Depuis quelques années, le 22 novembre et ses alentours sont des jours de sinistre mémoire pour les étudiants. Et pour cause: inlassablement, depuis la fin des années 90, les étudiants de l’opposition sont descendus dans la rue chaque année à cette date pour protester contre la tutelle syrienne sur le Liban et revendiquer le rétablissement de la souveraineté et de l’indépendance, allant toujours au-devant du danger.
Les rassemblements organisés pour « commémorer le deuil de l’indépendance » ont à chaque fois été brutalement réprimés par les forces de l’ordre, à l’exception d’une seule fois, en novembre 2000, lorsque les jeunes avaient pu manifester massivement, pacifiquement et en musique, place du Musée, après une marche mémorable et bien encadrée le long de la rue de Damas, sous les regards des soldats de l’armée, des FSI et des services de renseignement en civil. En novembre 2000, les écoles avaient participé au mouvement de masse, et c’est par milliers que les étudiants s’étaient retrouvés symboliquement devant le Musée pour dénoncer la confiscation de la décision politique par Damas. Autre élément important, les étudiants de gauche, dont la plupart font désormais partie de la Gauche démocratique, avaient également pris part à la manifestation.
Jamais plus, au cours des années suivantes, un mouvement de contestation pour l’indépendance ne devait rassembler autant de personnes. L’année suivante, les événements d’août 2001 – surtout la répression, le 9, devant le Palais de justice par les services de renseignements en civil – devaient asséner un coup brutal et fatal aux militants actifs et briser la dynamique estudiantine.
Cette année, les étudiants de l’opposition, le courant aouniste et les partis « souverainistes » en tête, mais aussi – très probablement – la nouvelle gauche et le gros des troupes universitaires ont décidé d’organiser une manifestation à l’occasion de l’indépendance, qui est apparemment prévue pour le 19 novembre. L’objectif du test: clamer haut et fort, une fois de plus, devant les caméras du monde entier, dans la rue, que les étudiants refusent le fait accompli et que le Liban doit redevenir un pays indépendant et souverain. Les étudiants veulent également prouver qu’ils sont déterminés à continuer à transformer la rue en un espace de liberté et à briser le mur de la peur sécuritaire. Ils veulent enfin montrer qu’ils sont toujours solidaires. D’où le fait que des efforts sont actuellement déployés pour assurer le maximum de représentativité au niveau des appartenances et des sensibilités politiques sur le terrain.
Deux questions fondamentales se posent à la veille de ce qui pourrait s’avérer être une nouvelle confrontation entre étudiants et forces de l’ordre, à l’heure où le Liban, après la 1559, est sous observation internationale.
Comment le nouveau ministre de l’Intérieur, qui fera – l’expression est cynique – « ses premières armes » sur le terrain le 19 novembre, compte-t-il se comporter face au phénomène des manifestations estudiantines de l’opposition. Se démarquera-t-il du style musclé qui a prévalu ces dernières années? Nul doute que ce premier test sera très concluant pour tout le monde, d’autant que le nouveau gouvernement s’est juré, dans la déclaration ministérielle, de respecter les libertés publiques.
Si la première question concerne le pouvoir, la deuxième est dirigée aux leaders de l’opposition. Comment réagiront-ils face à l’initiative des jeunes de braver une fois de plus tous les dangers pour exprimer, sur le terrain, leurs revendications? Se contenteront-ils d’assister en spectateurs, avant de réagir ultérieurement pour aider les étudiants interpellés à sortir des postes de police, ou prendront-ils part à ce mouvement, une manière de le légitimer et, surtout, de le protéger ? La réponse dans les jours qui viennent.
Michel HAJJI GEORGIOU
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Les rassemblements organisés pour « commémorer le deuil de l’indépendance » ont à chaque fois été brutalement réprimés par les forces de l’ordre, à l’exception d’une seule fois, en novembre 2000, lorsque les jeunes avaient pu manifester massivement, pacifiquement et en musique, place du Musée, après une marche mémorable et bien encadrée le long de la rue de Damas, sous les regards des...