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Actualités - Interview

Épouses d’ambassadeurs

Ce n’est pas un métier, encore moins une vocation, mais plutôt un choix de vie et surtout le choix d’un homme, l’homme de leur vie, avec qui, pour le meilleur, et parfois le moins facile, elles ont été jusqu’au bout du monde. Auprès de ces hommes, diplomates de carrière, se tiennent, discrètes mais présentes, des femmes que l’on découvre à toutes les occasions officielles et celles, un peu moins formelles, comme cette rencontre autour de quelques mots. La première se fera avec Catherine Lecourtier, à la veille de son retour en France. Catherine Lecourtier, une femme de communication Le lieu est majestueux, porteur d’histoire et d’émotions. Il a recouvré la vie, après de sérieuses blessures de guerre, et retrouvé pleinement sa fonction initiale, en 1998, avec l’ambassadeur Daniel Jouanneau et son épouse, puis avec l’arrivée de Philippe et Catherine Lecourtier, il y a quatre ans. Un arbre centenaire semble veiller sur ses souvenirs, silencieux et à la fois si bavard. Il est dix-sept heures, l’heure entre chien et loup, ce tendre moment où le ciel est bleu gris, où la nuit vient en toute douceur prendre possession des couleurs et des humeurs. Une lune naissante, auréolée d’une légère brume, fait écho au drapeau français, qui couronne cette somptueuse Résidence des Pins, éclairé d’un puissant projecteur. Un chat affectueux rôde, locataire privilégié, et nous accompagne jusqu’à la porte d’entrée ouverte aux visiteurs. « Madame Lecourtier vous attend. » L’épouse de monsieur l’ambassadeur nous attend et nous reçoit, souriante et amicale. Avec juste ce qu’il faut de fermeté et de diplomatie qu’imposent sa fonction et certainement son caractère. Mais ce serait compter sans son humour qui, peu à peu et au fil d’une conversation également légère, va subtilement accompagner ses propos. La politique en commun « J’aurais aimé être journaliste politique. Je faisais Science Pô pour être journaliste. » Catherine Lecourtier a également fait Science Pô par amour pour la politique et pour suivre un jeune étudiant, Philippe – « il avait un an d’avance sur moi » – qui l’épousera très vite. « Je ne sais pas si je l’aurai suivi en médecine ! », précise-t-elle le ton amusé. Et d’avouer, presque tendrement, lorsqu’on lui demande leur nombre d’années de mariage : « Je crois qu’on a toujours été marié. » Et, depuis toujours, depuis ce jour-là et celui où son époux a intégré l’Ena et a choisi sa voie, le Quai d’Orsay, elle savait que sa vie serait faite de « chapitres », ouverts au gré des missions et refermés quelques courtes années plus tard. « Ça ne m’a pas posé de problèmes, c’est la règle du jeu. On joue avec ces règles, quelquefois je me suis amusée, d’autres, j’ai beaucoup aimé. On s’y fait, on s’endurcit avec le temps. À la veille de chaque départ, on se sent un peu triste, confie-t-elle à l’heure des bilans et du retour en France. C’est un chapitre qu’on termine. » Durant toutes ces années passées, il y aura Rome, première escale où Philippe Lecourtier est deuxième secrétaire d’ambassade, Tokyo, où il est ministre conseiller à l’ambassade, puis Rome à nouveau, dix ans plus tard. « Nous n’avons pas réussi à couper le cordon avec l’Italie ; nous avons même fini par acheter une maison là-bas pour y passer nos vacances en famille. Le premier poste est toujours très attachant. On y met son entrain. » Ces tranches de vie seront entrecoupées de retours, nécessaires, à Paris. « C’est bon de rentrer chez soi, retrouver ses repères pour quelques années. Et puis à Paris, je travaille. » Relations publiques, organisation de colloques et manifestations diverses, et un passage par l’univers de la mode. « J’aime surtout connaître, essayer de comprendre les gens, les mettre en contact et monter des événements. » Avant d’endosser à nouveau le métier d’épouse d’ambassadeur. Un métier de représentation Mon rôle ? « Celui d’une hôtesse qui s’occupe d’une maison d’État. Ce métier de représentation est très enrichissant. On découvre des pays, des cultures différentes et des personnes. » Un rôle pas toujours facile, et dont son époux a souvent souligné l’importance dans ses interviews, en précisant : « C’est notre moitié, notre alter égo, quelqu’un qui a son propre rayonnement. » Catherine Lecourtier semble s’être parfaitement adaptée à cette règle de vie. « On arrive avec des livres, des disques, quelques photos, obligés de se refaire de nouvelles habitudes qu’il faut assez vite quitter. » Alors, on refait ses valises, pour mieux repartir. « J’ai l’angoisse de la valise ! avoue-t-elle avec un sourire presque complice. Mon père était officier de marine. Le déménagement est dans nos gènes, mais en même temps, cette angoisse est assez risible. Je ne sais pas faire des valises... » Du Liban qu’elle quitte pour retrouver définitivement Paris, car son époux prend sa retraite dans deux ans, elle gardera un souvenir particulier : « Un pays très accueillant, très chaleureux, où il n’y a aucune barrière de langue. Mais surtout un pays, et ce n’est pas un cliché, où se mélangent l’Orient et l’Occident, avec des gens terriblement orientaux qui vivent dans un pays très occidentalisé. Un carrefour de toutes les civilisations mais avec une certaine ambiguïté. Ce n’est pas une critique, mais une constatation. » Chez elle l’attendent sa maison, ses habitudes perdues, aussitôt retrouvées, et des souvenirs de rencontres, de 14 Juillet mémorables, de soirées grandioses et la famille. Trois enfants dont deux ont « fait comme leur père ». « Mon aîné et ma fille travaillent au ministère des Finances. Entre les deux, il y a un fils qui a choisi l’hôtellerie en Suisse. » Alors, un livre peut-être ? « J’écris beaucoup dans ma tête ; la nuit, les phrases arrivent seules. Le lendemain, on les oublie. » Et elle devint écrivain... « Non, je ne pense pas. » Dernier regard sur la sublime Résidence des Pins, la Résidence de France, devenue pendant ces dernières années la demeure des Lecourtier. Pas de regret ni de nostalgie à l’heure de boucler ces fameuses et détestables valises. « Évidemment, il y a les “j’ai fait, je ne referai plus” que l’on se répète souvent, mais j’essaie toujours de regarder en avant ; c’est une question de discipline. » Carla HENOUD
Ce n’est pas un métier, encore moins une vocation, mais plutôt un choix de vie et surtout le choix d’un homme, l’homme de leur vie, avec qui, pour le meilleur, et parfois le moins facile, elles ont été jusqu’au bout du monde. Auprès de ces hommes, diplomates de carrière, se tiennent, discrètes mais présentes, des femmes que l’on découvre à toutes les occasions officielles et celles, un peu moins formelles, comme cette rencontre autour de quelques mots. La première se fera avec Catherine Lecourtier, à la veille de son retour en France.

Catherine Lecourtier,
une femme de communication

Le lieu est majestueux, porteur d’histoire et d’émotions. Il a recouvré la vie, après de sérieuses blessures de guerre, et retrouvé pleinement sa fonction initiale, en 1998, avec l’ambassadeur Daniel Jouanneau et son...