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Actualités - Opinion

IMPRESSION Patrimoine

C’est un fait, nous ne souffrons décidément pas de ce fameux « complexe du musée » dont parle Bachelard, cette tendance des peuples et des individus à serrer, contre vents et marées, des traces de leur histoire dans des lieux immuables pour les préserver de l’oubli. Notre musée national est un musée archéologique. Superbement reconstruit, il recèle le meilleur de ce qu’ont laissé des ancêtres qui ne sont pas forcément les nôtres tant ce pays est en perpétuelle mutation. Préhistoire, âge du bronze, âge du fer, période hellénistique, période romaine, conquête arabe et période mamelouke, autant de gens qui sont passés par là, qui ont vécu sur cette terre, chasseurs, agriculteurs, le plus souvent guerriers. Longtemps nos aïeux ont vécu avec ces trésors. Ils faisaient partie de leur paysage. La mer exhumait des tessons irisés, des statuettes votives que les pêcheurs revendaient à vil prix à quelque amateur éclairé. Les champs recelaient des bornes gravées par des soldats romains en mal de repères. Les paysans passaient devant ces curiosités sans chercher à comprendre, admettant avec une philosophie toute terrienne que le passé appartient au passé. L’idée d’un musée national est une idée française. C’est un officier en garnison, Raymond Weill, qui, en 1919, a cédé sa petite collection aux autorités de l’époque, à charge pour elles de la conserver en lieu sûr. Pendant ce temps, le musée de l’AUB faisait discrètement son petit bonhomme de chemin, grâce à la contribution d’archéologues passionnés qui ont su créer une émulation. Par ailleurs, nous avons bien un musée d’art contemporain. Mais si le musée Sursock s’attache à conserver d’excellentes productions de talents locaux, il ne dispose pas de fonds pour s’offrir des acquisitions susceptibles de drainer un public international. Voilà pour les hauts lieux. Le reste, même le petit musée de Gibran à Becharré, ne présente qu’un caractère anecdotique. Rien ne vient exprimer cette fierté nationale, cette identité glorieuse que l’on se cherche dès lors qu’on veut expliquer le rayonnement du présent par les illuminations du passé. Longtemps nos sites archéologiques ont servi d’aires de pique-nique. Et ne parlons ni de l’état des plages, ni de celui des forêts. Le patrimoine, rien qu’à constater les ravages actuels des bulldozers, et malgré quelques initiatives encore très insuffisantes, le patrimoine donc, le Libanais s’en fiche. Une réflexion s’impose parfois sur le pourquoi de ce vandalisme systématique, sur cette absence de conscience collective. Une réponse est bien sûr dans la disparité qui nous pousse à cultiver un individualisme primaire. L’autre est dans la notion même de patrimoine, idée paternelle dans une culture somme toute matriarcale. Tout se passe comme si de génération en génération, au lieu de conserver et de cultiver ce qui a été fait, la nécessité de détruire s’impose avec l’idée de faire mieux. Parricide détourné sous le prétexte du progrès, table rase salvatrice quand le poids des ancêtres écrase le présent. Le peu qui reste de notre courte mémoire, nous sommes toujours prompts à l’effacer. Ceci expliquant cela, nous sommes incapables de prospection, ni de plans à long terme. Les événements nous portent et font de nous des jouisseurs insouciants. Nos dirigeants, nous nous contentons de critiquer leurs faiblesses sans tenter une seule action pour leur imposer une volonté nationale. C’est simple, nous agissons comme s’ils n’existaient pas. Ces touristes que nous appelons de tous nos vœux, qu’avons-nous à leur offrir ? Souvent cette question nous taraude : qu’y a-t-il à voir ou même à faire chez nous ? Et pourtant, Michel, Maurice, Vincent, tant d’étrangers venus ici en mission, souvent contraints, n’ont qu’une envie : rester le plus longtemps possible. Au Liban, il n’y a peut-être pas grand-chose à voir, mais tant de choses à vivre. Notre patrimoine, c’est nous, notre chaleur, notre aptitude à savourer le présent, à cultiver l’amitié. Et l’amitié, comme dit la chanson, ce n’est pas un paysage. Fifi Abou Dib
C’est un fait, nous ne souffrons décidément pas de ce fameux « complexe du musée » dont parle Bachelard, cette tendance des peuples et des individus à serrer, contre vents et marées, des traces de leur histoire dans des lieux immuables pour les préserver de l’oubli. Notre musée national est un musée archéologique. Superbement reconstruit, il recèle le meilleur de ce qu’ont laissé des ancêtres qui ne sont pas forcément les nôtres tant ce pays est en perpétuelle mutation. Préhistoire, âge du bronze, âge du fer, période hellénistique, période romaine, conquête arabe et période mamelouke, autant de gens qui sont passés par là, qui ont vécu sur cette terre, chasseurs, agriculteurs, le plus souvent guerriers. Longtemps nos aïeux ont vécu avec ces trésors. Ils faisaient partie de leur paysage. La mer...