Les circonlocutions diplomatiques, George W. Bush a définitivement choisi de laisser cela aux hommes du département d’État. Personnellement, il préfère le langage simple, qui présente l’avantage d’être clair et concis, à défaut de respecter les usages en vigueur depuis des temps immémoriaux dans les rapports entre les nations. En quelques mots, le président américain a sans doute jugé qu’il avait fixé le sort de la Syrie. « C’est, a-t-il confié au Yedioth Aharonot, un pays très faible ; c’est pourquoi il est impossible de compter sur lui. » Puis, cette petite phrase : « Assad devra attendre la paix entre Israël et les Palestiniens ; après, on verra ce que l’on peut faire avec lui. »
Est-ce le fait d’avoir choisi un journal israélien pour exposer sa vision de la conjoncture proche-orientale ? Toujours est-il que les propos du président américain ont dû susciter beaucoup de froncements de sourcils dans nombre de chancelleries et autant d’interrogations. Parce que trop faible aujourd’hui, Damas devra attendre son tour, qu’est-ce à dire au juste ? Il n’est point nécessaire de piocher trop profond pour saisir la pensée de l’Administration US. Un thème à la fois, et pour l’heure, priorité au dossier le plus chaud. Dans le même temps que l’on maintiendra la pression sur un régime accusé de tous les maux. La semaine dernière, la Maison-Blanche mettait en garde Syriens et Iraniens contre une immixtion dans les affaires intérieures de l’Irak « qui ne serait pas dans leur intérêt », relayant en cela le ministre irakien de la Défense p. i., Hazem Chaalane, pour qui l’implication de ces deux alliés dans des actes terroristes ne fait pas de doute.
Entre le chef de l’Exécutif américain et Bachar el-Assad, les relations n’ont jamais baigné dans l’euphorie, particulièrement depuis l’adoption par le Conseil de sécurité de l’Onu de la résolution numéro 1559 enjoignant aux troupes syriennes de quitter le territoire libanais où elles se trouvent depuis les premiers jours de juin 1976. Les menaces et les rappels à l’ordre se sont multipliés ces derniers temps, assortis de gestes qui constituent autant de mises en garde. Ainsi, un éminent membre du Parlement syrien, le Dr Mohammed Habache, vient de révéler qu’il avait été refoulé la semaine dernière à l’aéroport Dulles de Washington, au prétexte que son passeport avait été imparfaitement tamponné à l’issue d’une précédente visite aux USA. L’excuse invoquée par un porte-parole du département de la Sécurité intérieure, Robert Bozzo, n’a convaincu personne. « Nous refoulons constamment des visiteurs, a-t-il fait valoir. Comment pouvions-nous savoir que cet individu (“this guy”) était quelqu’un d’important ? » Le geste pourra sembler d’autant plus maladroit que l’intéressé, président du Centre des études islamiques et islamologue modéré, devait assister dans la capitale fédérale à un congrès sur les religions où il devait plaider pour un islam tolérant.
Intraitable en apparence dans leurs relations avec le régime syrien, les États-Unis ferment les yeux sur le rapprochement de plus en plus marqué entre Ankara, leur principal allié dans la région, et Damas. Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan est attendu demain dans la cité des Omeyyades. Au menu de ses entretiens : le dossier régional, bien entendu, mais aussi la crise irakienne, le problème posé par les Kurdes et le partage des eaux de l’Euphrate. Sur les deux derniers points du dossier, le retour au beau fixe a fini par se produire, après une longue période de crise qui a failli déboucher sur la guerre. Aujourd’hui, l’affaire Abdullah Öcalan est oubliée, de même que celle d’un fleuve que les deux pays, avec l’Irak, ont en partage. Il reste les 800 kilomètres de frontières communes – où désormais prévaut le calme – et le cas posé depuis des décennies par le sandjak d’Alexandrette, devenu depuis la province de Hatay, que les Syriens ont fini par se résoudre à ne plus soulever.
La presse turque évoquait hier une prochaine visite en Iran du chef du gouvernement, qui serait suivie d’un déplacement en Israël. Faisant pendant à ces initiatives, il y a les pressions de plus en plus marquées, côté américain, sur l’État hébreu afin qu’il accélère le processus de paix, après les élections palestiniennes du 9 janvier prochain et la concrétisation de « l’union sacrée » Likoud-travaillistes en prévision du démantèlement des points de peuplement à Gaza.
Dans ce vaste schéma en cours de concrétisation, pourquoi donc le pressing sur la Syrie ? Sans doute le besoin américain d’étaler sa force pour n’avoir pas à s’en servir, de dissiper les derniers doutes sur ses véritables intentions et de rassurer les alliés.
Toujours le principe jadis défini par ce vieux Végèce : « Si vis pacem »...
Christian MERVILLE
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Est-ce le fait d’avoir choisi un journal israélien pour exposer sa vision de la conjoncture proche-orientale ?...