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Actualités - Opinion

Le point Changement de cap

Des seniors de l’Administration américaine version 2000, il reste Tom Ridge, secrétaire à la Sécurité intérieure, déjà assis sur un siège éjectable. Six autres ministres ont choisi de renoncer à leurs inconfortables fauteuils et l’on voudrait bien se laisser tenter par l’idée qu’ils l’auraient fait de leur plein gré – ce qui, hélas, ne semble pas être le cas. Au total, tous les postes ministériels touchant à la sécurité auront ainsi changé de titulaires, à l’exception notable de celui de la Défense, détenu par Donald Rumsfeld. Pourquoi ce grand chamboulement ? La réponse s’impose d’elle-même : dans un pays devenu l’unique superpuissance mondiale et sur lequel donc les projecteurs de l’actualité demeurent constamment braqués, les quatre années écoulées ont mis en évidence de graves lacunes, des échecs même qu’il importait de corriger. Toute la question est de savoir si, avec l’opération déclenchée lundi dernier, George W. Bush s’est engagé dans la bonne voie ou si, désormais lancé à toute vitesse sur les rails yankees, le monde ne va pas verser dans l’abîme. Il est indéniable qu’à l’image de l’Amérique, le 43e bis président préfère l’uniformité à la diversité. Affaire de tempérament sans doute et aussi de vision du monde à (re)construire, lequel devra nécessairement renoncer à son rêve de multipolarité pour s’aligner sur le Big Brother. D’où sans doute le choix de Condoleezza Rice pour succéder à Colin Powell, une décision qui a semé le désarroi dans le landernau de la diplomatie internationale. « Elle est le visage de l’Amérique », a dit le chef de l’Exécutif US en présentant à la presse celle qui fut, les quatre dernières années durant, sa conseillère en matière de sécurité nationale. John Bolton, murmure-t-on dans la capitale fédérale, pourrait lui être adjoint, ce qui constituerait un signal, l’actuel sous-secrétaire d’État pour la Sécurité internationale et le Contrôle des armes passant pour être fort proche des milieux conservateurs. La « Warrior Princess » (princesse de guerre), ainsi que l’ont surnommée les membres de son cabinet, avait été transformée par le 11 septembre. À en croire David Frum, auteur d’un récit sur les heures qui suivirent les attentats, elle aurait pleuré au soir de cette journée dans l’intimité de son appartement, ce qui la rend tout de même un peu plus humaine qu’elle ne veut le laisser apparaître. On voudrait voir une autre preuve qu’elle n’est « dame de fer » que pour les besoins de l’emploi dans ses deux passe-temps favoris. La 66e secrétaire d’État en effet est une pianiste accomplie – elle a renoncé à une carrière professionnelle, estimant n’être pas assez douée - et une ancienne patineuse de compétition, deux hobbies qui devraient la qualifier pour aborder habilement son nouveau « job ». À quoi s’ajoute le fait qu’amie de la famille Bush, elle a l’oreille du locataire de la Maison-Blanche, ce qui lui avait permis de réaliser l’extraordinaire tour de force, à la veille de l’invasion de l’Irak, de soutenir le point de vue de la paire Rumsfeld-Wolfowitz, qui tenait à déclencher au plus vite la guerre et d’appuyer auprès de Bush la position de Colin Powell, favorable, auparavant, à un large appui européen. Au soir de sa nomination, le sénateur républicain du Tennessee, Lamar Alexander, notait que ses pairs à l’étranger allaient se demander : « Combien proche est-elle du président ? » Et il répondait : « Elle se tient à un pouce de lui. » C’est bien pourquoi il faut croire qu’elle hésiterait beaucoup avant de songer à le contredire. En attendant de la voir à l’œuvre, « Arroz », ainsi que l’a surnommée Dubya lui-même, bénéficie d’un préjugé favorable. Après tout, dit-on dans les capitales du Vieux continent comme pour se rassurer, elle pourrait constituer un bien utile contrepoids à la funeste influence du tout-puissant Dick Cheney, et rien ne prouve qu’elle s’en tient encore à l’axiome qu’elle énonçait immédiatement après les attaques contre le World Trade Center : « Punir la France, ignorer l’Allemagne, pardonner à la Russie. » Aujourd’hui, à en croire ses proches, elle serait plutôt pragmatique que faucon et pourrait aller jusqu’à esquisser un pas en direction de Paris. Après tout, ses mentors n’ont-ils pas noms Colin Powell et Brent Scowcroft – son prédécesseur auprès de Bush père –, tous deux adeptes de l’homéopathie diplomatique ? Certes, mais l’étudiante, à l’université de Denver, d’un réfugié tchécoslovaque du nom de Joseph Korbel, père d’une certaine Madeleine Albright, a constamment privilégié la poigne aux ronds de jambe à l’honneur dans les chancelleries. Ce sera la force, il faut le craindre, plutôt que la souplesse qui primera quand sonnera pour elle l’heure d’attaquer les dossiers « chauds » : Irak, Iran, conflit arabo-israélien, Corée du Nord, terrorisme. Serait-ce donc que la diplomatie guerrière est l’art de faire de la politique mais par d’autres moyens ?... Christian MERVILLE
Des seniors de l’Administration américaine version 2000, il reste Tom Ridge, secrétaire à la Sécurité intérieure, déjà assis sur un siège éjectable. Six autres ministres ont choisi de renoncer à leurs inconfortables fauteuils et l’on voudrait bien se laisser tenter par l’idée qu’ils l’auraient fait de leur plein gré – ce qui, hélas, ne semble pas être le cas. Au total, tous les postes ministériels touchant à la sécurité auront ainsi changé de titulaires, à l’exception notable de celui de la Défense, détenu par Donald Rumsfeld. Pourquoi ce grand chamboulement ? La réponse s’impose d’elle-même : dans un pays devenu l’unique superpuissance mondiale et sur lequel donc les projecteurs de l’actualité demeurent constamment braqués, les quatre années écoulées ont mis en évidence de graves...