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Actualités - Opinion

Le Point Dans l’antichambre de l’UE

Une attente qui se prolonge quarante années durant, on a toutes les raisons de trouver cela plutôt long. Mais mieux vaudrait ne pas réveiller ce trop douloureux souvenir chez des Turcs qui devront patienter dix ans supplémentaires avant de voir s’ouvrir devant eux les portes de ce club ultra fermé qu’est l’Union européenne. Entre-temps, le sommet des 25 qui se réunit aujourd’hui et demain à Bruxelles aura pour tâche de donner son feu vert aux négociations à venir. Une décision qui semble acquise d’avance, à moins de possibles « déraillements », a prévenu le Premier ministre néerlandais Jan Peter Balkenende. Improbable éventualité à en juger par le vote des eurodéputés, qui se sont prononcés hier à Strasbourg par 407 voix contre 262 en faveur de l’ouverture des pourparlers. Pour le ministre allemand des Affaires étrangères Joschka Fischer, dont le pays est le plus ardent défenseur de cette candidature, le débat de ce week-end représentera « le plus grand défi depuis la chute du Mur » et plus tard, l’adhésion d’Ankara sera « aussi importante pour le Vieux Continent que le D-Day » (le jour du débarquement, il y a de cela soixante ans). Et de préciser, comme pour justifier un rapprochement aussi audacieux : « Une Turquie moderne, tolérante, à l’islamisme modéré aurait un grand impact sur l’ensemble du monde islamique. » Cela en réponse aux pays « tièdes », d’avance effrayés par un regroupement trop multiculturel à leur goût et hantés par la crainte de perdre leur identité. La semaine dernière à Berlin, Angela Merkel ne disait pas autre chose au congrès annuel de l’Union chrétienne-démocrate qu’elle préside en décrétant qu’un tel brassage avait échoué et que mieux vaudrait pour tout le monde un partenariat privilégié. Pas question, a aussitôt rétorqué Recep Tayyip Erdogan. Le chef du gouvernement turc juge que l’adhésion de son pays devra être pleine et ne pas se faire à des conditions inacceptables ; et pour son chef de la diplomatie Abdullah Gül, le pays a déjà accompli les efforts attendus de lui. De fait, les réformes suggérées par le Fonds monétaire international ont été accomplies. Le résultat : une stabilité inespérée il y a peu et une inflation en grande partie jugulée. Cette année, prévoient les économistes, la croissance atteindra 7,9 %, un chiffre qu’envieraient nombre d’États membres de l’Union. Nul ne veut l’admettre, mais Chypre et la question arménienne constituent deux des thèmes qui plombent le dossier. S’agissant du premier, la Communauté attend un ferme engagement à la reconnaissance de facto de la République chypriote, née dans la foulée de l’invasion de 1974 ayant abouti à la partition de l’île. Quant au second point, le ministre français des AE Michel Barnier a fait savoir mardi qu’il sera soulevé « tout au long de cette négociation », prononçant au passage – mais seulement parce qu’il reprenait l’expression utilisée par un député – le mot de « génocide » qui hérisse tant les Turcs. La difficulté que représente cette affaire avait été fort habilement contournée quand le 18 janvier 2001, l’Assemblée nationale avait adopté une loi qui dispose dans son article unique « la reconnaissance publique du génocide arménien de 1915 » sans toutefois en désigner les responsables. L’autre problème de taille est d’ordre à la fois religieux et démographique. L’incorporation dans l’entité européenne d’une nation asiatique dans son immense majorité géographique et forte d’une population de 70 millions d’âmes fera passer le pourcentage de musulmans de 3 % actuellement à 20 %. De plus, les frontières de l’UE se trouveront repoussées jusqu’aux lignes délimitant les contours de l’Irak, de l’Iran et de la Syrie. Prudente, la Commission européenne avait recommandé dès le 6 octobre dernier « un processus ouvert, dont le résultat ne peut être garanti avant terme ». Mais Ankara ne veut pas entendre parler de ce que par avance il appelle « une adhésion de seconde classe ». Au cas où l’on chercherait à nous imposer des clauses spéciales dites de sauvegarde permanente, menacent les Turcs, nous claquerons la porte, car des restrictions constitueraient une violation de la loi. On imagine sans peine ce que représenterait pareille décision pour un pays déjà membre de l’Otan et de l’Ocde, ayant signé un accord d’association dès 1963 puis présenté en 1987 une candidature officiellement reconnue en 1999. Pareille patience mériterait-elle une juste récompense ? Pragmatique, Erdogan a déjà fait passer le mot d’ordre peu avant son départ pour la capitale belge : « La politique, a-t-il dit, ne doit pas céder le pas à l’émotion et nous devons garder la tête froide. » Et encore ceci : « Nous voulons engager ce processus avec maturité. » Christian MERVILLE
Une attente qui se prolonge quarante années durant, on a toutes les raisons de trouver cela plutôt long. Mais mieux vaudrait ne pas réveiller ce trop douloureux souvenir chez des Turcs qui devront patienter dix ans supplémentaires avant de voir s’ouvrir devant eux les portes de ce club ultra fermé qu’est l’Union européenne. Entre-temps, le sommet des 25 qui se réunit aujourd’hui et demain à Bruxelles aura pour tâche de donner son feu vert aux négociations à venir. Une décision qui semble acquise d’avance, à moins de possibles « déraillements », a prévenu le Premier ministre néerlandais Jan Peter Balkenende. Improbable éventualité à en juger par le vote des eurodéputés, qui se sont prononcés hier à Strasbourg par 407 voix contre 262 en faveur de l’ouverture des pourparlers.
Pour le ministre allemand...