Le Suisse Roger Federer, à 23 ans seulement, est déjà entré au Panthéon du tennis mondial à la suite de sa victoire expéditive sur l’Australien Lleyton Hewitt (6-3, 6-2) dans la finale du Masters de Houston (États-Unis).
« Je ne pense pas avoir vu quelqu’un jouer aussi bien dans ma vie », s’est émerveillé Hewitt, pourtant revenu à son meilleur niveau après la longue éclipse ayant suivi en 2003 ses deux couronnes de n° 1 mondial en 2001 et 2002.
Quant à l’Américain Andy Roddick, n° 1 mondial l’an dernier, il a perdu en demi-finale à Houston. Quand il avait terminé la saison 2003 au premier rang, les spécialistes avaient bien senti que cette place ne tarderait pas à revenir à Federer. Le champion suisse, assuré de la tenir dès sa victoire à l’US Open, s’en est emparé de belle manière en 2004. Depuis sa victoire dans le Masters précédent, il a remporté 23 succès consécutivement sur des joueurs du top ten, ce qui situe la marge énorme qui le sépare désormais de ses adversaires.
Le meilleur de tous les temps
À son palmarès, il a ajouté depuis le mois de janvier onze titres, dont trois du grand chelem, à Melbourne, Wimbledon et l’US Open, et celui du Masters. Son seul véritable échec concerne son élimination au deuxième tour des Jeux olympiques d’Athènes.
« C’est presque trop beau, cette saison que j’ai connue », s’étonne-t-il lui-même, pendant que les louanges ne cessent de se déverser sur sa tête. « Il joue un tennis phénoménal », commente le sage Britannique Tim Henman, habituellement avare de compliments. Quant à l’Américain John McEnroe, qui fut en son temps un autre phénomène, il commence à voir en lui « le meilleur de tous les temps ».
Le plus incroyable est que Federer soit parvenu à une telle maîtrise de ses nerfs alors qu’il n’arrêtait pas de jeter sa raquette et qu’un rien suffisait à le déstabiliser il n’y a pas si longtemps encore. Son registre technique, absolument sans faille, est servi par une vitesse de déplacement stupéfiante quand le nouveau n° 1 mondial, tel un grand fauve, ne donne pas l’impression de s’engourdir dans une somnolence trompeuse.
Par la grande porte
En l’obligeant à déclarer forfait pour les tournois de Bâle, de Madrid et de Paris-Bercy avant Houston, de petits signes d’alerte concernant sa santé lui auront rendu le meilleur service. « Il faut toujours se ménager des plages de repos au cours de la saison », en a-t-il déduit. Son nouveau statut lui en donnera davantage la possibilité l’an prochain. Déjà, il a fait savoir qu’il ne faudrait pas compter sur lui pour la Coupe Davis. Étant donné la faiblesse de ses équipiers, la conquête du « saladier » semble en effet un objectif hors de portée.
En revanche, il peut fort bien envisager de transformer son « petit » chelem en grand chelem, en s’imposant pour la première fois à Roland-Garros. Quatre victoires dans les tournois majeurs la même année, même l’Américain Pete Sampras au sommet de son art n’est pas parvenu à les obtenir.
Du coup, Federer, que la gloire n’a absolument pas changé et dont la gentillesse s’accompagne d’un esprit d’analyse exceptionnel, entrerait au Panthéon par la grande porte.
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