Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

IMPRESSION

À D.F. Tempête sur Tyr Tyr encore, en cet octobre radieux qui s’achève. Dernier rendez-vous avec la plage. Nous attendra-t-elle ? Le ciel mélange ses pinceaux. Orage devant, soleil derrière, trouées de ciel bleu entre les nuages plombés. Il pleut sur la mer aplanie, comme surprise par cette première pluie dans sa langueur estivale. Agglutinés dans les petits cafés du port, les pêcheurs tapent le carton, réparent leurs filets, prennent une pose en attendant de reprendre leurs barques. À la première éclaircie, nous irons par les ruelles découvrir la vieille ville. Les murs en briques de sable ont retenu la chaleur du matin. Un ruisseau boueux emporte doucement fleurs et feuilles que le vent secoue dans les frangipaniers épuisés. Les portes donnent sur des courettes où des enfants bis jouent à s’éclabousser en sautant dans les flaques, la tête sous la gouttière, exactement. Denise a six ou sept ans, son tablier d’écolière, et un sourire radieux pour saluer l’étranger qui passe dans l’étrangeté de cette pluie inattendue. Sa maman ramasse à la hâte les draps tendus qui embaument le laurier, déjà maculés des poussières que les gouttes emportent en tombant. La maison d’Emma avance dans les vagues une pointe de ballerine. Ce n’est pas à elle que le ciel en conterait. Elle est là depuis si longtemps, repoussant les tempêtes, essuyant les grands vents, indifférente aux agressions comme on peut l’être à Tyr. Mais déjà le soleil l’emporte. Et la plage est à nouveau offerte. Nous ne lui résisterons pas. Dominique se fond dans la Méditerranée revenue, tiède comme une joue, lisse comme en plein été. Sur la plage, des débris qui racontent encore les vacances. Un chausson rose, orphelin de sa paire, une pelle bleue pour laquelle un enfant a pleuré, quelques charbons, souvenir froid d’un feu autour duquel des petites filles ont dansé, mais pas une trace des clés de Carla, perdues dans cette nuit où la lune avait joué ses sortilèges sur le miroir du sable. Tout à l’heure, les pêcheurs ramèneront de pleins cageots de sardines. Par brassées, ils déverseront sur la dalle du port le trésor argenté, éblouissante et dérisoire richesse de leurs mains durcies par le sel des cordages. Tout à l’heure, ils iront à nouveau au café se raconter des histoires de pêcheurs, un fil bleu enroulé sur l’orteil, courant le long de la jambe pour rejoindre l’index et finir entre les dents. Toute leur vie, dans ce filet qui les relie à la mer et qu’il faut sans cesse réparer. Toute leur vie, dénouer ces nœuds qui se renouent sans cesse. Y chercher un présage, un signe libérateur. Nous partirons. Un peu de sable sur les pieds, la brûlure revigorante d’un reste de sel sur la peau. Aussi près de la mer, la vie semble toujours un éternel été. Fifi ABOUDIB

À D.F.
Tempête sur Tyr
Tyr encore, en cet octobre radieux qui s’achève. Dernier rendez-vous avec la plage. Nous attendra-t-elle ? Le ciel mélange ses pinceaux. Orage devant, soleil derrière, trouées de ciel bleu entre les nuages plombés. Il pleut sur la mer aplanie, comme surprise par cette première pluie dans sa langueur estivale. Agglutinés dans les petits cafés du port, les pêcheurs tapent le carton, réparent leurs filets, prennent une pose en attendant de reprendre leurs barques. À la première éclaircie, nous irons par les ruelles découvrir la vieille ville. Les murs en briques de sable ont retenu la chaleur du matin. Un ruisseau boueux emporte doucement fleurs et feuilles que le vent secoue dans les frangipaniers épuisés. Les portes donnent sur des courettes où des enfants bis jouent à s’éclabousser en...