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Actualités - Chronologie

Littérature Les mots longs de Pentti Holappa… (photos)

HELSINKI, d’Edgar Davidian Un froid de canard. Moufles, bonnet et manteau arrivent à peine à réchauffer les passants frayant leur chemin sur des routes couvertes de neige. Et puis brusquement, la chaleur réconfortante d’une salle élégante et tout en ton clair dans un design ultrasimple mais chic et net, comme seuls les Finlandais en ont le secret. Devant une vitre faisant transparaître le paysage blanc d’hiver des terres nordiques, sur une table avec tasses et sucrière, attendent café fumant, thé odoriférant et gâteries pâtissières pour le début de l’après-midi. C’est le Centre d’information littéraire finnois où la directrice, Mme Iris Schwanck, nous accueille aimablement, avec un français impeccable. Au rendez-vous: Pentti Holappa, un des plus grands écrivains de Finlande. Regard perçant et malicieux, voix forte d’airain sans jamais fléchir, rondeur et bedaine des gens rattrapés un peu par l’âge, foulard en soie au cou, chemise bleue, gilet beige en laine et canne pour se maintenir, Pentti Holappa a plus d’un demi-siècle de production littéraire derrière lui. Et tous les combats, politiques et sociaux, pour la liberté de l’amour. Du droit à la différence. Entre l’esprit caustique et brillant d’Oscar Wilde et les tentations paganistes de la chair sous des phrases somptueuses de Jean Genet, se dessine l’univers littéraire (dans des phrases d’une clarté gidienne) des «choses complexes» d’un auteur qui, par franc besoin de transparence (encore un trait finnois), n’accorde nulle place au compromis ou à la complaisance. Né en 1927, voilà un écrivain qui parle peu, vif, direct, mordant et avec un humour corrosif. Avec des «mots longs». Cela pour emprunter justement le titre de ses poèmes, traduits du finnois en français et publiés par Gallimard. Premier aveu (est-ce une boutade ou un souhait réel?): «La littérature? C’est surtout du travail, une façon d’exister, une manière d’être… J’aurais aimé être un romancier riche, confie Holappa en s’appuyant d’une manière dalinienne sur sa canne, pour beaucoup voyager et faire l’amour…» Sourire vite caché derrière une expression d’impassible gravité. Au cours de la discussion et en jetant un regard sur une carrière certes réussie mais combien houleuse et tourmentée, on comprendra peut-être le pourquoi des choses… Une stature littéraire imposante… Nommer ses titres, guère exhaustifs, peut paraître fastidieux, mais c’est déjà cerner un peu l’ampleur et l’originalité du personnage. Poète, romancier, essayiste, dramaturge, polémiste, journaliste, traducteur (Baudelaire, Reverdy, Ponge, Sarraute, Robbe-Grillet, Adamov, Beckett, Jarry, Le Clézio, des poètes anglo-saxons – Cunnings, Whitman – et suédois), antiquaire, ministre, Pentti Holappa mord à pleines dents dans la vie et ne semble pas lui faire des concessions. Et nul ne lui fera dire le dernier mot. Un acharné du travail, mais surtout un ardent défenseur des pulsions et des droits des êtres tout en n’oubliant pas de témoigner avec sincérité, sans crainte de la morale ou de la pudibonderie, sur l’essence des choses qui nous donnent force et raison de vivre. Une œuvre foisonnante, variée et riche, oscillant entre philosophie et foi dans la science, entre poésie et prose de fiction, entre témoignage et méditation, invitant le lecteur à réfléchir sur tout ce qui fait un destin, s’est construite sous sa plume depuis 1950. Date charnière et marquant à jamais un destin pour ce poète autodidacte, qui publie un premier recueil intitulé Bouffon dans une galerie de glace. Pour un coup d’essai, ce fut un coup de maître. D’emblée, la voix de Holappa, par sa crudité, son ironie, sa sensualité, son refus de la violence, de l’injustice, sa vigueur humaine, ses innovations littéraires et linguistiques, s’impose dans l’arène littéraire finnoise. De Mika Waltari (succès mondial avec Sinoué l’Égyptien, joyau de la culture et richesse pharonique!) à l’existentialisme angoissé de Jyrrki Kiiskin, en passant par le bouleversant rêve finlandais de Kari Hotakaiten, les fantaisies cristallines de Leena Krohn et le déroutant Pentti Saarikoski, s’érige, avec Holappa, lentement, la nouvelle face d’une Finlande exorcisant son passé, mais jetant un pont sûr vers l’avenir et les