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Actualités - Opinion

IMPRESSION La barbe

Ce monticule de paquets glanés au hasard des courses de décembre, je l’ai toujours laissé traîner, recouvert d’un drap, dans un coin d’antichambre, en attendant de le déposer la nuit de Noël sous le sapin, avec une tranche de gâteau et un verre de lait. Le lendemain, au petit matin, Marie s’extasiait devant l’assiette pleine de miettes et le verre bu jusqu’à la dernière goutte. Mais voilà, Marie a découvert les paquets sous le drap. Sans doute a-t-elle toujours soupçonné leur présence sans jamais avoir l’envie d’aller vérifier. Mais la curiosité de ses huit ans avait été la plus forte. Ainsi lui avait-il suffi d’un seul geste pour découvrir d’un même coup l’existence des cadeaux avant l’heure, la disparition du père Noël et le gros mensonge des parents. Les parents le savent, le père Noël est une ordure. Vieil hypocrite qui vient récupérer et l’énergie et les sacrifices, et les acrobaties déployées pour trouver des cadeaux au plus près du rêve soigneusement consigné sur la liste. Même les enfants se posent des questions au sujet de la bête, et pourquoi il apporte aux pauvres des cadeaux de pauvres et aux riches des cadeaux de riches. Pour peu qu’ils soient futés, dans leurs appartements sans cheminées, ils se demandent comment il fera pour entrer sans être découvert, à moins de forcer la porte ou de briser la fenêtre que l’on consent finalement à laisser ouverte par grand froid. Et puis il a une fâcheuse tendance à se galvauder, ce père Noël, avec ses misérables clones qui vont pousser leur «Ho Ho Ho» dans la musique sirupeuse des supermarchés, avec sa barbe en peluche et son costume en acétate qui envahissent les rues, mendient en frappant lourdement aux fenêtres des voitures et font peur aux enfants. Santa Claus, saint Nicolas, père Noël, que de doux mensonges commis en votre nom! Depuis ce jour d’hiver en un temps très ancien où vous fîtes un miracle pour réparer huit petits enfants dépecés par un boucher, la légende vous colle à la barbe. Entre la naissance de l’enfant Jésus et l’arrivée des Rois mages, le calendrier a pris des raccourcis. On vous a pourvu de rennes, de traîneaux volants, d’une fabrique de jouets au pôle Nord où s’affairent de généreux lutins, on vous a donné un fouet pour les garnements, et puis on l’a retiré pour ne pas ternir la fête. On vous a désigné la cheminée, toujours trop étroite pour vous y glisser avec votre hotte, on vous a assorti d’un sapin bariolé pour y déposer vos fardeaux. On vous a donné la vertu d’être partout en même temps, du Nord au Sud et même sous le soleil d’Australie où les saisons vont à l’envers des nôtres. Bon, mais vous les avez bien réparés ces petits enfants? Alors, ne vous perdez pas en chemin, père Noël et n’oubliez pas votre tâche. Les enfants, c’est si fragile. Ça a constamment besoin d’être réparé, un enfant. Peu importe ce qu’il y aura dans votre hotte, les parents y pourvoiront. Pourvu qu’il y ait de l’amour, père Noël, pour mettre un baume sur les mystérieux chagrins des petits. Quant aux illusions, c’est déjà un cadeau que de les perdre. Alors, de vous perdre dans la foulée n’est pas un tel drame. Juste une étoile de plus à suspendre au tableau de la vérité. Fifi Abou Dib
Ce monticule de paquets glanés au hasard des courses de décembre, je l’ai toujours laissé traîner, recouvert d’un drap, dans un coin d’antichambre, en attendant de le déposer la nuit de Noël sous le sapin, avec une tranche de gâteau et un verre de lait. Le lendemain, au petit matin, Marie s’extasiait devant l’assiette pleine de miettes et le verre bu jusqu’à la dernière goutte. Mais voilà, Marie a découvert les paquets sous le drap. Sans doute a-t-elle toujours soupçonné leur présence sans jamais avoir l’envie d’aller vérifier. Mais la curiosité de ses huit ans avait été la plus forte. Ainsi lui avait-il suffi d’un seul geste pour découvrir d’un même coup l’existence des cadeaux avant l’heure, la disparition du père Noël et le gros mensonge des parents.
Les parents le savent, le père Noël...