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Actualités - Chronologie

Le Point Lendemain incertain

C’est une meute de loups (comprendre les terroristes) poursuivant une proie dans la forêt. Une voix off dit : « On ne peut pas confier un pays à John Kerry. » Les démocrates ne sont pas en reste qui martèlent à longueur de journée des messages à faire pâlir de jalousie les plus agressifs des publicistes. Ainsi, Bill Clinton a volé la semaine dernière au secours des siens, développant une argumentation qui n’a pas tardé à porter ses fruits. L’un, a-t-il fait valoir, cherche à vous effrayer ; l’autre vous pousse à réfléchir. L’un fait appel à vos craintes, l’autre à vos espoirs. Sa conclusion : mieux vaut voter pour celui qui vous porte à réfléchir et à espérer. Tout le monde a compris, bien qu’aucun nom n’ait été prononcé. Au moins, croit-on, les apparences sont sauves. Cette campagne électorale, marquée par la passion et le poison, aura été, tout le monde s’accorde à le reconnaître, la plus haineuse de l’histoire politique des États-Unis. C’est-à-dire la plus négative, selon 51 pour cent des personnes interrogées. Le résultat ? Tout un peuple pris en otage par les deux grands partis qui sollicitent ses faveurs ; des slogans qui sont autant de viols de la conscience de chacun ; et, répercutés par une presse qui cherche à se faire pardonner son alignement aveugle sur l’Administration en place dans les premiers mois de la guerre d’Irak, des incidents d’une étonnante violence dans un pays qui a constamment cherché à donner de lui l’image d’une nation policée. Dans les dernières semaines de la course, George W. Bush et John Kerry ont dépensé chacun 9 millions de dollars par jour pour exposer leurs points de vue – à peu de détails près identiques – sur les grands sujets de l’heure. Cela sans compter les 527 groupes dits « indépendants » qui ont injecté près de 400 millions dans la course. Sans compter aussi cette armada de 20 000 avocats aujourd’hui mobilisés pour monter à l’assaut de la forteresse adverse après la proclamation des résultats. Sondage du magazine Time : 48 pour cent des Américains pensent que le vainqueur, quel qu’il soit, verra son élection contestée et sera considéré comme illégitimement désigné ; 56 pour cent sont favorables à l’abolition du collège électoral, cette institution qui peut parfois – ce fut le cas lors du scrutin passé, à la suite de la mascarade floridienne – aller à l’encontre de la vox populi. Deux chiffres qui laissent rêveur alors qu’il y a peu, aucun Américain bien né n’aurait songé à remettre en cause le choix du nouveau locataire de la Maison-Blanche, encore moins le mode de son élection. Jusqu’aux dernières heures de ces folles semaines où ne leur auront été épargnés aucun match de base-ball, aucune rencontre avec des anciens (Corée, Vietnam, peu importe la guerre pourvu qu’on ait les vétérans), aucune visite d’une école maternelle ou d’une associations de vendeuses de grands magasins, le président sortant et son challenger ont maintenu le rythme de leurs déplacements. Pour l’occasion, les pointes au curare se sont multipliées. Bush à Miami : » Kerry est entré dans le hall des célébrités du flip flop. » Kerry, sans à aucun moment citer nommément le président : « À ceux qui mènent campagne sur le thème des valeurs de cette nation, je voudrais demander où sont ces valeurs dès lors qu’il s’agit des impôts, des écoles et des soins à donner aux enfants. » Les journalistes ont observé, un rien amusés, que Doubleyou s’est rendu à 44 reprises en Pennsylvanie, l’un des grands « swinging states » auxquels il incombera de trancher en faveur de l’un ou l’autre des candidats. Une tradition, ces sprints finaux, qui remonte à l’année 1960 quand Richard Nixon avait parcouru dans les dernières 36 heures plus de 10 000 kilomètres, imité en cela par John Kennedy, lequel s’était toutefois contenté de visiter un nombre plus restreint d’États. À la veille du jour J, les observateurs reconnaissaient à l’unanimité que la spectaculaire irruption d’Oussama Ben Laden sur la scène yankee s’était produite trop tardivement pour peser de quelque poids que ce soit dans la course. L’ennemi public numéro un espérait-il, grâce à son enregistrement vidéo, faire la différence le 2 novembre ? En tout cas, il s’est comporté comme si un nouveau mandat octroyé à son vieil ennemi serait bon pour el-Qaëda, sinon pour l’Amérique, du moment que jamais le terrorisme ne s’est aussi bien porté que depuis un certain 11 septembre. Alors, victoire inattendue (de Kerry ou, par une relative majorité, de Bush) ou bien arrivée dans un mouchoir de poche, avec à la clé une flopée de contestations qui pourraient prendre des jours et même des semaines ? En tout état de cause, les caciques du Parti démocrate ont demandé à leur poulain de ne pas se hâter de concéder la victoire, comme l’avait fait Al Gore il y a quatre ans. Déroutante Amérique, que feu Alexis de Tocqueville risquerait aujourd’hui de ne pas reconnaître. Christian MERVILLE
C’est une meute de loups (comprendre les terroristes) poursuivant une proie dans la forêt. Une voix off dit : « On ne peut pas confier un pays à John Kerry. » Les démocrates ne sont pas en reste qui martèlent à longueur de journée des messages à faire pâlir de jalousie les plus agressifs des publicistes. Ainsi, Bill Clinton a volé la semaine dernière au secours des siens, développant une argumentation qui n’a pas tardé à porter ses fruits. L’un, a-t-il fait valoir, cherche à vous effrayer ; l’autre vous pousse à réfléchir. L’un fait appel à vos craintes, l’autre à vos espoirs. Sa conclusion : mieux vaut voter pour celui qui vous porte à réfléchir et à espérer. Tout le monde a compris, bien qu’aucun nom n’ait été prononcé. Au moins, croit-on, les apparences sont sauves.
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