milieu de 1995 en raison du choc de l’appréciation du yen sous 80 yens pour un dollar.
Les économistes prévoient un début de hausse des prix en 2005 après plusieurs années de déflation qui ronge la deuxième économie du monde.
Fin octobre, la Banque du Japon avait estimé que l’indice des prix à la consommation hors prix volatils des produits frais devait « augmenter légèrement » sur l’année achevée en mars 2006.
Selon Richard Jerram, économiste en chef chez Macquarie, la Banque centrale attendra entre 6 et 12 mois avant de changer sa politique dite « d’assouplissement quantitatif » introduite en mars 2001 et consistant à inonder le marché en liquidités faute de marge de manœuvre sur les taux d’intérêt, extrêmement bas au Japon.
Un difficile exercice d’équilibriste, car une brutale hausse des taux d’intérêt à long terme conduirait entre autres à une détérioration de la valeur des obligations publiques dont les banques japonaises ont accumulé un nombre important, souligne pour sa part Florence Astier, économiste chargée du Japon à la Société générale.
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