L’effondrement de la tribune du 22 novembre nous aura au moins fait sourire. Désabusés sinon amers, nous continuons, contre vents et marées, à commémorer ce jour où le Liban a enfin cru se libérer des tutelles et accéder à la majorité qui lui permettait de gérer ses affaires tout seul, comme une grand. Mais voilà, force nous est de constater que «la perle des deux Orient», dont « la gloire et la fierté remplissent les deux pôles », n’est en réalité que notre petit pays, petit poisson, pas de quoi faire une chanson. Un anniversaire vaut toujours une fête, parce qu’il est d’abord une belle manifestation de la vie. C’est qu’il en a vu, le Liban, et il est toujours là. Indépendance ou pas, ne nous privons pas de célébrer son existence. Il reste si peu à célébrer.
Plus qu’un clin d’œil ironique, l’effondrement de cette tribune est un message du hasard. En France, pour les défilés militaires du 14 Juillet, les organisateurs ont pendant longtemps négligé de pourvoir les gradins d’un auvent contre la pluie. La question protocolaire qui se posait le plus souvent était de savoir s’il pleuvrait ce jour-là. Juillet est traître à Paris, et souvent il pleuvait. Et souvent, par respect pour les militaires qui défilaient stoïques et impassibles, des gouvernements entiers se laissaient tremper, aussi fiers, tête nue, que des polytechniciens au casoar en berne. Il était impensable de se faire porter un parapluie par une intendance pourtant aux petits soins. Est-ce pour cela que l’on nomme les gradins des officiels « tribune d’honneur»? Indépendance ou pas, on peut avoir l’humilité de l’apprendre des autres : il n’est d’honneur que dans la solidarité.
En ce 22 novembre 2004, notre armée aura passé la veille à astiquer ses rangers et ses boutonnières, à fourbir ses armes et serrer ses rangs, à répéter le pas de l’oie, pas d’automate inutile et solennel, mais qui fait toujours son effet. Nous pourrons toujours nous interroger sur la masse des impôts qui vont huiler cette machine à parades qui boude la guerre pour le principe, le feu parce qu’il y a les pompiers, l’environnement parce qu’il y a Sukleen, mais qui est toujours prompte à dompter la jeunesse, cette hydre capricieuse aux idéaux dangereux. Il n’est pas si loin le temps où l’armée libanaise organisait des campagnes d’affichage avec la bouille adorable d’un enfant heureux affublé d’un béret. Campagne à double sens, qui présentait le militaire comme un rêve d’enfant et qui promettait en retour la protection de l’enfance. Depuis, silence embarrassé. Une chose est sûre, indépendance ou pas, l’armée a beaucoup à faire pour reconstruire son image. Financée par un peuple exsangue, elle ne peut plus se présenter comme un luxe, même dans la Suisse du Moyen-Orient que nous prétendons être. À défaut de garder nos frontières, défendra-t-elle un jour notre liberté de penser ?
Fifi AbouDib
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’effondrement de la tribune du 22 novembre nous aura au moins fait sourire. Désabusés sinon amers, nous continuons, contre vents et marées, à commémorer ce jour où le Liban a enfin cru se libérer des tutelles et accéder à la majorité qui lui permettait de gérer ses affaires tout seul, comme une grand. Mais voilà, force nous est de constater que «la perle des deux Orient», dont « la gloire et la fierté remplissent les deux pôles », n’est en réalité que notre petit pays, petit poisson, pas de quoi faire une chanson. Un anniversaire vaut toujours une fête, parce qu’il est d’abord une belle manifestation de la vie. C’est qu’il en a vu, le Liban, et il est toujours là. Indépendance ou pas, ne nous privons pas de célébrer son existence. Il reste si peu à célébrer.
Plus qu’un clin d’œil ironique,...