contraintes de la modernité. Tout en s’entretenant, dans une analyse constructive de la beauté et de l’indépendance, de sa singulière spécificité. Écriture inlassablement reprise dans ses interrogations les plus profondes, les plus insolites, les plus diverses. Poète Holappa? Certainement un chantre inspiré de la terre et de ses enfants pour ce citoyen du pays de l’épique légende Kalevala où la poésie est une tradition solidement ancrée et coule de source. Flot de mots et de poésie avec des plaquettes qui se succèdent à un rythme régulier. À chaque fois salués avec enthousiasme et succès par le public et la presse. Tamao, jeune dieu de la forêt et de l’océan, se profile, dans une douloureuse et chaotique traversée humaine. Au fil des pages, dans une éblouissante nudité et un érotisme suflureux, Tamao, figure emblématique et allégorique d’un désir inassouvi, est, comme pour Pasolini, à la fois l’ange exterminateur et le séraphin du salut… Le monde est refait aves ses paysages merveilleux et ses lacs aux surfaces lisses comme d’immenses et impassibles aigues-marines négligemment déposées dans des mers de verdures. Tant d’émotions, de rêves, de témoignages, de solitude, d’espoirs, de déchéance et d’élévation dans ces poèmes, usant avec brio et virtuosité d’un langage familier. Avec une prosodie maîtrisée et sans contrainte (on passe facilement de l’alexandrin aux tercets, aux odes ou à la prose incandescente) surgissent des images éclatantes diffusant une lumière tranchante comme du métal acéré. Ce n’est pas pour rien que Pentti Holappa est, depuis 1998, président de l’Académie européenne de poésie. Prix Finlandia pour «Le portrait d’un ami» Ce qui nous ramène à une œuvre capitale, son roman Le portrait d’un ami (Ystävän muotokuva). Un roman qui casse les normes et les conventions et obtient le prix Finlandia, la plus haute distinction littéraire au pays des grands froids. Sans parler des nombreux prix d’État et autres reconnaisances publiques raflés en cours de route par un écrivain à l’écoute de sa plus secrète «intériorité» révélée sans ambages au grand jour. Troublante et scandaleuse narration (telle la voix âpre et péremptoire de Violette Leduc) d’une relation amoureuse entre deux hommes qui, avec le laxisme actuel, semble banale, mais il y a plus d’une décennie était une véritable bombe tant par le sujet tabou traité et la manière ouverte et détaillée de dévoiler les mécanismes d’une sexualité qui ose dire, avec naturel, son nom. C’était choisir son camp, avec courage. «Être ou ne pas être, telle est la question». Oui Hamlet est bien l’une des fréquentations favorites avec Othello et Méphisto de Pentti Holappa. Aujourd’hui, à l’âge de soixante-dix-sept ans, cet éminent homme de lettres d’une fringante jeunesse, à l’hédonisme gidien, est toujours aussi amoureux de la littérature que lors de ses débuts. À part Adonis, Holappa avoue la part d’ombre pour la culture orientale. Mais il promet de se rattraper. De Nice où il passe ses hivers, il vient de publier un journal de guerre tout en précisant qu’il est politiquement engagé et demeure un socialiste chevronné. Dernière pirouette de l’écrivain à qui tout réussit encore: «Satisfait d’être écrivain? On ne peut pas le dire, mais je ne suis pas malheureux. J’ai eu plus de chance que de mérite. Avec l’âge, dit-il en souriant, tout en sachant combien l’on mesure sa modestie, on écrit avec plus de simplicité car on fait moins de théâtre! Et je conseille vivement à tout jeune qui veut prendre la plume de vivre d’abord, d’écrire ensuite…»
HELSINKI, d’Edgar Davidian

Un froid de canard. Moufles, bonnet et manteau arrivent à peine à réchauffer les passants frayant leur chemin sur des routes couvertes de neige. Et puis brusquement, la chaleur réconfortante d’une salle élégante et tout en ton clair dans un design ultrasimple mais chic et net, comme seuls les Finlandais en ont le secret. Devant une vitre faisant transparaître le paysage blanc d’hiver des terres nordiques, sur une table avec tasses et sucrière, attendent café fumant, thé odoriférant et gâteries pâtissières pour le début de l’après-midi. C’est le Centre d’information littéraire finnois où la directrice, Mme Iris Schwanck, nous accueille aimablement, avec un français impeccable. Au rendez-vous: Pentti Holappa, un des plus grands écrivains de Finlande. Regard perçant et...