À la recherche de repères
En ces temps graves de perturbations économiques et sociales, la famille libanaise est ballottée entre une situation politique trouble et des pressions internationales claires et fermes.
Elle cherche des repères de stabilité pour mener à bien sa délicate tâche d’éduquer ses enfants.
La coalition et l’harmonie au sein de ses membres peuvent encore et malgré tout être décidées au quotidien avec des choix partiellement libres de toute ingérence extrafamiliale, car dépendant essentiellement du patrimoine personnel du couple parental ou du parent concerné et du cadre social dans lequel il vit.
Certes, l’éducation au quotidien devient de plus en plus difficile pour les parents qui ont besoin de réfléchir davantage à la meilleure formule rapport qualité/prix pour rester actifs.
Peu de couples arrivent à se retrouver dans ces informations sur les tendances pédagogiques nouvellement proposées, les techniques thérapeutiques de soutien et les nouvelles avancées concernant l’évolution des recherches en neurosciences sur le cerveau, ses liens directs avec l’organisme et la nutriscience.
Enfin, les parents ont besoin d’accepter de réapprendre à être d’abord eux-mêmes, avec leur propre bon sens, en ne perdant pas de vue que le concept d’apprendre pour trouver le juste milieu est encore possible à l’âge adulte afin de faire de ce temps un temps de qualité.
Joe ACOURY
Vous avez dit « générateuriste » ?
Discussion entre un gosse et son père :
– Dis, papa, comment s’appelle celui qui vend du pain ?
– Un boulanger !
– Et celui qui nous fait le plein d’essence ?
– Un pompiste !
– Et celui qui nous répare l’électricité, c’est un électricien ?
– Bravo ! tu as deviné.
– Et dis, papa, le monsieur du moteur, comment il s’appelle ?
– Euh, c’est un « générateuriste ».
Et voilà, au Liban on n’a pas de pétrole, mais on a des idées. Nous avons créé un nouveau métier (à instaurer dans le guide des métiers dans nos établissements scolaires pour les classes secondaires), et en plus, nous avons introduit un nouveau mot dans le dictionnaire français. De quoi faire sourire Bernard Pivot.
Fouad A. SALHA
Évolution de la crise
Depuis que j’observe le fonctionnement politique du Liban, j’ai l’impression d’assister à une pièce de Molière Le Tartuffe. Et encore, les personnages sont plus sympathiques dans cette comédie malgré leur cupidité.
Messieurs, un peu de tenue ! Le problème des Libanais n’est pas de savoir qui va être ministre et dans quel ministère, mais bien de savoir quand ils connaîtront une amélioration de leurs conditions de vie.
Comme le disait L’Orient-Le Jour, la donne est faussée dès le départ pour un gouvernement d’intérêts puisque la volonté majoritaire du peuple n’est pas respectée.
Comment un pays peut-il s’en sortir dans la situation actuelle avec une crise politique majeure, une crise économique grave et qui ne peut que dégénérer? Certains responsables ont déjà oublié que le Liban ne survit que grâce à la générosité internationale. Alors, comment fait-on dès lors que l’on s’est coupé de celle-ci ?
Nous ne sommes plus dans une comédie de Molière ni même dans une tragédie. Espérons que nous ne produirons pas un film de guerre.
Yves KERLIDOU
On prend les mêmes et on recommence
Comme dans la pièce de Molière Le Tartuffe, où cependant les personnages sont plus sympathiques. Telle est l’impression d’un observateur de la chose politique libanaise en ces jours troubles, marqués par une inquiétude généralisée et une incertitude de plus en plus grandes quant aux lendemains. D’où ce rappel à l’adresse des hommes politiques : pour le Libanais moyen, le problème n’est pas de savoir qui va être ministre mais ce qui va leur advenir. La présente conjoncture porte un autre lecteur à souligner, avec à l’appui un texte remontant à l’an 2001 et concernant la Turquie, qu’après tout, on prend les mêmes et on recommence. Avec les effets négatifs que l’on constate et qui le porte à avancer une bien étrange proposition : pourquoi, dit-il, ne pas privatiser la fonction politique ? Idée qui a le mérite de l’originalité, mais qui en ferait trembler plus d’un politicien, confortablement installé dans sa charge à vie et sa rente viagère.
Du côté des jeunes, le climat n’est pas à l’optimisme, comme en témoigne la lettre d’une étudiante de 19 ans qui s’interroge : quand donc aurons-nous, nous Libanais, le droit de choisir nos représentants ? Avant de conclure sur cette piètre consolation : heureusement qu’il nous reste le droit de penser.
Marchandage politique
« Jusqu’à aujourd’hui, ceux qui ont gouverné mon pays, ceux qui ont décidé de l’avenir de mes concitoyens et des enfants innocents, ces Premiers ministres (en dehors des périodes des deux coups d’État) ont pour noms Demirel, Demirel, Demirel, Ecevit, Erbakan, encore Demirel, Ecevit, Demirel, Ozal, Demirel, Ciller, Yilmaz-Çiller, Çiller-Erbakan, Yilmaz-Ecevit et Ecevit. Peut-on imaginer une vie aussi dénuée de choix, d’alternatives, d’espoirs et de chances ? »
Ces propos sont ceux de Zulficar Dogan, à l’occasion d’un forum financier tenu à Istanbul et cités à l’époque par Le Courrier international du 26 avril 2001.
Alors que la Turquie frappe avec insistance aux portes de l’Europe, le Liban a opté contre l’ouverture internationale. Pour quelle vision d’avenir ? Un marchandage politique pour une redistribution de portefeuilles ministériels entre des membres du même parti et une politique de boutiquiers en vue de prochaines élections parlementaires. Pour quel projet d’avenir ?
À défaut de privatiser les services publics, privatisons les fonctions politiques. Du moins cela pourrait contribuer à alléger le poids de la dette pour les générations futures.
Me Adib Y. TOHMÉ
La liberté de penser
C’est à se demander quand la mascarade prendra fin. Je suis une étudiante de 19 ans, et je me pose mille questions sur l’avenir de mon pays. Quand aurons-nous le droit de choisir, d’élire, nous le peuple, les personnes qui nous gouvernent ? Aujourd’hui, nous vivons dans un pays où le gouvernement se forme comme dans une vente aux enchères. Car plus aucun de ces personnages ne pense à l’intérêt du peuple, mais seulement à son propre intérêt. En démocratie, on entend la voix du peuple, et elle ferait la différence.
Les États-Unis ont déjà dépensé des centaines de millions de dollars pour la campagne électorale. Chez nous, c’est le théâtre des marionnettes, et on sait tous qui est le guignol. Et, nous, nous sommes le public d’enfants qui applaudit naïvement à la fin du spectacle. C’est à ce moment que la « démocratie » devient dictature.
Heureusement que l’on a encore la liberté de penser.
Yasmina HATEM
Ce chemin que je n’ai plus envie de faire...
Ce chemin que j’ai pris tellement de fois pour accompagner l’un ou l’une d’entre vous qui avait décidé de partir « définitivement ». Ce chemin que j’ai fait en silence, avec des gestes presque programmés et un serrement de cœur qui persiste bien après que vous fûtes partis...
C’est tantôt le volume de la radio qu’on haussait pour ne pas faire face à ces silences pesants, tantôt les épisodes de la denrière « dernière soirée » qu’on commentait ; soirée où, regroupés, on discutait de tout sauf de vos départs incontournables.
Et puis, c’est le stop final, le moment où, descendus de la voiture, on faisait semblant de s’affairer pour ne pas que nos regards pleins de mille choses se croisent. Denrières étreintes, et c’est tout juste si, ravalant nos émotions, des phrases clichées nous échappent : « Porte-toi bien », « J’attends ton e-mail », etc.
À vous Julia, Ziad, Nader, Maha, Fady, Amine et tous les autres... À vous qui l’avez emprunté, ce maudit chemin parce que en France, aux États-Unis, à Dubaï, au Canada, en Arabie, bref ailleurs, « c’est sûrement mieux qu’ici, et en tout cas, ça ne peut pas être pire ». À vous qui êtes partis parce que « le service militaire, le chômage, le sous-emploi, le fait de vivre par accident », vous en avez soupé, je voulais vous dire que je le referai, ce chemin, dans le sens inverse, autant de fois qu’il le faudra, chaque fois que vous déciderez de faire un tour du côté de chez vous.
Rana ANDRAOS
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